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samedi 23 décembre 2023

La coopération socialiste (1872-1983), colonne vertébrale d’un projet de société alternatif ?

Je signe un article intitulé "La coopération socialiste (1872-1983), colonne vertébrale d’un projet de société alternatif ?" dans le dernier numéro de "Dynamiques" la revue du Carhop (le Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire) consacrée à "L’économie sociale en Mouvement(s)".

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vendredi 25 août 2023

Le conflit social chez de 2023 chez Delhaize à travers la caricature de presse

Mon dernier texte s'intéresse à la manière dont les dessinateurs de presse en Belgique francophone ont parlé du conflit social chez Delhaize. A lire ici

jeudi 8 juin 2023

M, ou l’immersion magistrale dans le fascisme

 Cette recension est parue dans la revue Aide Mémoire n°101, printemps 2023

1 500 pages pour les deux premiers volumes. Dit ainsi, cela peut paraître une brique indigeste. Mais c’est au contraire 1 500 pages qui se lisent facilement. Du moins au niveau de la forme. Car pour le fonds c’est autre chose. Difficile en effet de rester insensible à cette plongée dans la montée du fascisme à travers le parcours de M(ussolini) son fondateur et Duce (chef) au fur et à mesure de moins en moins contesté. Même si, et ce n’est pas le moindre des apports du livre d’Antonio Scurati, on voit que les luttes de tendance au sein du fascisme furent réelles et persistantes, y compris bien après la conquête du pouvoir et l’instauration de la dictature.


1 500 pages écrites par un romancier italien qui fait ici œuvre d’historien. Son ouvrage est construit sur une succession de courts chapitres autour d’un événement particulier, pas toujours forcément en rapport avec Mussolini, et qui sont systématiquement suivis de la reproduction des sources historiques utilisées. Un exercice important, car si la forme littéraire choisie facilite la lecture et permet une écriture plus fluide qu’une thèse historique, cette confrontation aux sources renforce le propos, le rend encore plus glaçant dans les moments les plus durs.

1 500 pages qui nous immergent dans une ascension qui était tout sauf inéluctable. Et de lire page après page les étapes manquées pour arrêter cette montée de la violence fasciste et sa prise du pouvoir. Une gauche incapable de traduire en actes ses déclarations révolutionnaires, se limitant à des grèves générales sans lendemain avant de se diviser. Une bourgeoisie qui, comme on s’accroche à une bouée de sauvetage, prend peur et se jette dans les bras du fascisme, dont la composition petite-bourgeoise est mise en évidence. Un patronat capitaliste qui, pour sauvegarder ses intérêts, est prêt à financer le fascisme qui pourtant, dans sa rhétorique de départ, le combat. Une Église et une monarchie qui ne voient pas d’un si mauvais œil la montée d’un mouvement qui combat la gauche. Une droite traditionnelle qui pense pouvoir contrôler, comme elle l’a toujours réussi avant, ce nouveau mouvement dont elle est persuadée que, comme les autres, il entrera dans le jeu parlementaire.

1 500 pages qui confirment que la classe ouvrière est celle qui résistera le plus longtemps au fascisme, notamment lors des élections de 1924 qui se déroulent déjà dans un climat particulier et donne une victoire écrasante au parti fasciste : « Et pourtant, l’analyse du vote, mené à froid à partir des données qui affluent du ministère de l’Intérieur dans les jours qui suivent l’ivresse, révèle que le listone fasciste est minoritaire dans les grandes régions industrialisées du Nord et dans tous les chefs-lieux, Milan inclus : les ouvriers ont voté obstinément contre le fascisme1. »

    1 500 pages qui nous rappellent, amèrement, durement, que le fascisme utilise la tolérance et la démocratie contre ces dernières

1 500 pages qui démontrent surtout que la violence fasciste n’étant pas combattue directement, elle devient incontrôlable et trop puissante. Que l’armée et la police se rangent rapidement en soutien, a minima passif, de la violence fasciste. Que le fascisme est surtout un mouvement pragmatique de conquête du pouvoir qui n’entend absolument pas respecter les règles du jeu, que tous les autres pensent immuables et n’imaginent pas enfreindre. Que l’aveuglement légaliste face au fascisme provoque la chute de la démocratie qui s’effondre comme un château de cartes finalement assez facilement, prenant bien trop tard conscience de la menace. Mais qui montrent aussi que le fascisme avait des contradictions, des luttes internes de tendances que Mussolini peinera à maîtriser, principalement envers ceux qui ont fondé le mouvement avec lui.

