mercredi 20 février 2008

Le pouvoir d'achat comme écran de fumée

Ce mercredi 20 février, La Libre Belgique a publié une nouvelle carte blanche que je co-signe dans le cadre de mes activités au sein du collectif Le Ressort. Les autres signataires sont Minervina Bayon, Yannick Bovy, Didier Brissa, Isabelle Chevalier, Pierre Eyben, Raoul Hedebouw, Aïcha Magha, Michel Recloux et Olivier Starquit.

Depuis l'effondrement du Mur de Berlin, l'économie de marché nous est présentée comme l'horizon indépassable du bonheur des peuples, et c'est dans ce cadre aussi que l'on parle d'amélioration du pouvoir d'achat. Pour être heureux, il suffirait donc de pouvoir acheter sans entraves. Sans avaliser cette obligation compulsive d'acheter pour maintenir un modèle de société mortifère et sans soutenir cette conception productiviste de toute façon bloquée par les limites écologiques(1), force est toutefois de constater que les citoyens doivent disposer de moyens pour subvenir aux besoins de première nécessité, voire, pour améliorer leur bien-être et leur qualité de vie.

Le problème du pouvoir d'achat(2) - même si on remarquera à regret qu'il ne semble devenir préoccupant qu'à partir du moment où il concerne la classe moyenne alors que 17 pc de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté - semble, en effet, faire l'objet d'une apparente unanimité : tout le monde le dénonce et chacun y va de sa mesurette : le gouvernement intérimaire n'a-t-il pas été constitué pour répondre aux problèmes des gens ? Concrètement, cela a donné une prolongation et un élargissement du chèque-mazout, une mesure qui, dans sa forme actuelle, relève plus de la charité que de la solidarité.

Entre autres choses, les syndicats présentent l'indexation automatique des salaires comme le bouclier ad hoc tandis que les organisations patronales plaident en faveur d'accords all-in. Cette dernière solution vide l'indexation automatique des salaires de tout sens, comme le révèle "De Tijd", qui explique que 500 000 ouvriers travaillant dans les secteurs de la métallurgie et de la construction vont voir leur salaire bloqué dans le cas, de plus en plus probable, d'une inflation cumulée supérieure à 5 pc. Devant cette bombe sociale, la fédération patronale Agoria n'a d'ailleurs pas tardé à réagir pour tenter d'expliquer combien il s'agissait d'une annonce alarmiste prématurée.

Indépendamment de ce débat, quelques réflexions s'imposent sur l'indice des prix à la consommation. Si la Belgique est, avec le Luxembourg, le seul pays à l'avoir maintenu, au grand dam de l'OCDE, ce n'est pas sans lui avoir fait subir une cure d'amaigrissement : rappelons le blocage de deux sauts d'index sous le gouvernement Martens-Gol dans les années 80 et sa conversion en indice-santé à l'époque du "Plan global" où certains produits comme le tabac, l'alcool et le carburant en ont été retirés.

Ces diverses interventions ainsi que la révision régulière du contenu du "panier de la ménagère" font que l'index ne reflète pas l'augmentation réelle des prix. Malgré cela, on annonce un nouveau saut d'index pour le mois de mars ou d'avril, soit seulement 3 mois après le précédent, signe indiscutable d'une explosion des prix. Les récents mouvements de grève dans le Nord du pays viennent confirmer cette inadéquation : la non-indexation réelle des salaires et des allocations sociales est responsable d'un appauvrissement du plus grand nombre. Un index réel serait, par conséquent, mieux à même de garantir la paix sociale et de rencontrer les besoins fondamentaux de la population.

D'autres dépenses préoccupantes sont celles relatives au chauffage et au loyer. D'aucuns proposent de fixer la TVA prélevée sur le mazout à 6 pc en tant que produit de première nécessité. La taxation indirecte étant l'impôt le plus injuste, "la" question est de savoir comment moduler cela avec la fin prochaine du pétrole et, par conséquent, avec une incitation (ou un préfinancement pour les citoyens les plus faibles) à se chauffer de la manière la plus soutenable pour la planète. Gageant que ce n'est pas seulement la nature mais aussi la quantité de consommation (pour une ressource finie) qui peut être considérée comme un luxe, faut-il moduler le taux de TVA de manière progressive en fonction de la consommation réelle (tout en veillant à instaurer un système de tiers-payeur afin d'aider les familles les plus modestes à isoler leur habitation) ? Serait-il envisageable de moduler le prix des loyers en fonction du niveau d'isolation du bâtiment loué ? Cela permettrait d'inciter les propriétaires à isoler leurs bâtiments et éviterait de pénaliser doublement les locataires d'immeubles mal isolés. Et si cela ne suffisait pas, n'est-il pas envisageable d'exiger un minimum d'isolation, vérifié par une expertise neutre, dans le cadre de la location d'un bâtiment ?

L'augmentation actuelle des prix à la consommation est surtout due à la hausse des prix des denrées alimentaires et des produits énergétiques. Un déséquilibre dans l'offre et la demande de ces produits sur le marché mondial est à l'origine de cette envolée des prix. Est-il dès lors bien raisonnable de laisser ces éléments essentiels de notre vie quotidienne entre les mains invisibles du marché (pour paraphraser Adam Smith) ? Un contrôle public renforcé des prix de ces produits, comme c'était le cas jadis pour le pain, nous paraît être une piste intéressante à suivre.

Indépendamment de ces considérations, deux constats peuvent être posés concernant le débat relatif au pouvoir d'achat.

Absence d'articulation globale. Les propositions sur la table sont très parcellaires et omettent toute articulation globale avec le modèle de société voulu, et ce, notamment en rapport avec le défi climatique. Ainsi, l'augmentation du pouvoir d'achat pourrait aussi être conçue comme une réduction des dépenses quotidiennes et une amélioration de la qualité de vie et pas nécessairement ou pas uniquement par l'augmentation du salaire-poche.

Il nous semble, en effet, peu concevable, à moins d'être prestidigitateur, de promettre en même temps une augmentation du pouvoir d'achat et une réduction des prétendues "charges sociales" (en fait le salaire différé constitué de la différence entre le brut et le net et qui permet de financer un ensemble de prestations en espèces ou en nature notamment sous forme de l'accès gratuit à un ensemble de biens ou de services collectifs).

En effet, parler de charges sociales surajoutées et qui alourdiraient le coût du travail revient à nier la nature de ces cotisations : une part intégrante du salaire dû par les employeurs aux salariés.

Conformément à la définition du salaire indirect esquissée ci-dessus, cette approche devrait être accompagnée d'investissements dans les transports en commun permettant une mutation vers une société de faible intensité énergétique, dans les services publics et plus particulièrement en ce qui concerne l'accès à l'éducation, dans les soins de santé, la mobilité, la production d'énergie alternative.

En outre, une réduction massive du temps de travail, sans perte de salaire (et permettant une meilleure redistribution de la richesse par la création d'emplois) contribuerait à cette amélioration de la qualité de vie qui se cache derrière le vocable passe-partout d'augmentation du pouvoir d'achat.

Le partage des richesses est le grand absent du débat. Cette redistribution des richesses doit bien évidemment également être placée dans une perspective internationaliste en apportant une réponse à la question suivante : comment arracher des milliards de personnes à la détresse du sous-développement sans les plonger dans un modèle productiviste de consommation à l'occidentale, néfaste pour la planète et mortel pour l'ensemble de l'humanité ?

