Cet article est paru, dans une version raccourcie, dans le dossier "Vive la Commune"
de Salut et Fraternité, le trimestriel du CAL-Liège, n°113 d'avril-juin 2021, p.7
Évoquer le rapport entre la
Commune et l’Eglise c’est évidemment souligner combien, dans la foulée de 1789,
la Commune voulut s’attaquer au cléricalisme et à l’influence de l’église
catholique dans la vie sociale et la politique. Au-delà d’une Église au service
des puissants et très peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de
l’épiscopat au Second Empire illustrera le poids du « parti
clérical » et explique très largement les décisions des Communards envers
l’institution religieuse.
De manière très symbolique, la
Commune va remettre à l’avant plan le calendrier républicain (mis en vigueur
par Robespierre en 1793 et supprimé par Napoléon en 1806) et dater ses affiches
et proclamations avec ce dernier. Le Journal officiel, lui, restera au
calendrier « classique ». Il en sera de même avec les journaux ou Le
Cri du Peuple de Jules Vallès ne changera pas tandis que Le Père
Duchesne de Vermersch date son numéro 1 du 16 ventôse an 79. Rappelons que
le calendrier républicain supprimait le nom des saints de chaque jour au profit
de productions nationales et instruments ruraux associés aux saisons
concernées. Les fêtes religieuses
étaient aussi supprimées au profit de fêtes républicaines.
Un autre lien direct avec la
période de la Ière république sera la prolifération des Clubs qui,
outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres universitaires, se
réuniront comme en 1789 (rappelons-nous que les tendances politiques dites des
Cordeliers ou des Jacobins, par exemple, devaient leur nom aux congrégations
religieuses dont ils occupaient les locaux pour se réunir) dans des Eglises.
Ces clubs seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la
politique sous la Commune. Citons celui des Prolétaires qui se réunissait à
Saint-Ambroise. Ou le Cercle des Jacobins à l’église Saint-Lambert. Ceux de
Saint-Germain et de Saint-Sulpice, mais aussi le club féminin de la Délivrance
à l’église de la Trinité. Les femmes étaient d’ailleurs particulièrement
présentes et actives dans les clubs. Soulignons que les réquisitions des
Eglises n’étaient pas totales, les offices se déroulant de la journée tandis
que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17h finançant
l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.
Au-delà des décisions extrêmement importantes concernant
l’enseignement et le fait de sortir l’instruction de l’influence des
congrégations religieuses
pour aller vers un enseignement laïque mixte
et gratuite, la Commune proclamera surtout le 2 avril la séparation de l’Eglise
et de l’Etat. Une séparation qui permet d’ailleurs la laïcisation de
l’enseignement. Le projet présenté par le citoyen Pyat, au nom de la Commission
exécutive, est adopté à l’unanimité. Les principes édictés en son clair et
précis comme on peut le lire dans Le Journal officiel : « La
Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République
française est la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la
première des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire
au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ;
Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la
monarchie contre la liberté. Décrète : Art. 1. L’Église est séparée de l’État. Art.
2. Le budget des cultes est supprimé. Art. 3. Les biens dits de mainmorte
appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés
propriétés nationales. Art.4 Une enquête sera faite immédiatement sur ces
biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation
».
Tant le principe que les conséquences financières pour l’Eglise feront de ce
décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la Commune.
Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus tard, le 6 avril
la Commune prend un décret sur les otages et arrête notamment sur base de
celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy. Le décret du 6 avril est une
réaction aux massacres par les troupes Versaillaises des prisonniers qu’ils
font lors de la tentative d’offensives de fédérés des 3-4 avril, notamment les
exécutions de Flourens et Duval.
Avec l’évolution de la situation militaire défavorable à la
Commune et les massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension
et la fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures,
profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera par des
destructions ciblées comme celle de la chapelle Béria, érigée en hommage à un
général tué lors de la Révolution de juin 1848 à laquelle nombre de Communards
avaient déjà participé. Et bien entendu avec l’exécution de Mgr d’Arboy le 24
mai durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort)
alors que depuis 72 heures hommes, femmes et enfants soupçonnés d’appartenir à
la Commune sont fusillés en masses au fur et à mesure de la progression des
troupes versaillaises dans Paris. Un massacre systématique destiné à
« purifier » la ville et qui fera plusieurs milliers de victimes sur
cette seule semaine auquel il faut ajouter les morts en déportation et ceux
assassinés après avoir été faits prisonniers dans les combats.