1 500 pages qui prouvent que le fascisme pouvait être arrêté à de nombreux moments si la volonté politique de le faire avait été là. Si la prise de conscience de ce qu’il était eut été plus forte. Ainsi de ce passage, alors qu’il n’a encore qu’une poignée de députés et que la position de Mussolini comme chef du gouvernement, au lendemain de la Marche sur Rome, est encore fragile : « Pour qu’on comprenne bien qui commande, Benito Mussolini demande aux parlementaires qu’ils lui octroient les “pleins pouvoirs”. Cette fois non plus, personne ne se rebelle. Pendant la suspension de la séance, un groupe de parlementaires prie Giovanni Giolitti de rédiger une protestation pour défendre la dignité de la Chambre. “Je n’en vois pas la nécessité, réplique le vieil homme d’État, cette Chambre a le gouvernement qu’elle mérite”. Il ne sera pas contredit. Bien que le parti fasciste ne compte que trente-cinq députés, la Chambre vote la confiance au gouvernement Mussolini qui l’a discréditée, par 306 voix contre 116 et 7 abstentions. Elle lui accordera également les pleins pouvoirs. Les députés critiques et indignés, tels que Gasparatto ou Albertini, votent eux aussi en sa faveur. Une volonté inflexible de capitulation2. »

1 500 pages qui, à l’instar des pièces de théâtre Catarina, ou la beauté de tuer des fascistes de Tiago Rodrigues et de Extreme-Malecane de Paola Pisciottano, M d’Antonio Scurati nous oblige surtout à voir la réalité en face. Il nous interdit de dire que nous ne savons pas, que nous ignorons comment le fascisme se développe, quel discours il tient. Aujourd’hui comme hier.

1 500 pages, qui seront bientôt complétées d’un troisième volume déjà paru en Italien, et qui nous empêchent d’être passif face à la montée de l’extrême droite et de ses idées, à la veille de l’échéance électorale de 2024.

1 500 pages qui nous rappellent, amèrement, durement, que le fascisme utilise la tolérance et la démocratie contre ces dernières. Et qu’un antifascisme réel, pas seulement confortablement moral, passe par le fait de combattre la menace de manière multiple. Et surtout sans aucune concession. Concessions qui commencent souvent par considérer les partis d’extrême droite comme des partis comme les autres, et donc à ne pas leur appliquer un traitement différent. Ou à tolérer la reprise d’idées et d’éléments de langage de ces partis par des partis de droite « traditionnels ».

1 500 pages qui nous incitent à ne pas répéter les mêmes erreurs. Au risque de revivre les mêmes conséquences…

samedi 4 février 2023

Dis c'est quoi une coopérative citoyenne

 Mon dernier livre, consacré au thème si actuel de l'alternative portée par les coopératives, est sorti. Disponible en librairies, ou lors d'une conférence.



mardi 15 novembre 2022

le social, condition pour une réelle sécurité

 Cela fait un moment que ce texte est en maturation. Il est enfin publié sous la forme d'une brochure de 52 pages téléchargeable sur le site de l'IHOES

 « Le changement véritablement fondamental pour moi se situe au niveau de la sécurité sociale, ce formidable outil de solidarité qui tranche avec ce que j’avais connu dans l’entre-deux-guerres », déclarait sans hésitation le syndicaliste et militant wallon Jacques Yerna, lors d’un entretien au début des années 2000.

Née en 1944 d’un compromis entre les organisations ouvrières et patronales, la sécurité sociale belge constitue l’un des socles d’une réelle démocratie sociale et économique, amenant une protection sociale de plus en plus étendue.

Dans cette étude, je reviens sur ce qu’est la sécurité sociale aujourd’hui et rappelle qu’elle est le fruit d’une longue série de combats pour faire sortir les travailleurs et travailleuses du règne de la misère. Je souligne qu’elle s’intègre dans un pacte social plus large, tissé avant même la fin de la guerre, dans la clandestinité. Je montre comment « le Capital a pris sa revanche », tentant depuis les années 1980 de saper progressivement et consciemment les diverses composantes de la « sécu ». Enfin, je conclut par un ensemble de réflexions pour faire face à cette situation, questionnant entre autres la réhabilitation du salariat, l’individualisation des droits sociaux et l’inconditionnalité pour y accéder.