Mais si l'on s'en tient au niveau belge, le mutisme médiatique et politique qui entoure le détournement des richesses est un véritable exploit permanent : la part du capital dans le PIB ne cesse de croître. (PIB qui, rappelons-le, a triplé au cours des 25 dernières années). Alors que celle des salaires, qui progressait tant que le rapport de forces était favorable aux travailleurs, n'a cessé de régresser depuis 25 ans : représentant 67 pc du PIB en 1980, elle flirte aujourd'hui avec la barre symbolique des 50 pc.

Au-delà du chipotage et des mesurettes où l'on change pour que rien ne change, c'est d'une véritable (r)évolution dont nous avons besoin. Un retour à une réelle progressivité de l'impôt (tranches supérieures à 50 pc), un impôt sur la fortune et sur le patrimoine immobilier, une taxation significative des transactions financières et des revenus mobiliers (une taxation de type Tobin-Spahn, par exemple) et sur les bénéfices des acteurs dans le domaine de l'énergie, la suppression des intérêts notionnels, la levée du secret bancaire, la lutte contre les paradis fiscaux..., les pistes ne manquent pas, nonobstant l'omerta médiatique et politique dont elles sont victimes.

Notes

(1) Voir Le Ressort, "Quand la quête éperdue de croissance tue la planète", "La Libre Belgique", 10 novembre 2007 et sur le site http://ressort.domainepublic.net

(2) Il serait sans doute utile de repenser le terme de "pouvoir" quand, le plus souvent, l'achat est réduit à un subtil asservissement induit et entretenu par la publicité.

lundi 4 février 2008

Mouvement Le Ressort


Depuis mars 2007, je fais partie d'un collectif qui se réunit chaque mois afin de discuter d'un thème en lien avec nos préoccupations. Cette réunion débouche sur un texte que nous envoyons aux médias pour publication comme carte blanche. Le succès de l'initiative est au rendez-vous puisque rare sont les textes qui n'ont été diffusés que sur notre site Internet où vous pourrez retrouver tous les textes repris ci-dessous.

  1. La grande gabegie de l’énergie (avec Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 9 mars 2007
  2. Emploi jeune : supprimer l’allocation… ou l’attente ? (avec Eric Jadot, Michel Recloux et Olivier Starquit) in Le journal du mardi n°314, 3-9 avril 2007, p.21. repris par La Libre Belgique le 12 avril 2007, p.23.
  3. La réduction du temps de travail comme schibboleth (avec Didier Brissa, Eric Jadot, Michel Recloux, Olivier Starquit et Pierre Castelain). Diffusée sur Internet.
  4. Vers une nécessaire reconquista idéologique (avec Eric Jadot, Michel Recloux et Olivier Starquit) in Politique n°50 de juin 2007, pp.84-85.
  5. Alternance sans alternative (avec Didier Brissa, Michel Recloux, Olivier Starquit et Pierre Eyben). Diffusée sur Internet.
  6. Trustons l’enseignement (avec Laurent Petit, Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 29 août 2007, p.29.
  7. On y croyait, on s’est battu, on avait raison, on a gagné (avec Eric Jadot, Laurent Petit, Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 12 octobre 2007, p.28.
  8. Quand la quête éperdue de croissance tue la planète(avec Yannick Bovy, Didier Brissa, Pierre Eyben, Christian Jonet, Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 10 novembre 2007
  9. Initiative publique indispensable (avec Yannick Bovy, Didier Brissa, Pierre Eyben, Christian Jonet, Michel Recloux et Olivier Starquit) in L’Echo week-end, du 15 décembre 2007, p.44.
  10. Pour un renouveau du service public (avec Minervina Bayon, Yannick Bovy, Didier Brissa, Pierre Eyben, Christian Jonet, Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique, du 25 janvier 2008.
  11. Pour une initiative publique (avec Yannick Bovy, Didier Brissa, Pierre Eyben, Eric Jadot, Christian Jonet, Laurent Petit, Michel Recloux et Olivier Starquit) in Politique n°53 de février 2008, p.25.
  12. Le Pouvoir d’achat comme écran de fumée (avec Minervina Bayon, Yannick Bovy, Didier Brissa, Isabelle Chevalier, Pierre Eyben, Raoul Hedebouw, Aïcha Magha, Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 20 février 2008, p.22
  13. Les mots détournés, outil de propagande (avec Isabelle Chevalier, Pierre Eyben, Christian Jonet et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 21 avril 2008, p.28
  14. Démocratie unijambiste et sans cœur (avec Didier Brissa, Christian Jonet, Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 23 mai 2008, p.34
  15. Mais où est donc passé Robert Ménard ? (avec Didier Brissa, Michel Recloux, Olivier Starquit et Pierre Eyben). Diffusé sur Internet
  16. La précarité comme modèle de société (avec Minervina Bayon, Didier Brissa, Isabelle Chevalier, Alice Minette, Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 21 août 2008, p.33
  17. Il en va de la « crise » du logement comme de la « crise » économique (avec Didier Brissa, Isabelle Chevalier, Michel Recloux et Olivier Starquit) in La Libre Belgique du 24 septembre 2008, p.31 (mention également en p.1)
  18. Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais, ouais ! (avec Didier Brissa, Isabelle Chevalier, Michel Recloux et Olivier Starquit). Diffusé sur Internet.
  19. Abolir le capitalisme. Une course contre la montre (avec Yannick Bovy, Didier Brissa, Aïcha Magha Alice Minette, Olivier Starquit et Karin Walravens) in La Libre Belgique du 3 novembre 2008, p.28
  20. La crise et la « gauche » (avec Yannick Bovy, Pierre Eyben, Raoul Hedebouw, Eric Jadot, Laurent Petit, Michel Recloux, Olivier Starquit et Karin Walravens) in La Libre Belgique du 10 décembre 2008, p.27.




mardi 29 janvier 2008

Nouveau FN, vieille idéologie

Cet article a été publié dans le n°43 de janvier-février-mars 2008 de la revue Aide-mémoire, p.7

On peut retrouver la liste de mes articles publiés dans cette revue ici

La fin de l’année 2007 a été marquée par l’apparition d’un nouveau parti d’extrême droite en Belgique. En effet, profitant des ennuis judiciaires successifs de Daniel Féret, une partie des cadres et des élus du FN ont fait une (énième) scission. Mais cette fois-ci ils ont réussi à garder le nom, le sigle et le logo, éléments capitaux dans le cadre de leur ambition de conquérir un vaste électorat aux élections de 2009.
Droite et Modernité
Ce nouveau parti était en gestation depuis plusieurs mois via le cercle Droite et Modernité apparu fin 2005 au sein du FN et qui regroupait les « durs » de ce parti. L’organe de Droite et Modernité était alors A Droite[1]. C’est justement les trois premiers numéros de ce périodique, s’étendant d’octobre 2005 à juin 2006 et faisant chacun 48 pages, que l’on retrouve téléchargeable en format PDF sur le site du nouveau parti[2].
A Droite est sous-titré La Lettre politiquement incorrecte du sénateur Michel Delacroix. Ce dernier signe les éditoriaux et apparaît en couverture de l’organe. Deux autres cadres historiques de l’extrême droite francophone sont fort présents : Charles Pire et Patrick Sessler, ce dernier signant les textes les plus doctrinaux. On retrouve également une chronique accordée à l’«Alliance Bruxelles contre le déclin », groupuscule poujadiste servant de paravent francophone au Vlaams Belang à Bruxelles, et dont les textes se distinguent par leur pauvreté de contenu comme de ton.
La liberté d’expression
Le thème le plus développé dans les trois numéros, et ce dès le premier éditorial, est la dénonciation de la législation belge qui limite la liberté d’expression en empêchant les partis de la « droite nationale » de s’exprimer[3]. La longue interview du leader du Front National Bruno Gollnisch tourne d’ailleurs quasi exclusivement autour de cette question[4]. Parlant de la situation en Belgique, et plus spécifiquement du procès contre le Vlaams Block, il dénonce le fait que : « Ce qui est extrêmement grave dans la décision de ces magistrats belges, c’est qu’ils s’arrogent le droit, au mépris de la séparation des pouvoirs, de dire ce qu’une formation politique a le droit ou n’a pas le droit de proposer. »[5]. Le procès intenté contre le Vlaams Block est particulièrement développé, « On assiste à la poursuite d’une stratégie de déni systématique d’un droit aussi fondamental que la liberté d’expression »[6]. Ce que confirme le député Filip De Man, par ailleurs membre de l’aile dure du VB, lors d’une conférence-débat « La Belgique a écrit une triste page d’histoire en persécutant le Vlaams Blok et en faisant condamner notre parti par les tribunaux. Dans une véritable démocratie, on n’intente pas de procès contre ses adversaires politiques »[7]. Et Delacroix dans remettre une couche : « Une des grandes victoires de la démocratie consisterait donc à permettre au pouvoir judiciaire de décréter que l’opinion de certains électeurs serait infractionnelle »[8]. A l’inverse le premier amendement américain ou la grande tolérance anglaise sont citées en exemple : « Les conditions d’admission du National Front (…) tomberaient immanquablement sous le coup de la loi en Belgique : « … être blanc, avoir pour compagne une blanche, ne pas être homosexuel, ni usager de drogue… ». »[9] Outre la législation, le rôle des médias dans ce black-out médiatique est dénoncé[10].
Le rejet de l’autre
Ces lois n’ont pas, pour l’extrême droite, comme seule fonction de les interdire de parole : « Nous observons également que les lobbys du multiculturalisme s’appuient sur ces lois dites « antiracistes », en réalité antinationales, pour insinuer leur vision totalitaire au cœur de la société »[11]. Car le péril qui guette la Belgique est bien entendu l’immigration, et plus particulièrement celle de ressortissants de confession musulmane. Patrick Sessler traduit d’ailleurs un dossier du VB très fouillé et documenté sur la politique d’immigration du Danemark[12]. L’immigration est présentée comme un véritable péril. Dans un article intitulé « Insurrection allochtone en France ou la douleur d’avoir eu raison avant tout le monde »[13] on annonce une future guère civile en Europe, ce que Filip De Man confirme lorsqu’il dit qu’« (…) il faudra une atmosphère que je qualifierai de pré-révolutionnaire pour que la droite nationale accède au pouvoir (…) quand la révolte islamique dans nos villes deviendra une vraie guerre civile »[14]. Dans un autre texte au titre tout aussi évocateur de « Bruxelles : ville arabophone et turcophone ? »[15] on affirme que « Nous l’avions dit, nous l’avions écrit. Aujourd’hui, c’est presque une réalité. Il est bien question de reconnaître l’Arabe comme quatrième langue officielle du royaume de Belgique. »[16]. La question de la régularisation des sans-papiers vaut évidemment plusieurs articles véhéments. Charles Pire donne à cette occasion son explication au mouvement : « L’enjeu pour les socialistes francophones, c’est le maintien de leur leadership. Il est pour eux de la plus haute importance de remplacer les nombreux électeurs qui les quittent (notamment pour la droite nationale) par des allochtones (…) Le phénomène crève les yeux à Bruxelles où, dans ce parti, les parlementaires issus de l’immigration sont majoritaires »[17]. Après cela, faut-il s’étonner qu’A Droite est contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe ?, reprenant au passage la propagande des identitaires d’Alsace d’abord.[18]
L’ennemi PS
Cette citation nous permet de faire le lien avec le troisième grand thème développé : la dénonciation du parti socialiste. Il s’agit là de l’ennemi politique principal qui se voit attaqué dans presque tous les articles car « Le PS se comporte en parti unique dans une Etat totalitaire, disposant d’une RTBF entièrement à sa solde et des tentacules dans toutes les strates de la société, y compris dans les autres partis de l’establishment. »[19] Une des cibles favorites étant « le clan familial Onkelinckx »[20]. Le PS est considéré comme une maladie qui gangrène la Wallonie, avec des titres comme celui d’un édito de Delacroix « Le socialisme est une maladie honteuse, mais pas incurable »[21], et la mène à sa perte : « Le PS et ses complices chrétiens démocrates ou libéraux ont totalement asservi la Wallonie à leurs utopies dirigistes, identiques à celles qui ont mené à la chute du mur de Berlin »[22]. Les autres partis sont donc complices, y compris en Flandre comme le dit Filip De Man : « le parti libéral – aussi bien côté flamand que côté wallon – est gangrené par des sous-marins de gauche, les démocrates-chrétiens flamands sont à la botte du syndicat ACV (le MOC, en plus grand) et leurs collègues francophones sont présidés par une mégère qui essaie de dépasser les Ecolos par la gauche »[23]. Cette conception de l’infiltration par les socialistes de tous les autres partis revient à plusieurs reprises : « Les socialistes qui nous gouvernent (mal !), qu’ils soient du PS, d’Ecolo, du CDH ou du MR, comprendront-ils un jour que les entreprises se gèrent toujours dans un souci de rentabilité et que cette rentabilité ne peut se développer que dans la liberté, la souplesse et dans un climat fiscal raisonnable et même favorable. »[24]
Un parti de droite
Nous en arrivons à ce stade de l’analyse à un des éléments les plus intéressants politiquement. En effet, loin de se positionner comme une troisième voie[25], le nouveau parti de Delacroix se positionne clairement comme le seul représentant d’une vraie droite, d’une droite nationale. Le titre de son organe est déjà significatif, tout comme le logo qui l’accompagne représentant un éléphant, c’est-à-dire le symbole du parti républicain aux USA. Les choses sont d’ailleurs claires dès le premier éditorial : « nous avons décidé de créer une revue délibérément identitaire à vocation internationale. Son nom n’est évidemment pas innocent. Notre encrage est clairement à droite, sans complexe et sans tabous »[26]. Ce positionnement est développé dans un article idéologique de Patrick Sessler[27] qui rappelle que « (…) le concept de « droite nationale » est repris par quasi l’ensemble des partis politiques européens qui représentent quelque chose (…). C’est une manière de se reconnaître et d’affirmer son appartenance à une même famille de pensée »[28]. On retrouve d’ailleurs une série de positions classiques de la droite comme la critique des syndicats et la volonté de leur donner une personnalité juridique[29], l’indignation face à la possibilité d’avoir un cadastre des fortunes en Belgique[30] ou une taxation des plus-values boursières[31]. Le positionnement est une défense absolue de la liberté d’entreprendre qui doit être sans entrave et une dénonciation de la pression fiscale. Delacroix reprend d’ailleurs Milton Friedmann et son « il n’y a pas de liberté politique sans liberté économique préalable »[32].
Une idéologie bien connue
On retrouve là un positionnement de l’extrême droite que nous avons déjà expliqué dans cette chronique. Et ce n’est pas le seul. Ainsi, la critique du PS est-elle plus largement la critique inévitable du marxisme : « La « démocratie » et les « droits de l’hommes » sont tronqués, instrumentalisés et violés par une famille de pensée qu’on avait cru balayée par l’Histoire depuis la chute du Mur de Berlin. Force est de reconnaître que le marxisme est loin d’être extirpé de nos sociétés européennes. Les crypto-marxistes d’aujourd’hui n’ont jamais autant pesé sur l’occident »[33]. Car le complot marxiste est clair : « Il est évident que ce mouvement (celui des sans-papiers) n’est pas spontané (…) Ils sont encadrés par des professionnels de la subversion camouflés sous des labels de collectifs quelconques. Ceux qui poussent l’observation auront repéré autour des immigrés clandestins divers militants communistes, trotstkistes et anarchistes. »[34] Il est également très vaste, s’étendant à l 'Europe : « Les hommes politiques de tous les bords qui veulent ériger « l’Union Européenne » veulent que cette Europe soit nettement matérialiste, irréaliste et d’obédience agnostique, sinon maçonnique »[35].
Face à cette menace, il existe heureusement des gens qui luttent comme Bruno Gollnisch dont la présentation reprend les classiques de celle d’un leader d’extrême droite : « Dès son entrée à la faculté de Nanterre à 17 ans, il assiste au saccage, en 1968, par des jeunes bourgeois gauchistes, des universités nouvellement construites grâce au sacrifice de tous les Français, même les plus modestes. En 1971, il interrompt ses études et résilie son sursis pour rejoindre la Marine Nationale. (…à une période où) il comprend l’horreur du marxisme et des idéologies révolutionnaires. »[36]. Ou comme l’avocat Eric Delcroix, petit neveux de Léon Daudet[37], qui a publié un « essai révolutionnaire contre l’ordre moral antiraciste (…) le manifeste libertin revendique la liberté de conscience et rend sa légitimité à la loi immémoriale du sang (… Eric Delcroix y) appelle ses frères européens à libérer leur génie prométhéen de l’aliénation de l’antiracisme obsessionnel »[38]. Les positions traditionalistes sont également reprises, principalement à l’encontre des homosexuels[39] et en faveur de la famille avec le relais des positions du groupuscule Belgique et Chrétienté d’Alain Escada, mais aussi en faisant référence à « l’héritage spirituel de Saint Benoît »[40]. Un auteur comme Alain de Benoist et le concept de métapolitique sont bien entendu également présent[41].
« Il appartient à notre famille politique de continuer à opposer notre « vision du monde » à la leur »[42]. Cette phrase de Michel Delacroix est éclairante. D’une part, elle confirme qu’il s’inscrit dans un courant politique ancien qui remonte au refus des Lumières et de la Révolution Française : « Tout était dit et les éléments de notre droit positif y trouvaient tous leur compte y compris l’équité et le droit, tout au moins avant que celui-ci soit sodomisé par Jean-Jacques Rousseau et ses succédanés du Comité de Salut Public de la Révolution française. »[43] Ce qui vaut également un article sur Edmund Burke qui « (…) s’opposa avec force à la philosophie des Lumières ainsi qu’à la Révolution française, dès son début. (…) Ses Réflexions sur la révolution en France (1790), ouvrage lu dans toute l’Europe, le posèrent en défenseur de l’ordre établi, produit du droit naturel que le rationalisme n’était pas en mesure de modifier. »[44] D’autre part il indique que le FN a une vision du monde particulière basée sur le respect des lois dites naturelles, d’un darwinisme social, fondement d’une société inégalitaire et hiérarchisée. Ce que confirme Patrick Sessler lorsqu’il dit qu’il faut « (…) éliminer du champ politique le primat actuel de l’idéologie égalitaire en lui substituant le droit naturel, les valeurs et les cadres de références de la civilisation européenne »[45].
Ainsi, comme nous venons de le voir, ce « nouveau » Front National n’a de neuf que la disparition de Daniel Féret et l’ambition de faire un parti politique efficace et non un tiroir caisse à des fins privées. Idéologiquement ses assises sont anciennes et confirme qu’il reste un parti d’extrême droite dont les idées sont conformes à celles que nous analysons dans cette rubrique.

Notes
Un petit problème m'empêche de placer les notes. J'espère le résoudre très rapidement


vendredi 25 janvier 2008

Pour un renouveau du service public

Ce vendredi 25 janvier, La Libre Belgique a publié une nouvelle carte blanche que je co-signe dans le cadre de mes activités au sein du collectif Le Ressort. Les autres signataires sont Minervina Bayon, Yannick Bovy, Didier Brissa, Pierre Eyben, Christian Jonet, Michel Recloux et Olivier Starquit.

Pour tout progressiste, la défense et le développement – il ne s’agit pas seulement de limiter la casse mais bien d’inverser la tendance actuelle - de services publics de qualité doit constituer un – sinon « le » - combat majeur pour les années à venir.

Jadis, la gauche mais également la droite, considéraient avec sagesse certains secteurs économiques et sociaux comme trop importants pour en confier la gestion aux intérêts privés, estimant qu'il était pour le moins hasardeux de les soumettre aux aléas du marché. Tirant le bilan au lendemain de grandes crises (crise économique de 29, Seconde Guerre mondiale,...), gauche et droite reconnaissaient à un acteur public fort un rôle de garant de l'intérêt collectif et de tampon économique et social permettant d'éviter les crises financières et de tirer à la hausse la norme salariale. Qui se rappelle que la France nationalisa ses mines en 1945 ? Et, par la suite, jusqu'en 1983, les transports aériens, la banque de France et les grandes banques et compagnies d'assurance du pays, le gaz et l'électricité, de grandes industries (Renault, Thomson, Usinor, Rhône-Poulenc,...), etc.

Aujourd'hui, le moins que l'on puisse dire est que la tendance s'est inversée : à part dans des pays comme la Bolivie, le Venezuela ou l'Equateur, qui ont récemment relancé des processus de (re) nationalisations pour reprendre le contrôle de leurs ressources naturelles et de leur économie, on assiste en effet à l'accélération et à l'extension d'un processus de marchandisation généralisée de la société, qui s'accompagne d'offensives de plus en plus violentes sur les services publics.

Ce phénomène date des années 80. Alors que les puissances occidentales voyaient se ralentir l'expansion économique acquise au détriment des pays dits en voie de développement - notamment via l'engrenage de la dette, qui aujourd'hui encore maintient ces pays sous le joug d'une pauvreté extrême et des diktats néocoloniaux du FMI et de la Banque mondiale - elles se lancèrent à la conquête de marchés nouveaux et juteux au sein de leurs propres économies, et privatisèrent à tour de bras. La motivation de ce changement de cap économique fut purement idéologique. Elle fut théorisée par des think-tank ultralibéraux et mise en oeuvre par des dirigeants qui leur prêtaient une oreille plus qu'attentive, tels Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Grande-Bretagne et Etats-Unis furent ainsi les fers de lance de cette dynamique, mise en oeuvre avec le renfort de grands organismes transnationaux.

Aujourd'hui, on ne compte plus le nombre de catastrophes sanitaires et sociales nées de cette logique mortifère. On se souvient de la désastreuse déliquescence des secteurs du rail en Angleterre ou de l'électricité aux Etats-Unis... Toutefois, rien ne semble freiner la tendance frénétique à libéraliser et privatiser tous les pans encore publics de la société (énergies, télécommunications, postes,...).

En Europe, la façon la plus classique d'imposer la privatisation de certains services publics consiste à ouvrir à la concurrence - on dit "libéraliser", même si cela a peu à voir avec une quelconque libération - le secteur dans lequel ils opèrent. Mis en concurrence avec des opérateurs aux pratiques sociales moins regardantes, il ne leur reste alors qu'à s'aligner ou disparaître.

Une autre façon de procéder consiste à les sous-financer de manière chronique, afin de quasi automatiquement "organiser" leur dysfonctionnement avant d'inciter la vox populi à réclamer leur privatisation. On peut également procéder à un "saucissonnage" de certains secteurs publics - cas de la SNCB ou encore récemment du secteur du gaz et de l'électricité [1] afin de les privatiser pour partie. Le plus souvent, les parties privatisées sont évidemment les plus rentables.

On constate également une privatisation larvée de nombre d'organismes publics ou partiellement publics. Par exemple, si La Poste belge est encore publique pour 50 pc + 1 action, sa gestion, confiée à un ancien dirigeant du trust financier acquéreur, et auquel un salaire de près d'un million d'euros annuels est alloué, a pour sa part clairement quitté la sphère du service rendu à la population. La Poste a aujourd'hui opté pour une stratégie de business marketing . Les fermetures de bureaux se succèdent, on les remplace - au mieux - par des franchisés, le nombre de boîtes aux lettres publiques diminue , les agents statutaires sont remplacés par des intérimaires, les conditions de travail se dégradent, le prix des timbres augmente,...

Actuellement, les représentants de la "puissance publique" aiment vanter les mérites des partenariats public-privé. Pourtant, ceux-ci consistent souvent en un financement détourné d'acteurs privés. Un exemple marquant est celui des "titres services". L'usager paie 6,2 euros par titre, la Région 13 euros et le travailleur touche 10 euros. La différence finance une entreprise d'intérim privée à qui l'on confie la gestion de ces emplois de service. Pourquoi ne pas directement créer de l'emploi public ?

Les services publics devraient être considérés comme des biens publics, des biens appartenant à la collectivité, au patrimoine commun des peuples [2]. On constatera à regret que le nouveau Traité de Lisbonne, copie conforme du projet de Constitution européenne (pourtant majoritairement rejeté en 2005 par les populations en France et aux Pays-Bas), ne reconnaît même pas cette notion de service public.

Il nous semble donc vital et urgent de définir une série de secteurs et de services qui doivent être gérés par la puissance publique. Parmi ceux-ci (liste non-exhaustive) : le transport (et les infrastructures), l'énergie (gaz, électricité), l'enseignement, les soins de santé et les services aux personnes, le logement social, la poste, les télécommunications, ou encore un média public (télévision et radio) à financement public (et donc exempt de publicité). Les fonctions régaliennes de l'Etat doivent elles aussi être maintenues hors de toute logique de marché. On voit par exemple aux Etats-Unis les conséquences désastreuses de la privatisation des établissements pénitenciers.

Au-delà des services publics, il nous semble également indispensable de revendiquer la primauté de l'action publique dans d'autres secteurs que celui des services, comme par exemple celui de la culture, ou l'industrie du médicament, l'agriculture, les ressources naturelles (eau, matières premières, forêts,...), etc.

Le bâton capitaliste, l'épée de Damoclès sociale, la précarisation structurellement organisée que le monde privé fait en permanence peser sur les citoyens et les travailleurs ne nous semblent pas dignes d'une société solidaire, émancipatrice, véritablement démocratique. On ne bâtit pas dans l'exploitation. C'est pour cela que nous défendons également des services publics charpentés autour d'agents statutaires, qui peuvent compter sur une certaine indépendance par rapport à leur employeur.

Cela ne nous empêche pas de rester critiques sur la façon dont les services publics fonctionnent parfois. Il est important d'aller vers moins de bureaucratisme, moins de centralisation, moins de politisation dans leur fonctionnement. En particulier, nous prônons une refonte complète du mode actuel de recrutement, par trop tributaire du rapport de force politique.

Un autre enjeu important qui nous semble devoir être pris à bras-le-corps par les progressistes européens est celui du développement d'initiatives industrielles publiques et de services publics européens. Par exemple, le ferroutage qui, étant donné la raréfaction du pétrole et l'urgence de réduire drastiquement la pollution provoquée par le transport routier, sera amené à jouer un rôle important dans le transport dans les années à venir, devrait s'inscrire dans une relance de l'initiative publique au niveau de l'Europe.

La libéralisation n'est que la liberté du plus fort. Préférons-lui la liberté de pouvoir compter sur des services publics qui nous rendent tous plus forts.

[1] Le Ressort, "La grande gabegie de l'énergie" et "Une initiative publique indispensable", sur http://ressort.domainepublic.net.

[2] http://www.france.attac.org/spip.php?article3471.

lundi 7 janvier 2008

Une oubliée de l’histoire : Emma Goldman

Cet article a été publié dans Espace de libertés n°360 de janvier 2008, p.26

Emma Goldman est née en Lituanie le 27 juin 1869. Cette fille rebelle dès son plus jeune âge refuse de se soumettre à son sort tout tracé identique à celui de ses semblables. Ce sont les événements de Chicago à la faveur des huit heures en 1886 qui détermineront à 17 ans le reste de sa vie alors qu’elle a émigré aux USA. C’est avec le procès truqués contre les anarchistes à la suite de « l’affaire du Haymarket » qu’Emma renforce sa prise de conscience de la réalité des conflits sociaux. Engagée dans une usine de Manhattan elle y organise les travailleuses presque toutes d’origines immigrées. A partir de ce moment là, Emma Goldman devient une des figures du mouvement ouvrier américain du tournant du siècle, payant à plusieurs reprises de sa personne, notamment lors de ses deux années de prisons. Mais la militance et le rôle de cette femme ne s’arrête pas à cette dimension. Elle ne cessera durant toute sa vie de revendiquer, dans la continuation de son engagement anarchiste, l’émancipation de la femme et le droit de choisir sa sexualité. Avec l’arrivée de la guerre de 14-18, Goldman prône en toute logique un pacifisme intransigeant qui lui vaut d’être expulsée vers la Russie où elle est une observatrice très critique de la révolution bolchévique dont elle se distancie des aspects autoritaires dans Mon désenchantement en Russie. Elle continue à prôner l’idéal anarchiste et participe à la guerre d’Espagne, avant de mourir à Toronto au Canada le 14 mai 1940 à l’âge de 71 ans.

« Très influent à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle en Europe et aux Etats-Unis, l’anarchisme comme philosophie politique avait été éclipsé, après 1917, par le mouvement communiste et sa sujétion à l’URSS. Mais les mouvements sociaux des années 1960 ont changé cela. Une approche anti-autoritaire et anti-étatique, de même que la culture de la liberté dans la musique, le sexe et la vie en communauté ont conduit à un regain d’intérêt pour l’anarchisme. Après des décennies d’oubli, Emma Goldman redevenait une figure importante, particulièrement pour le mouvement des femmes, mais aussi pour d’autres mouvements politiques »[1]. Et pourtant, « J’étais frappé de n’avoir jamais, du lycée à la licence, croisé son nom en étudiant l’histoire de ce pays. C’était une expérience que j’avais déjà vécue lorsque, à l’issue de mes études, j’avais commencé à m’informer sur des gens et des événements qui, d’une façon ou d’une autre, ne cadraient pas avec l’histoire officielle : Mother Jones, Big Bill Haywood, John Reed, le massacre de Ludlow, la grève du textile de Lawrence, l’affaire du Haymarket et bien d’autres. Les gens dignes d’êtres étudiés étaient présidents, industriels, héros militaires mais jamais leaders syndicaux, radicaux, socialistes, anarchistes. Emma Goldman ne cadrait pas »[2]. C’est ainsi que l’historien Howard Zinn[3] explique dans son introduction les raisons qui l’ont poussé à écrire une pièce de théâtre, jouée pour la première fois en 1975, sur les années américaines d’Emma Goldman. Les différents aspects de ses 48 premières années, y compris ses amours tumultueuses, sont retracés par de courts tableaux se suivant chronologiquement. Mais l’auteur ne se contente pas de raconter la vie de son héroïne, il replace les combats de celle-ci dans le contexte de l’époque mais aussi dans un cadre plus large qui interroge notre époque. Ainsi des discussions entre Emma et son compagnon Alexandre Berkman dit Sasha, marxiste de stricte observance, bien résumées par cet extrait : « EMMA (plus douce) : Tu ne comprends pas, Sasha ? Nous ne pouvons pas tous vivre comme vivent les plus opprimés. Nous devons avoir un peu de beauté dans nos vies, même au cœur des luttes. »[4]

La mise en pratique des idées, le recours systématique à l’action directe, le refus des concessions aux principes sont ainsi au centre de la pièce tout autant que les concepts théoriques et tactiques du mouvement ouvrier. La question de la violence est ainsi abordée à plusieurs reprises, lors de l’attentat manqué de Berkman contre un patron, tout comme dans un discours de Johann Most, un des compagnons d’Emma, : « Chaque année, trente-cinq mille ouvriers meurent dans leurs mines et leurs usines. A chaque génération, les fils des ouvriers sont massacrés dans leurs guerres. Et ils nous accusent d’être violents ! (il fait une pause, puis parle très posément). Que les choses soient claires. La violence contre les innocents ? Jamais. La violence contre l’oppresseur ? Toujours ! »[5].

En une centaine de pages comprenant les annotations scénographiques, Howard Zinn retrace ainsi la vie d’une militante oubliée dont il arrive a nous faire toucher la profonde humanité.

Notes

[1] Zinn, Howard, En suivant Emma. Marseille, Agone, 2007, p.24

[2] pp.7-8.

[3] Voir notre recension de son autobiographie in Espace de libertés n°346 d’octobre 2006, p.27.

[4] pp.68-69

[5] p.47.

lundi 24 décembre 2007

Etre de gauche pour refuser la marche actuelle du monde


Je suis le signataire d'une carte blanche parue dans La Libre Belgique le mercredi 19 décembre 2007, p.27 sous le titre Etre de gauche au XXIe siècle, c'est... et dont vous pourrez lire ci-dessous le texte intégral. Des signataires s'ajoutent depuis sur le site du collectif A Contre Courant.


A l’attention de celles et ceux qui pensent que le clivage gauche-droite est dépassé. A l’attention des modérés, des centristes dissimulés et des progressistes autoproclamés. A l’attention de ceux qui se réclament de la gauche sans jamais dans leur actes ni dans la politique qu’ils mènent justifier cette qualité. A l’attention de Ségolène et de Nicolas, de Joëlle et de Jean-Michel, d’Elio et de Johan. Voici quelques lignes pour dire qu’être de gauche au XXIe siècle, dans son idéologie comme dans sa pratique, cela a du sens, que cela est moderne et que surtout cela est vital.

Une tendance lourde

Un peu partout fleurissent les discours déclarant que le clivage gauche-droite est dépassé.

Il est des écologistes pour penser que la dimension environnementale de l’alternative transcende ce clivage, des sociaux démocrates tellement rôdés à appliquer des politiques néolibérales qu’ils en viennent à parler de troisième voie. Ce discours est pour eux l’occasion de ne pas nommer une conversion aux logiques droitières.

Ce discours est tenu également par des gens de droite (voir de l’extrême droite) qui sèment le trouble comme Jean-Marie Le Pen citant Gramsci ou Nicolas Sarkozy invoquant des penseurs de gauche ou faisant lire le militant communiste Guy Môquet. La vérité est qu’ils exhument de façon sélective des bribes dénaturées de leur pensée. Mais leur objectif -brouiller les pistes- fonctionne plutôt bien.

La tristement immuable raison d’être de la gauche, ou quand le pessimisme de la raison rencontre l’optimisme de la volonté…

Les mots ont sans doute vieilli et la terminologie a été souvent dénaturée, pourtant, même au cœur de nos riches sociétés, il y a encore et toujours des inégalités, des exploiteurs et des exploités. La lutte des classes existe, même si les formes de la lutte et les caractéristiques des classes ont changé. C’est une réalité immuable, jamais dépassée jusqu’ici, qui donne sens à la notion de gauche et justifie à elle seule son combat.

Ce clivage à l’intérieur de chaque société, existe également entre les pays riches et ceux qui le sont moins ou pas. Il convient dès lors de refuser les nationalismes, d’être internationaliste et de cultiver, ici et partout, la fraternité. Comme l’écrit Raoul Marc Jennar, « Jamais plus qu’aujourd’hui n’a été pertinent l’appel aux prolétaires de tous les pays à s’unir, même si la définition du prolétariat a quelque peu changé. ». C’est pourquoi il demeure essentiel de ressentir qu’aujourd’hui encore, ceux qui ne possèdent que leur force de travail, physique et/ou intellectuelle, n’ont d’autre patrie que leur propre condition.

Concrètement au XXIe siècle, être de gauche c’est …

Etre de gauche recoupe une palette de positionnements en vue de contrer les inégalités et de protéger celles et ceux que le système exploite, exclut et précarise. On peut dire d’une politique qu’elle est de gauche lorsqu’elle œuvre concrètement à diminuer l’écart entre les plus pauvres et les plus riches ce qui nécessite une opposition franche à la logique de l’économie de marché libre et non faussée.

Etre de gauche c’est viser d’abord à la disparition des inégalités sociales qui explosent aujourd’hui entre sociétés et dans les sociétés. Il ne s’agit pas d’imposer une égalité « uniformisante », de nier les spécificités ou l’aspiration à des particularismes – qui peuvent nourrir l’individu et enrichir la société - mais bien de mettre fin à l’inégalité d’accès à toute une série de biens essentiels à la survie, au bien-être et à l’épanouissement (logement, soins, nourriture, culture, loisirs,…). « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », selon la célèbre formule des révolutionnaires du XIXème siècle, popularisée par K. Marx . Concrètement, être de gauche, c’est dès lors abroger fermement les lois iniques récemment imposées un peu partout à travers la planète et qui approfondissent les inégalités sociales. Elles concernent notamment le droit du travail et les retraites, la fiscalité, les politiques migratoires ou encore l’accès aux soins de santé.

Etre de gauche , c’est vouloir au minimum rééquilibrer la distribution des richesses entre le capital et le travail. En Belgique comme dans de nombreux pays, la part du capital, par rapport à celle des salaires, ne cesse de croitre dans le PIB sans qu’aucun gouvernement étiqueté « à gauche » ou « centre-gauche » ne stoppe cette logique. Dans le même temps, les politiques menées font baisser la part du capital dans les recettes de l’Etat.

Etre de gauche , c’est toujours privilégier l’intérêt collectif à l’intérêt particulier et en cela c’est définitivement reconnaître le nécessaire rôle de l’Etat ou d’une forme d’organisation collective à grande échelle, garant des droits et libertés, redistributeur, régulateur et planificateur essentiel au bénéfice de l’intérêt collectif face à la puissance économique. Via l’Etat, il s’agit dès lors soit de réguler le marché (actuellement outil de la logique capitaliste), soit de le circonscrire et de l’exclure de certains secteurs économiques (eau, énergie, transport,…), soit encore de purement et simplement viser à sa disparition. Par Etat, nous entendons ici un outil au service des décisions collectives avec des fonctions administratives, économiques, législatives et exécutives et non l’Etat en tant que force armée servant à la défense de privilèges et à la restriction de la sphère démocratique. Tout en maintenant une volonté d’équité sociale et écologique globale, cette logique inclut également la possibilité – et même la nécessité - d’initiatives locales, d’une grande décentralisation dans le fonctionnement et la gestion des outils publics, d’une autogestion des processus de production, et ce en vue de répondre au plus près aux besoins et réalités.

Etre de gauche , c’est ne pas marchander la solidarité au prix d’une liberté sans limite. Cela signifie-t-il que l’on veut brider la liberté individuelle ? Au contraire. Il s’agit toutefois de constater que la liberté individuelle pour s’épanouir et se généraliser réclame un contexte dans lequel la solidarité et l’intérêt collectif ne sont pas mis en péril. C’est pourquoi il faut d’abord s’assurer que les choix puissent se prendre après un juste débat d’idées, entre tous les citoyens et dans le cadre d’un objectif de solidarité, ce qui est aujourd’hui un leurre absolu. Il est clair, pour expliquer cela de façon imagée, que les renards et leurs amis qui se présentent aujourd’hui en défenseurs de la liberté nous prennent à vrai dire pour de la volaille écervelée car ils savent pertinemment que, vu le rapport de force actuel, nous ne sommes, le plus souvent, pas en mesure d’exercer celle-ci. Ils sèment également le doute car la liberté qu’ils réclament est avant tout celle du pouvoir économique vis-à-vis d’une tutelle démocratique et non celle des citoyens. D’ailleurs, la plupart des gouvernants « libéraux » - mais aussi sociaux-démocrates - attaquent parallèlement certaines libertés collectives (droit de grève, droit à la lutte sociale, droit des migrants,…). Un arsenal de lois liberticides est mis en place.

Etre de gauche , c’est étendre aussi aux générations futures la notion de solidarité. En cela, c’est se déclarer fondamentalement opposé à la logique productiviste actuelle qui menace lourdement les générations à venir en épuisant les ressources et en polluant la biosphère. Il faut stopper la prépondérance de la logique économique sur les considérations sociales et environnementales.

Etre de gauche , c’est prôner un Etat laïc et républicain par opposition à toute réflexion corporatiste privilégiant les droits associés à l’identification et à la classification des individus par leur appartenance. Il est ahurissant de voir des personnes se réclamant de la gauche défendre le régime archaïque de privilèges basé sur le sang que constitue la monarchie. La monarchie est une injure à la démocratie et à la modernité.

Etre de gauche , c’est revendiquer l’absolue égalité de droit entre les humains quelles que soient leurs origines, leurs appartenances sexuelles, leurs croyances et leurs coutumes, dans les limites de la loi républicaine et laïque. C’est ne pas revendiquer un mode de vie plutôt qu’un autre, c’est accepter et proclamer l’égalité de droit sans tenir compte des différences apparentes. Le nationalisme s’est aujourd’hui immiscé au cœur même de la social-démocratie. Il en va de même d’une certaine forme de racisme bon-teint.

Etre de gauche , c’est lutter contre l’uniformisation des médias instaurée par des intérêts privés brisant le débat démocratique et aboutissant à une manipulation destinée au pouvoir de quelques uns. C’est promouvoir les médias publics pluralistes et en exclure la publicité. C’est proposer une protection plus grande et spécifique des journalistes les rendant idéologiquement indépendant vis-à-vis des propriétaires des médias. L’actuelle concentration médiatique et la mainmise de grands patrons sur les médias constituent une grave menace pour la démocratie.

Etre de gauche c’est défendre un enseignement public de qualité, correctement financé et préservé de la sphère privée. C’est opter pour un enseignement qui forme des citoyens critiques et autonomes.

Etre de gauche , c’est privilégier le débat d’idées à la politique de l’image et aux coups de force médiatiques qui nivellent vers le bas et rendent la pratique politique lointaine et confuse, créant les conditions d’une démocratie privée de fond et mise en danger plutôt qu’une démarche d’élaboration collective et d’éducation permanente. Relayé par un clientélisme qui s’installe, le marketing politique prend aujourd’hui le pas sur tout débat d’idées ce qui ne peut que détruire à terme les aspirations de gauche.

Pour conclure

Comme souvent, il n’est pas inutile de replonger dans les classiques pour éclairer le présent. En 1848, Marx et Engels écrivaient ceci dans le Manifeste : « la bourgeoisie (…) ne laisse subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme que le froid intérêt (…). Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés si chèrement conquises l’unique et impitoyable liberté du commerce. ».

Il n’est pas une virgule qui mérite d’être changée dans cette analyse. On aimerait dès lors que celles et ceux qui se réclament de la gauche tendent vers ces objectifs et que celles et ceux qui y ont renoncé cessent de revendiquer un qualificatif qui ne leur convient décidément plus.

Ce texte a reçu les signatures de :

- Jacques BRAIPSON (Vice-Président de la CGSP-RTBF Liège)
- Didier BRISSA (Militant éco-socialiste, UAG, ACC)
- Vladimir CALLER (Rédacteur au Drapeau Rouge, PC)
- Luc CREMER (Ancien conseiller provincial Ecolo)
- Jean CORNIL (Militant éco-socialiste, ancien sénateur PS)
- Jean-Maurice DEHOUSSE (Ancien Ministre PS, ancien Bourgmestre de Liège)
- Céline DELFORGE (Députée à la région bruxelloise, Ecolo)
- Julien DOHET (Historien, collectif Le Ressort)
- Pascal DURAND (Professeur d’Université)
- Pierre EYBEN (Militant éco-socialiste, Secr. Politique Fédération de Liège du PC)
- Guy FAYS (Secrétaire régional de la FGTB Namur)
- Marc GOBLET (Président de la FGTB Liège-Huy-Waremme)
- Nancy HARDY (Formatrice au PAC Ourthe-Amblève)
- Bahar KIMYONGUR (Militant de gauche, membre du CLEA)
- Madeleine MAIRLOT (Enseignante, ex-conseillère communale à la Ville de Liège)
- Jean-Pierre MICHIELS (Prés.de l’Association Culturelle Joseph Jacquemotte)
- Jorge PALMA (Assistant à l’ULg)
- Christine PAGNOULLE (Présidente d’ATTAC-Liège, enseignante à ULg)
- Jean-François PONTEGNIE (Membre d’Une Autre Gauche)
- Madeleine PLOUHMANS (ATTAC Liège)
- Jean-Claude RENDA (Journaliste, président interrégional wallon de la CGSP-RTBF)
- Ataulfo RIERA (Secr. de rédaction du Mensuel "La Gauche", LCR-B)
- Jean-Claude RIGA (cinéaste)
- Alfonso SECONDINI (Ancien président d’ATTAC Verviers)
- Mauro SOLDANI (Réalisateur)
- Olivier STARQUIT (Altermondialiste, collectif Le Ressort)
- Pierre STASSART (Conseiller communal et Echevin PS à la Ville de Liège)
- Annick STEVENS (Professeur de Philosophie, ULg)

Une initiative publique indispensable


Après La Libre Belgique a plusieurs reprise, c'est L'Echo qui a publié, à la dernière page de son édition du w-e du samedi 15 décembre 2007, le dernier texte que j'ai écrit dans le cadre du Mouvement Le Ressort. Les co-auteurs sont Yannick Bovy, Didier Brissa, Pierre Eyben, Christian Jonet, Michel Recloux et Olivier Starquit. Inutile de préciser que la parution dans ce journal économique nous réoujit particulièrement et répond à nos objectifs de reconquête de l'imaginaire culturel.


Au seuil du 21ème siècle, l’enjeu politique essentiel est la manière dont seront gérées la production et la distribution de l’énergie. Un rappel historique s’impose : en 1945 sont créés un Comité de contrôle pour les prix de vente et le Comité national de l’Energie (composé en tripartite patronat-syndicats -Etat) qui était chargé d’établir pour toutes les parties un projet de plan d’équipement. Tous ces organismes de régulation ont disparu avec la libéralisation ainsi que les budgets pour l’Utilisation Rationnelle de l’Energie (URE). Reste la CREG qui n’a plus qu’un pouvoir symbolique. On a donc perdu tout contrôle sur ce que font les producteurs. Les choix politiques ont supprimé le contrôle citoyen. La politique s’est elle-même mise hors-jeu.

Des initiatives solidaires ont surgi pour l’achat d’énergie et principalement la remise au goût du jour du système des coopératives via des groupements d’achats. Citons par exemple Power4you, un regroupement de citoyens, via la participation de nombreuses associations comme la Ligue des Familles ou la FGTB, visant à acheter de l’énergie verte à la société Lampiris à prix réduit. Ce critère du prix est d’ailleurs le principal argument. A contrario, le critère des conditions de travail est complètement absent dans le choix du fournisseur, malgré la présence de syndicats des travailleurs parmi les coopérateurs. D’autres initiatives ont vu le jour comme des propositions politiques visant à la création de sociétés publiques d’achat. Mais si ce consumérisme de gauche constitue certes une riposte au capitalisme sur le terrain des pratiques individuelles, il ne remet pas en cause la situation et ne constitue d’aucune manière une réforme de structure.

La libéralisation a également entraîné la fin de la péréquation tarifaire [1] alors que, nonobstant l’existence des directives européennes, « on possède des solutions pour maintenir une situation plus solidaire […] on pourrait demander aux 13 gestionnaires de distribution wallons de pratiquer un seul et même prix. On ne le fait pas » [2]

Dans le même ordre d’idées, il eût été et il serait certes préférable de disposer d’un seul gestionnaire public de distribution.

En ce qui concerne la production, principalement aux mains de deux acteurs principaux en Belgique (Electrabel et SPE, le deuxième étant un petit poucet face au premier, ce qui entraîne une situation de fait de quasi-monopole) [3], quelques initiatives et projets permettent de poser des questions pertinentes. Ainsi, face aux nombreuses demandes d’éoliennes, quelques communes envisagent de s’unir pour en installer le long de l’autoroute E40. Si aucun projet n’est encore officiellement déposé, elles ont décidé de ne pas se laisser faire face aux géants. L’idée serait de créer une intercommunale qui pourrait elle-même devenir productrice d’électricité verte. Par ailleurs, d’autres outils, certes méconnus, existent comme les programmes PALME, UREBA et EPURE qui aident techniquement et financièrement les communes soucieuses de développer l’URE [4]. Ainsi, au-delà de l’efficacité énergétique de ses bâtiments, la commune peut aussi produire de l’énergie verte, conseiller ses habitants, intervenir en tant que tiers-investisseur. Notons également qu’une dizaine de communes wallonnes ont été sélectionnées comme communes photovoltaïques pilotes [5].

Un autre modèle est celui constitué par les coopératives de production, fourniture et vente d’énergie. Ces coopératives créent ainsi un fournisseur proche des producteurs et des consommateurs tout en incitant à une utilisation rationnelle de l’énergie.

Ces pistes lèvent le tabou en Belgique du producteur public d’énergie (car rappelons que Nuon compte parmi ses actionnaires principaux la ville d’Amsterdam et des provinces hollandaises) [6] et soulignent également l’importance de la réappropriation citoyenne de la production. Elles induisent également la conclusion provisoire selon laquelle ce n’est pas en continuant la fuite en avant dans une production énergétique toujours croissante qu’on répondra aux défis actuels : il faut coupler une réduction drastique de la demande à un basculement vers un système énergétique décentralisé individuel et collectif [7] (que permettent notamment les capteurs solaires). Cette double mutation est possible mais pas sans planification, sans initiative publique et sans rupture avec le productivisme et l’inextinguible soif de profit des intérêts privés.

Notes

[1] Principe selon lequel les frais liés à la fourniture étaient mutualisés : la personne habitant loin d’une centrale électrique payait le même prix que le voisin d’une centrale.

[2] Le Drapeau rouge n°16, « Libéralisation de l’électricité, interview de Jean-Claude Galler, secrétaire fédéral CGSP Gazelco », septembre 2007

[3] La fusion annoncée entre Suez et Electrabel renforcera à terme ces monopoles privés

[4] Eric Van Poelvoorde « Une politique durable de l’énergie au niveau communal : outil pour un développement durable « revue Etopia analyse 2005/21, 17/09/2005

[5] Voir http://energie.wallonie.be/xml/doc-IDD-10575-.html

[6] Ce qui au demeurant ne l’empêche pas en Belgique d’avoir des techniques de marketing et de ventes particulièrement agressives et peu respectueuses des gens comme des travailleurs.

[7] Les communes pourraient ainsi devenir productrices : citons l’exemple de Couvin et de son parc à éoliennes