Cet anticléricalisme de la Commune de Paris ne sera pas
pardonné par l’Eglise qui voudra marquer de son empreinte la ville de Paris.
Elle fera donc construire là où tout a commencé, au sommet de la butte
Montmartre, une basilique dite « du sacré cœur ». Ce dernier (un cœur
surmonté d’une croix) est un symbole particulièrement fort. Accompagné de
l’inscription « Dieu, le Roi » c’était celui des Chouans et des Vendéens
contre la Révolution. Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes
ultra-catholiques d’extrême droite.
Terminons par une note plus légère ne datant pas de
cette époque mais y faisant référence : la célèbre boisson mélangeant 1/3 de
cassis et 2/3 de vin blanc inventé dans les années 1950 par le chanoine
député/marie de Dijon (qui siégeait au parlement en soutane) Félix Kir
connaîtra rapidement des déclinaisons, notamment avec du vin rouge. On parle
alors selon les tendances de Cardinal ou de Communard (certains font une distinction
sur le type de vin rouge : un Bourgogne rouge -généralement de cépage
Pinot noir, sauf le Passetoutgrains qui lui associe le Gamay – pour le « Cardinal »; avec un Beaujolais -donc
du Gamay - pour le « Communard »)
Évoquer
le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner
combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au
cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale
et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très
peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au
Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et
explique très largement les décisions des Communards envers
l’institution religieuse1.
De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le
calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et
supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de
chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux
associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi
supprimées au profit de fêtes républicaines.
Un autre lien direct
avec la période de la Première République sera la prolifération des
clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres
universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs
seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la
politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises
n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis
que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant
l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.
Au-delà
des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le
fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations
religieuses2
pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune
proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État.
Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris,
Considérant que le premier des principes de la République française est
la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première
des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au
principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ;
Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la
monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de
l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits
de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et
immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera
faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les
mettre à la disposition de la nation 3 ».
Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront
de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la
Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus
tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête
notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.
Avec
l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les
massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la
fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures,
profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera
par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai
durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort)
alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés
d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de
la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre
systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs
milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter
les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits
prisonniers dans les combats.
Cet anticléricalisme de la Commune
de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son
empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a
commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du
sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole
particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi »
c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution.
Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques
d’extrême droite.
Évoquer
le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner
combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au
cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale
et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très
peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au
Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et
explique très largement les décisions des Communards envers
l’institution religieuse1.
De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le
calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et
supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de
chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux
associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi
supprimées au profit de fêtes républicaines.
Un autre lien direct
avec la période de la Première République sera la prolifération des
clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres
universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs
seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la
politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises
n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis
que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant
l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.
Au-delà
des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le
fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations
religieuses2
pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune
proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État.
Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris,
Considérant que le premier des principes de la République française est
la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première
des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au
principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ;
Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la
monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de
l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits
de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et
immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera
faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les
mettre à la disposition de la nation 3 ».
Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront
de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la
Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus
tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête
notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.
Avec
l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les
massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la
fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures,
profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera
par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai
durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort)
alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés
d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de
la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre
systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs
milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter
les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits
prisonniers dans les combats.
Cet anticléricalisme de la Commune
de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son
empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a
commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du
sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole
particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi »
c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution.
Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques
d’extrême droite.
- Voir sous la direction de Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, (coll. Le Maitron) Paris, éditions de l’Atelier, 2020. Principalement Cordillot, Michel, Les clubs sous la Commune, pp.243–246 Lalouette, Jacqueline, L’anticléricalisme sous la Commune, pp.682–684.
- Voir l’article de Jean-François Dupeyron dans ce même numéro p.8.
- Journal Officiel de la République française n° 93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur).
Évoquer
le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner
combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au
cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale
et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très
peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au
Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et
explique très largement les décisions des Communards envers
l’institution religieuse1.
De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le
calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et
supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de
chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux
associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi
supprimées au profit de fêtes républicaines.