 

vendredi 28 janvier 2022

L'antifascisme

 Mon dernier livre est paru. Il tente une synthèse accessible de ce qu'est l'antifascisme. Son idéologie, son histoire et ses pratiques.


 

"Comment réagir à la montée de l’extrême droite ? C’est cette question que pose l’existence de mouvements antifascistes faisant parfois la une des médias.

Quand on parle d’antifascisme viennent soit l’évocation de chansons de groupe de Punk ou de RAP, soit plus souvent les images de personnes cagoulées, violentes, assimilées au Black Bloc. Mais quelle réalité se cache derrière cette image d’épinal ? L’antifascisme peut-il se résumer à cette caricature ou est-il bien plus diversifié dans ses modes d’actions comme dans ses militant·es ? N’est-il que le fait d’anarchistes résidants dans des squats ou est-il bien plus large, intégrant des organisations très institutionnalisées à l’image des syndicats ?

Après avoir défini ce qu’est le Fascisme nous nous attacherons à faire l’histoire des mouvements qui s’y sont opposés dès sa naissance en s’affirmant antifascistes. Une histoire qui s’étend sur un siècle, des années 1920 à nos jours en passant par la deuxième guerre mondiale, et qui passera par de nombreux pays : Italie bien entendu, mais aussi Allemagne, France, Espagne… Un parcours historique permettant de déjà poser les jalons pour comprendre la réalité de ce mouvement international aujourd’hui.

Nous aborderons ensuite plus concrètement l’antifascisme : son idéologie, ses pratiques, ses symboles (à l’exemple du double drapeau rouge et noir)… L’occasion de voir que cette notion recouvre des réalités plurielles et des engagements divers et variés : surveillance des réseaux sociaux, organisations de concerts, autodéfense populaire, actions sociales, formations d’éducation permanente, manifestations… Et que l’on ne peut parler d’antifascisme sans parler de féminisme, d’internationalisme, de solidarité…

Nous terminerons par une évocation de son existence en Belgique 100 ans après sa naissance, tant en Flandre qu’en Wallonie. Aux défis qui se posent à lui, mais aussi à son utilité face à la menace pour la démocratie que constitue une extrême droite violente en plein développement."

 

samedi 18 décembre 2021

Quel antifascisme ? L'exemple de Namur antifasciste (1995-2012)

 Sur base des archives d'un de ses fondateurs et principaux animateurs, j'ai retracé l'histoire de Namur antifasciste, mouvement ayant été actif entre 1995 et 2012. Une analyse à lire sur le site de l'IHOES


 

mardi 8 juin 2021

La Commune de Paris : une histoire encore bien vivante


En 1871, durant 72 jours la Commune de Paris a tenté, dans un contexte difficile, de concrétiser les utopies du mouvement ouvrier. Du 18 mars au 28 mai, le peuple de Paris s’est autogouverné et a pris une série de mesures emblématiques qui, aujourd’hui encore, sont soit novatrices, soit au cœur de débats de société.

Comprendre la Commune, ses espoirs et ses tentatives de réalisations, c’est se replonger dans une histoire bien plus longue, à laquelle les Communards firent constamment référence voire à laquelle nombres d’entre eux participèrent. C’est évoquer 1789, et plus encore 1793, ainsi que tous les espoirs et changements qui en découlent.

L’avènement

Si 1789-1793 est une première référence incontournable, la révolution de juin 1848 en sera une autre plus importante encore de par la participation de nombreux futurs membres de la Commune aux barricades de ce mouvement, qui se voulait la prolongation de celui de février ayant mis fin à la Monarchie de Juillet. Mais la révolution de juin 1848 sera réprimée dans le sang par la jeune IIe République, le drapeau tricolore prenant le dessus sur le drapeau rouge, la république bourgeoise sur la république sociale… 1871 fut donc vécu par beaucoup de Communards comme une revanche.

Enfin, comprendre la Commune de Paris, c’est aussi se souvenir que, depuis décembre 1851, la France est dirigée par Napoléon III. Ce dernier est entré en guerre contre la Prusse le 19 juillet 1870. Après la défaite de Sedan, sous la pression populaire, l’Hôtel de Ville de Paris est envahi le 4 septembre et la République proclamée. Dès le lendemain se forme un « Comité central des vingt arrondissements » qui, le 15 septembre, publie la première « affiche rouge » réclamant la guerre à outrance et la levée en masse. Nombre de dirigeants de la Commune seront issus de ce comité. Quatre jours plus tard les Prussiens entament le siège de Paris. Le mois d’octobre voit s’enchainer les défaites militaires. Le 31 octobre, une insurrection occupe l’Hôtel de Ville, mais le mouvement échoue. Le 6 janvier une deuxième affiche rouge est publiée. Celle-ci appelle à la formation de la Commune. Quinze jours plus tard, des gardes nationaux libèrent les insurgés du 31 octobre et le lendemain, 22 janvier, lors d’une nouvelle tentative de prendre l’Hôtel de Ville de Paris, on déplore plusieurs morts. La répression qui suit frappe six journaux qui sont interdits.

Un mois plus tard, le 24 février (anniversaire de la proclamation de la IIe République en 1848), deux mille gardes nationaux représentant l’immense majorité des bataillons se réunissent et constituent la « Fédération Républicaine de la Garde nationale », prenant le nom de « Fédérés ». Une manifestation avec drapeau rouge et cris de « Vive la Commune » s’ensuit. C’est de cette fédération que sera issu, le 15 mars, soit trois jours avant le début officiel de la Commune, le Comité central de trente-cinq membres qui sera une des deux têtes de l’insurrection. Les Fédérés militent pour la fin de l’armée permanente et pour pouvoir élire leurs officiers qui seront révocables. Un principe qui ne facilitera pas forcément le bon déroulement des opérations militaires.

Le 28 février, le gouvernement élu le 8 février et dont l’immense majorité est monarchiste signe l’armistice aux conditions sévères. Si l’assemblée est majoritairement réactionnaire, les élus de Paris sont, quant à eux, largement républicains voire socialistes. Une division qui ira en s’accentuant avec les premières décisions prises par le gouvernement d’Adolphe Thiers.

Celles-ci touchent en effet les Parisiens de plein fouet avec la suppression de la solde journalière des gardes nationaux (seul moyen de subsistance pour beaucoup de familles). Une mesure qui est aggravée par la fin du moratoire sur les loyers et échéances commerciales, mis en place au moment du siège. De plus, symboliquement, l’assemblée décide de siéger à Versailles, lieu de la Monarchie, et non à Paris, lieu de la République.

La ville de Paris, qui a voulu résister à outrance, est un volcan qui gronde et que la moindre étincelle peut faire exploser. 

Cette étincelle, ce sera la décision du gouvernement de récupérer les canons payés par souscription populaire et que le Peuple de Paris considère dès lors comme sa propriété. Mal préparée, l’opération prend du retard et l’alerte est donnée. La population se rassemble et, avec la Garde nationale, protège les canons de Montmartre. Le général Lecomte à la tête de l’opération ordonne à ses troupes de faire feu sur la foule… mais ses soldats mettent crosse en l’air et fraternisent avec le peuple. Lecomte est arrêté et fusillé, tout comme le général Clément Thomas, qui avait participé à la répression sanglante de 1848, et est reconnu par la foule. Partout dans Paris, la troupe fraternise et des barricades sont dressées. Thiers préfère quitter Paris avec son gouvernement et rejoindre l’assemblée monarchiste à Versailles. Le soir du 18 mars, le Comité central de la Garde nationale contrôle la ville de Paris. Il prend immédiatement des décisions importantes, significatives du sens de la Commune : interdiction de l’expulsion des locataires, mesures sur les échéances commerciales, suppression de l’armée au profit d’une milice nationale, et surtout convocation d’élections pour la Commune.

Organisés sous le nom des « Amis de l’Ordre », les opposants à la Commune tentent une contre-insurrection en organisant une manifestation le 22 mars vers la place Vendôme, siège du Comité central. L’affrontement fait de 15 à 30 morts.

Le 28 mars, ce sont 200.000 personnes qui assistent sur la place de l’Hôtel de Ville à l’annonce des résultats des élections (qui se sont tenues le 26) des représentants de la Commune et à la proclamation officielle de cette dernière. Parmi eux : Léo Frankel, un geste politique fort car n’ayant pas la nationalité française, son élection représente l’inscription dans les faits des principes de République Universelle qu’incarne le drapeau rouge. Il en sera de même du rôle de nombreux officiers principaux de la Commune, notamment d’origine polonaise comme Dombrowski ou Wroblewksi. Une présence étrangère à des postes clefs qui, ajouté au rôle de l’AIT (1ère Internationale), sera utilisée et gonflée par la propagande anti-communarde pour qualifier la Commune de complot de l’étranger. Malgré l’installation à partir de la proclamation de la Commune le 28 mars d’un pouvoir civil élu qui se dote d’un comité exécutif et de neuf commissions spécifiques, le Comité central de la Garde nationale reste en place pour les questions militaires. Ce pouvoir bicéphale sera source de nombreuses tensions. La fin mars est également marquée par des « Communes », vite écrasées, en province. L’espoir d’une extension de la Commune en dehors de Paris s’évanouit. Des élections complémentaires pour remplacer des élus démissionnaires, notamment ceux issus des quartiers bourgeois opposés à la Commune, seront organisées le 16 avril.

La répression 

Alors que la Commune ne veut pas déclencher de guerre civile et se concentre sur son organisation politique, Thiers réorganise son armée. Après avoir gagné du temps avec de fausses négociations, les Versaillais passent à l’attaque le 2 avril, exécutant les Fédérés fait prisonniers. L’offensive suscite une réaction spontanée du peuple parisien. Mal préparés, les Fédérés sont mis en déroute les 3 et 4 avril. Cette sortie est marquée par l’exécution des prisonniers. La Commune répondra le 5 avril par un décret sur les otages qui ne sera jamais officiellement appliqué. Dès ce moment, la Commune est contrainte à une guerre défensive. Le 11 avril, alors que Versailles passe à l’offensive, se constitue l’Union des femmes pour la défense de Paris. Le même jour, la franc-maçonnerie envoie une délégation à Versailles pour faire cesser les hostilités. Cette initiative, comme les suivantes, sera un échec.

La Commune sera dès le début du mois d’avril soumise à une tension militaire importante dont dépend sa survie et qui provoquera tensions et dissensions en son sein. Notamment lors de la création du Comité de Salut public le 1er mai. Une opposition, dite de la Minorité, publie le 16 mai un Manifeste qui dénonce un pouvoir virant à la dictature. Poussés par leur base, les membres de la Minorité reviendront siéger le 21 mai… jour de l’entrée des Versaillais dans Paris. Tant la tension militaire que les divisions politiques n’empêcheront pas la Commune d’arriver à faire fonctionner assez efficacement les services publics et à assurer le ravitaillement. La Commune prouvera par-là la capacité de la classe ouvrière à s’auto-gérer. En outre seront mis en pratique une série de principes, à commencer par une démocratie communale au plus près des citoyens : la dimension de quartier qui est très forte et incontournable pour comprendre son fonctionnement. L’importance de la démocratie, on la retrouvera aussi dans le foisonnement des journaux mais surtout des clubs. Nombre d’entre eux se réuniront dans les églises en soirée, la pratique du culte pouvant se dérouler en journée. Les femmes y joueront un rôle important, ayant même leur propre club. Elles iront également au combat.

L’expérience prendra fin dans le sang de la « semaine sanglante ». 130.000 hommes vont méticuleusement ratisser Paris et fusiller des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, tandis que les défenseurs de la Commune vendent chèrement leur vie et leur idéal en se défendant barricades par barricades, quartier par quartier. À partir du 23 mai, les incendies ravagent la ville, déclenchés tant par les obus versaillais que par les tentatives désespérées des Communards de freiner l’avancée des lignards. Le mythe des « pétroleuses », ces femmes incendiaires, naîtra immédiatement. Dès le 25 mai, la ville est quasiment conquise. Les derniers combats se tiennent dans le cimetière du Père-Lachaise et dans le quartier de Belleville. À 15h, la dernière barricade tombe. Pour celles et ceux qui ont échappé au massacre commence un long calvaire dans les prisons de Versailles, en déportation ou en exil.

Bilan de la Commune 

Au-delà d’actes symboliques, la Commune de Paris, ce fut surtout un grand nombre de réalisations des revendications du mouvement ouvrier, via de nombreux décrets. Citons notamment le gel des loyers et la réquisition des logements vacants pour que tout le monde ait un toit, la limitation du travail de nuit, l’abolition des amendes et des retenues sur les salaires, la réduction du temps de travail, la réquisition des ateliers abandonnés, la séparation de l’Église et de l’État, l’instruction laïque obligatoire et gratuite, le caractère révocable des mandats et la limitation du cumul et des rémunérations qui y sont liés, l’égalité de traitement entre les enfants (légitimes ou non) ainsi qu’entre les épouses et les concubines pour la perception des droits et pensions… Mais la Commune, ce fut aussi les questions de l’égalité des sexes (même si la Commune n’accordera pas le droit de vote aux femmes et n’aura pas de dirigeantes), du rôle de la violence, de l’importance de l’or conservé par la Banque de France…

Épisode-clef de l’histoire sociale mondiale, la Commune suscitera une grande espérance qui sera portée et entretenue par ses survivants en exil, puis au sein du mouvement ouvrier. Depuis 150 ans, cet évènement reste source de débats. C’est ainsi, par exemple, que c’est à l’occasion d’un meeting organisé par un groupe anarchiste place Delcour à Liège, et ayant pour thème le 15e anniversaire de la Commune que la révolte de 1886 débutera. Une révolte qui marqua un tournant dans l’histoire sociale de la Belgique puisque c’est à sa suite que sera amorcée la législation sociale dans notre pays.

 

  1. Une bibliographie abondante existe sur le sujet. Voir ainsi les 4.938 références reprises dans Robert Quilles, Bibliographie critique de la Commune de Paris 1871, Paris, La boutique de l’histoire, 2006. Les personnes intéressées à prolonger peuvent se référer aux ouvrages suivants, récemment sortis : Marc César et Laure Godineau (dir.), La Commune de 1871. Une relecture, Créations édition, 2019 ; Quentin Deluermoz, Commune(s), 1870-1871. Une traversée des mondes au XIXe siècle, Paris, Seuil, 2020. Et surtout Michel Cordillot (dir.), La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, Paris, Éditions de l’Atelier, 2020.

samedi 22 mai 2021

La Commune et la question du travail: une première expérience d’auto-gouvernement

Dans le cadre de mes recherches et écrits sur la Commune de Paris, je me suis penché sur la question des réformes prises au niveau du travail.

Un article fouillé à lire en entier sur le site de la revue Les mondes du travail


 

dimanche 25 avril 2021

La Commune et l’Église catholique : une attitude inscrite dans la filiation de la Révolution Française

 Cet article est paru, dans une version raccourcie, dans le dossier "Vive la Commune"

de Salut et Fraternité, le trimestriel du CAL-Liège, n°113 d'avril-juin 2021, p.7

 

Évoquer le rapport entre la Commune et l’Eglise c’est évidemment souligner combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au cléricalisme et à l’influence de l’église catholique dans la vie sociale et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au Second Empire illustrera le poids du « parti clérical » et explique très largement les décisions des Communards envers l’institution religieuse.

De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant plan le calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et supprimé par Napoléon en 1806) et dater ses affiches et proclamations avec ce dernier. Le Journal officiel, lui, restera au calendrier « classique ». Il en sera de même avec les journaux ou Le Cri du Peuple de Jules Vallès ne changera pas tandis que Le Père Duchesne de Vermersch date son numéro 1 du 16 ventôse an 79. Rappelons que le calendrier républicain supprimait le nom des saints de chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux associés aux saisons concernées.  Les fêtes religieuses étaient aussi supprimées au profit de fêtes républicaines.

Un autre lien direct avec la période de la Ière république sera la prolifération des Clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres universitaires, se réuniront comme en 1789 (rappelons-nous que les tendances politiques dites des Cordeliers ou des Jacobins, par exemple, devaient leur nom aux congrégations religieuses dont ils occupaient les locaux pour se réunir) dans des Eglises. Ces clubs seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la politique sous la Commune. Citons celui des Prolétaires qui se réunissait à Saint-Ambroise. Ou le Cercle des Jacobins à l’église Saint-Lambert. Ceux de Saint-Germain et de Saint-Sulpice, mais aussi le club féminin de la Délivrance à l’église de la Trinité. Les femmes étaient d’ailleurs particulièrement présentes et actives dans les clubs. Soulignons que les réquisitions des Eglises n’étaient pas totales, les offices se déroulant de la journée tandis que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17h finançant l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.

Au-delà des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations religieuses[1] pour aller vers un enseignement laïque  mixte et gratuite, la Commune proclamera surtout le 2 avril la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Une séparation qui permet d’ailleurs la laïcisation de l’enseignement. Le projet présenté par le citoyen Pyat, au nom de la Commission exécutive, est adopté à l’unanimité. Les principes édictés en son clair et précis comme on peut le lire dans Le Journal officiel : « La Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ; Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté. Décrète :  Art. 1. L’Église est séparée de l’État. Art. 2. Le budget des cultes est supprimé. Art. 3. Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4 Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation »[2]. Tant le principe que les conséquences financières pour l’Eglise feront de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy. Le décret du 6 avril est une réaction aux massacres par les troupes Versaillaises des prisonniers qu’ils font lors de la tentative d’offensives de fédérés des 3-4 avril, notamment les exécutions de Flourens et Duval.

Avec l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures, profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera par des destructions ciblées comme celle de la chapelle Béria, érigée en hommage à un général tué lors de la Révolution de juin 1848 à laquelle nombre de Communards avaient déjà participé. Et bien entendu avec l’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort) alors que depuis 72 heures hommes, femmes et enfants soupçonnés d’appartenir à la Commune sont fusillés en masses au fur et à mesure de la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs milliers de victimes sur cette seule semaine auquel il faut ajouter les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits prisonniers dans les combats.

Cet anticléricalisme de la Commune de Paris ne sera pas pardonné par l’Eglise qui voudra marquer de son empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi » c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution. Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques d’extrême droite.

Terminons par une note plus légère ne datant pas de cette époque mais y faisant référence : la célèbre boisson mélangeant 1/3 de cassis et 2/3 de vin blanc inventé dans les années 1950 par le chanoine député/marie de Dijon (qui siégeait au parlement en soutane) Félix Kir connaîtra rapidement des déclinaisons, notamment avec du vin rouge. On parle alors selon les tendances de Cardinal ou de Communard (certains font une distinction sur le type de vin rouge : un Bourgogne rouge -généralement de cépage Pinot noir, sauf le Passetoutgrains qui lui associe le Gamay – pour le  « Cardinal »; avec un Beaujolais -donc du Gamay - pour le « Communard »)



[1] Voir l’article de … dans ce même numéro p.

[2] Journal Officiel de la République française n°93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur)

Évoquer le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et explique très largement les décisions des Communards envers l’institution religieuse1.


De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi supprimées au profit de fêtes républicaines.

Un autre lien direct avec la période de la Première République sera la prolifération des clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.

Au-delà des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations religieuses2 pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État. Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ; Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation 3 ». Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.

Avec l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures, profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort) alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits prisonniers dans les combats.

Cet anticléricalisme de la Commune de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi » c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution. Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques d’extrême droite.

Évoquer le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et explique très largement les décisions des Communards envers l’institution religieuse1.


De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi supprimées au profit de fêtes républicaines.

Un autre lien direct avec la période de la Première République sera la prolifération des clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.

Au-delà des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations religieuses2 pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État. Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ; Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation 3 ». Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.

Avec l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures, profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort) alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits prisonniers dans les combats.

Cet anticléricalisme de la Commune de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi » c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution. Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques d’extrême droite.


  1. Voir sous la direction de Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, (coll. Le Maitron) Paris, éditions de l’Atelier, 2020. Principalement Cordillot, Michel, Les clubs sous la Commune, pp.243–246 Lalouette, Jacqueline, L’anticléricalisme sous la Commune, pp.682–684.
  2. Voir l’article de Jean-François Dupeyron dans ce même numéro p.8.
  3. Journal Officiel de la République française n° 93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur).

Évoquer le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et explique très largement les décisions des Communards envers l’institution religieuse1.


De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi supprimées au profit de fêtes républicaines.

Un autre lien direct avec la période de la Première République sera la prolifération des clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.

Au-delà des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations religieuses2 pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État. Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ; Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation 3 ». Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.

Avec l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures, profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort) alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits prisonniers dans les combats.

Cet anticléricalisme de la Commune de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi » c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution. Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques d’extrême droite.


  1. Voir sous la direction de Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, (coll. Le Maitron) Paris, éditions de l’Atelier, 2020. Principalement Cordillot, Michel, Les clubs sous la Commune, pp.243–246 Lalouette, Jacqueline, L’anticléricalisme sous la Commune, pp.682–684.
  2. Voir l’article de Jean-François Dupeyron dans ce même numéro p.8.
  3. Journal Officiel de la République française n° 93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur).

Évoquer le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et explique très largement les décisions des Communards envers l’institution religieuse1.


De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi supprimées au profit de fêtes républicaines.

Un autre lien direct avec la période de la Première République sera la prolifération des clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.

Au-delà des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations religieuses2 pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État. Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ; Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation 3 ». Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.

Avec l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures, profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort) alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits prisonniers dans les combats.

Cet anticléricalisme de la Commune de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi » c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution. Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques d’extrême droite.


  1. Voir sous la direction de Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, (coll. Le Maitron) Paris, éditions de l’Atelier, 2020. Principalement Cordillot, Michel, Les clubs sous la Commune, pp.243–246 Lalouette, Jacqueline, L’anticléricalisme sous la Commune, pp.682–684.
  2. Voir l’article de Jean-François Dupeyron dans ce même numéro p.8.
  3. Journal Officiel de la République française n° 93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur).

Évoquer le rapport entre la Commune et l’Église, c’est évidemment souligner combien, dans la foulée de 1789, la Commune voulut s’attaquer au cléricalisme et à l’influence de l’Église catholique dans la vie sociale et la politique. Au-delà d’une Église au service des puissants et très peu à l’écoute réelle des plus pauvres, le soutien de l’épiscopat au Second Empire (1852–1870) illustrera le poids du « parti clérical » et explique très largement les décisions des Communards envers l’institution religieuse1.


De manière très symbolique, la Commune va remettre à l’avant-plan le calendrier républicain (mis en vigueur par Robespierre en 1793 et supprimé par Napoléon en 1806) supprimant dès lors le nom des saints de chaque jour au profit de productions nationales et instruments ruraux associés aux saisons concernées. Les fêtes religieuses étaient aussi supprimées au profit de fêtes républicaines.

Un autre lien direct avec la période de la Première République sera la prolifération des clubs qui, outre dans des salles de fêtes et des amphithéâtres universitaires, se réuniront comme en 1789 dans des églises. Ces clubs seront l’expression la plus horizontale et la plus radicale de la politique sous la Commune. Soulignons que les réquisitions des églises n’étaient pas totales, les offices se déroulant dans la journée tandis que les clubs prenaient possession des lieux à partir de 17 h finançant l’éclairage et le chauffage par le droit d’entrée à la réunion.

Au-delà des décisions extrêmement importantes concernant l’enseignement et le fait de sortir l’instruction de l’influence des congrégations religieuses2 pour aller vers un enseignement laïque mixte et gratuit, la Commune proclamera surtout le 2 avril, la séparation de l’Église et de l’État. Les principes édictés en sont clairs et précis : « La Commune de Paris, Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ; Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté. Décrète : Art.1. L’Église est séparée de l’État. Art.2. Le budget des cultes est supprimé. Art.3. Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales. Art.4. Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation 3 ». Tant le principe que les conséquences financières pour l’Église feront de ce décret un des principaux chiffons agités par la réaction contre la Commune. Chiffon qui sera d’autant plus agité que quelques jours plus tard, le 6 avril la Commune prend un décret sur les otages et arrête notamment sur base de celui-ci l’archevêque de Paris Mgr d’Arboy.

Avec l’évolution de la situation militaire défavorable à la Commune et les massacres perpétrés par les lignards de Versailles, la tension et la fureur antireligieuse va aller crescendo. Au-delà des caricatures, profanations et cérémonies parodiques, cet anticléricalisme se marquera par des destructions ciblées. L’exécution de Mgr d’Arboy le 24 mai durant la semaine sanglante (22 autres religieux subiront le même sort) alors que depuis 72 heures, hommes, femmes et enfants soupçonnés d’appartenir à la Commune sont fusillés en masse au fur et à mesure de la progression des troupes versaillaises dans Paris. Un massacre systématique destiné à « purifier » la ville et qui fera plusieurs milliers de victimes sur cette seule semaine auxquelles il faut ajouter les morts en déportation et ceux assassinés après avoir été faits prisonniers dans les combats.

Cet anticléricalisme de la Commune de Paris ne sera pas pardonné par l’Église qui voudra marquer de son empreinte la ville de Paris. Elle fera donc construire là où tout a commencé, au sommet de la butte Montmartre, une basilique dite « du sacré cœur ». Ce dernier (un cœur surmonté d’une croix) est un symbole particulièrement fort. Accompagné de l’inscription « Dieu, le Roi » c’était celui des Chouans et des Vendéens contre la Révolution. Aujourd’hui encore il est utilisé par les groupes ultra-catholiques d’extrême droite.


  1. Voir sous la direction de Michel Cordillot, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, (coll. Le Maitron) Paris, éditions de l’Atelier, 2020. Principalement Cordillot, Michel, Les clubs sous la Commune, pp.243–246 Lalouette, Jacqueline, L’anticléricalisme sous la Commune, pp.682–684.
  2. Voir l’article de Jean-François Dupeyron dans ce même numéro p.8.
  3. Journal Officiel de la République française n° 93 du lundi 3 avril 1871, p.1, col.1. (coll. De l’auteur).