Un autre lien direct
avec la période de la Première République sera la prolifération des
clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres
universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs
seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la
politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises
n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis
que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant
l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.
Au-delà
des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le
fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations
religieuses2
pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune
proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État.
Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris,
Considérant que le premier des principes de la République française est
la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première
des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au
principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ;
Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la
monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de
l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits
de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et
immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera
faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les
mettre à la disposition de la nation 3 ».
Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront
de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la
Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus
tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête
notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.
Avec
l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les
massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la
fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures,
profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera
par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai
durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort)
alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés
d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de
la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre
systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs
milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter
les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits
prisonniers dans les combats.
Cet anticléricalisme de la Commune
de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son
empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a
commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du
sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole
particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi »
c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution.
Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques
d’extrême droite.
- Voir sous la direction de Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, (coll. Le Maitron) Paris, éditions de l’Atelier, 2020. Principalement Cordillot, Michel, Les clubs sous la Commune, pp.243–246 Lalouette, Jacqueline, L’anticléricalisme sous la Commune, pp.682–684.
- Voir l’article de Jean-François Dupeyron dans ce même numéro p.8.
- Journal Officiel de la République française n° 93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur).
Évoquer
le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner
combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au
cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale
et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très
peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au
Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et
explique très largement les décisions des Communards envers
l’institution religieuse1.
De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le
calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et
supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de
chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux
associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi
supprimées au profit de fêtes républicaines.
Un autre lien direct
avec la période de la Première République sera la prolifération des
clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres
universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs
seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la
politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises
n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis
que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant
l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.
Au-delà
des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le
fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations
religieuses2
pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune
proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État.
Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris,
Considérant que le premier des principes de la République française est
la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première
des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au
principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ;
Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la
monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de
l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits
de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et
immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera
faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les
mettre à la disposition de la nation 3 ».
Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront
de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la
Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus
tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête
notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.
Avec
l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les
massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la
fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures,
profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera
par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai
durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort)
alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés
d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de
la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre
systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs
milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter
les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits
prisonniers dans les combats.
Cet anticléricalisme de la Commune
de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son
empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a
commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du
sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole
particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi »
c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution.
Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques
d’extrême droite.
- Voir sous la direction de Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, (coll. Le Maitron) Paris, éditions de l’Atelier, 2020. Principalement Cordillot, Michel, Les clubs sous la Commune, pp.243–246 Lalouette, Jacqueline, L’anticléricalisme sous la Commune, pp.682–684.
- Voir l’article de Jean-François Dupeyron dans ce même numéro p.8.
- Journal Officiel de la République française n° 93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur).
Évoquer
le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner
combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au
cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale
et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très
peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au
Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et
explique très largement les décisions des Communards envers
l’institution religieuse1.
De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le
calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et
supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de
chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux
associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi
supprimées au profit de fêtes républicaines.
Un autre lien direct
avec la période de la Première République sera la prolifération des
clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres
universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs
seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la
politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises
n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis
que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant
l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.
Au-delà
des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le
fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations
religieuses2
pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune
proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État.
Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris,
Considérant que le premier des principes de la République française est
la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première
des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au
principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ;
Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la
monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de
l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits
de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et
immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera
faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les
mettre à la disposition de la nation 3 ».
Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront
de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la
Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus
tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête
notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.
Avec
l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les
massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la
fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures,
profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera
par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai
durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort)
alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés
d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de
la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre
systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs
milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter
les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits
prisonniers dans les combats.
Cet anticléricalisme de la Commune
de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son
empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a
commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du
sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole
particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi »
c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution.
Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques
d’extrême droite.
- Voir sous la direction de Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, (coll. Le Maitron) Paris, éditions de l’Atelier, 2020. Principalement Cordillot, Michel, Les clubs sous la Commune, pp.243–246 Lalouette, Jacqueline, L’anticléricalisme sous la Commune, pp.682–684.
- Voir l’article de Jean-François Dupeyron dans ce même numéro p.8.
- Journal Officiel de la République française n° 93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur).