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dimanche 27 juillet 2008
Force, Joie et Travail !
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jeudi 10 juillet 2008
Intérêts notionnels ou pouvoir d'achat ?
Ce jeudi 10 juillet, La Libre Belgique a publié le texte suivant que je co-signe dans le cadre du Mouvement du 15 décembre.
Les intérêts notionnels sont un énorme cadeau fiscal qui représente environ 2,4 à 3 milliards d'euros accordés aux sociétés chaque année. Chaque ménage du pays offre ainsi en moyenne 600 euros par an à ces sociétés. Est-il normal que l'Etat favorise celles-ci au détriment des travailleurs actifs et des allocataires sociaux ? Nous ne le pensons pas.
En effet, la part des salaires dans le PIB n'a cessé de diminuer. De 1981 à aujourd'hui, la rémunération moyenne d'un salarié accuse une perte de plus de 15 pc par rapport à l'évolution du PIB. Et c'est encore pire pour les allocataires sociaux. Exemple : une pension moyenne représentait 38 pc du salaire moyen en 1980, mais plus que 28 pc en 2003. Les bénéfices des sociétés, par contre, ont explosé. Ils sont passés de 8 milliards d'euros en 1981 à 61,5 milliards en 2006. La part des sociétés dans le PIB a ainsi doublé, passant de 9 pc à 19 pc. Et la part de leur revenu disponible (après transferts sociaux et fiscaux) a même été multipliée par 2,5.
Dans ces conditions, faut-il accepter la poursuite d'une politique fiscale de droite imposée depuis 1999 par les libéraux Didier Reynders et Guy Verhofstadt (réforme fiscale favorisant les plus hauts revenus, amnisties fiscales "uniques" à répétition, réduction de l'impôt des sociétés, etc.) et dont les intérêts notionnels sont le dernier avatar ? Une logique acceptée par les socialistes dans les coalitions violettes (PS et SP.A ont voté la loi sur les intérêts notionnels) et que l'on retrouve aujourd'hui dans les orientations du gouvernement Leterme.
Faut-il accepter de continuer dans cette voie ? Nous en sommes d'autant moins convaincus que cette déduction fiscale n'a d'autre "bienfait" avéré que d'accroître les bénéfices des sociétés, alors qu'elle présente de nombreux effets pervers.
Contrairement aux affirmations du ministre Reynders, les intérêts notionnels ne sont pas conditionnés à des investissements (et encore moins à des créations d'emplois). Ils constituent une déduction fiscale inconditionnelle. Contrairement à la déduction pour investissement qui... a été supprimée pour financer les intérêts notionnels.
Les intérêts notionnels ont été inventés pour maintenir le privilège fiscal inouï que pouvaient obtenir les multinationales créant un centre de coordination. L'Union européenne ayant condamné ce régime fiscal pour son aspect discriminatoire, le gouvernement l'a purement et simplement étendu à toutes les entreprises, sous la forme des intérêts notionnels. Une attitude folle sur le plan budgétaire.
Les intérêts notionnels coûtent quatre à cinq fois plus cher que le budget initial de 500 millions d'euros. Un chef d'entreprise faisant une telle erreur serait licencié sur-le-champ. Le ministre des Finances, lui, n'a même pas dû s'expliquer sur les causes de cette erreur. Si c'en est une...
Différents facteurs font que le coût des intérêts notionnels va encore augmenter ces prochaines années, notamment l'augmentation des taux de la déduction, ainsi qu'un effet d'autoaccumulation : les intérêts notionnels accroissent les bénéfices qui accroissent eux-mêmes les intérêts notionnels.
Les intérêts notionnels s'ajoutent à une flopée d'autres cadeaux offerts aux sociétés. Par exemple, les réductions de cotisations patronales (5,07 milliards d'euros en 2007), les réductions de précompte professionnel (0,7 milliard d'euros en 2007), les subsides régionaux, l'exonération des plus-values sur actions, etc.
Les intérêts notionnels n'ont pas d'effet sur les investissements des entreprises. Ceux-ci ont eu une croissance moins élevée en 2006 (première année des intérêts notionnels) que les deux années précédentes. Selon ce qui en a filtré dans "L'Echo", une étude secrète du SPF Finances affirme "ne pas constater de hausse des flux d'investissement direct entrant (étranger), ni d'effet de localisation en Belgique de la base taxable. En d'autres termes, les intérêts notionnels n'auraient quasiment pas eu d'impact sur l'économie réelle du pays".
Les intérêts notionnels n'ont pas eu le moindre effet visible sur l'emploi, contrairement à ce qu'affirme Didier Reynders. Ce dernier est d'ailleurs contredit par un de ses conseillers, Roland Rosoux, qui explique qu'il est impossible de mesurer un tel effet. Sur base d'échantillons réduits, on constate même l'inverse : les 24 entreprises de plus de mille travailleurs ayant mentionné des intérêts notionnels dans leurs comptes annuels en 2006 ont réduit leur emploi global de 1 102 équivalents temps-plein. Alors qu'elles ont déduit en tout 159 millions d'euros d'intérêts notionnels.
Les intérêts notionnels ont fait passer le taux d'imposition implicite (impôt réellement payé par rapport au bénéfice) des sociétés de 23,7 pc (2005) à 16 pc (2006). Alors que l'Europe des Quinze se situe à 23,8 pc. Les intérêts notionnels alimentent ainsi un dumping fiscal qui pousse les autres pays à adopter des mesures similaires.
Les intérêts notionnels favorisent les sociétés les plus riches. Osons une comparaison. Aujourd'hui, une personne qui emprunte pour acheter une maison peut déduire fiscalement les intérêts. Si on appliquait des sortes d'intérêts notionnels aux ménages propriétaires, ceux qui ont autofinancé l'acquisition de leurs immeubles (grâce à des héritages ou à une importante fortune personnelle) pourraient déduire fictivement des intérêts. Qui oserait alors encore parler d'une mesure pour favoriser l'accès au logement ? Qui serait assez aveugle pour ne pas conclure qu'il s'agit d'un beau cadeau pour les ménages les plus riches ?
Les intérêts notionnels ont fait l'objet de montages fiscaux des grandes entreprises pour abuser du système. Electrabel a ainsi eu recours à un montage "double dip" (double déduction) portant sur 67 millions d'euros. De plus, certaines banques ont soumis leurs montages fiscaux au service des décisions anticipées du SPF Finances, qui a donné son accord (avec l'assentiment du ministre). De telles décisions lient le fisc, qui ne pourra dès lors plus remettre en cause ces montages. On se demande dès lors s'il sera possible d'empêcher des abus qui ont déjà obtenu un blanc-seing fiscal.
Didier Reynders finance ses cadeaux fiscaux (notamment) en réduisant le personnel public, en particulier celui du SPF Finances. Il faudrait au contraire renforcer des services comme l'Inspection spéciale des impôts pour mieux contrôler les grandes entreprises et mieux combattre la grande fraude fiscale. Nous pensons qu'il faut en finir avec cette logique libérale selon laquelle les créations d'emploi passent par la multiplication de cadeaux aux entreprises. À l'inverse, en soutenant le pouvoir d'achat, on satisfait à la fois des besoins sociaux urgents tout en favorisant réellement l'emploi à travers une hausse de la consommation.
Nous estimons que les milliards dépensés pour les intérêts notionnels devraient plutôt être utilisés, spécifiquement, à des mesures soutenant le pouvoir d'achat des travailleurs actifs et des allocataires sociaux (comme l'abaissement du taux de TVA sur l'énergie, la hausse des allocations sociales, le refinancement des services publics pour maintenir les bureaux de postes, avoir plus de transports publics et un meilleur enseignement, la construction et l'isolation des logements sociaux,...). Les besoins de la population ne sont pas notionnels, mais réels. La suppression des intérêts notionnels est une nécessité sociale.
lundi 30 juin 2008
La « bande » a bon dos
Un nouveau pétard mouillé pour justifier les lois liberticides
Le 5 juin, la Belgique était tirée du sommeil par une nouvelle « alerte terroriste ». Quelques personnes avaient été réveillées un peu plus tôt. A 5h, des unités « anti-terroristes » débarquaient chez Wahoub Fayoumi, Pierre Carette, Betrand Sassoye, Virgine D. (relâchée le soir même) et Constant Hormans pour les appréhender et perquisitionner chez eux. Abdallah Ibrahim Abdallah, lui aussi recherché, se rendit de lui-même au commissariat. Le 6 juin, c’était au tour de Jean-François Legros d’être interpellé.
Des arrestations sans convocation préalable, menées par des policiers cagoulés, armés et n’hésitant pas à braquer leurs armes sur des mineurs. PC, GSM et quantité de documents saisis. Ecoutes téléphoniques, surveillance des déplacements et des comptes bancaires. Des « suspects » transportés, sirènes hurlantes, visage masqué et menottes aux poings vers un lieu secret, sans possibilité de contact avec leurs proches ni avec des avocats, soumis à un régime de détention spécial… Ces méthodes laissaient entendre que de dangereux individus auraient été interceptés.
Au compte-gouttes, le Parquet fédéral divulgua des « informations » dont le relais médiatique suscita des interprétations délirantes, nourries d’amalgames, d’anachronismes, de sensationnalisme et de fantasmes. Il fût ainsi question de deux anciens membres des CCC qui n’auraient pas respecté leurs conditions de libération et auraient eu l’intention de se reformer ou de « replonger dans le terrorisme » via une organisation italienne — qui n’existe pas en tant que telle et qui n’a fait l’objet d’aucune condamnation (c’est l’hypothétique intention de créer cette organisation qui est à l’instruction en Italie). Le scénario de tous les dangers fut entretenu par les descriptions des autres personnes interpellées : deux redoutables « grands bandits » et un mystérieux « Libanais », une journaliste présentée par pure spéculation comme la compagne de Carette. Selon l’hypothèse du Parquet fédéral, des explosifs auraient été retrouvés dans la « planque » de Sassoye ; une réunion aurait rassemblé les « suspects » et des « terroristes » italiens ; la justice italienne aurait transmis des écoutes téléphoniques compromettant les militants belges ; des courriels émis par Sassoye étaient cryptés…
Mais ces « preuves » ne résistent pas à l’analyse. Et les pièces du « dossier terroriste » s’écroulent les unes après les autres…
Les CCC n’existent plus depuis 1986. Les faits et gestes de leurs ex-militants sont connus de tous, notamment de leurs agents de probation qui n’ont jamais signalé de contravention à leurs conditions de libération. Carette, mis dans le même panier que Sassoye pour créer l’amalgame « CCC », n’est en fait pas lié à l’enquête qui a suscité les arrestations. Il a d’ailleurs été libéré ce 18 juin par le tribunal d’application des peines.
Les « explosifs » trouvés lors de la perquisition à la brasserie où travaille Sassoye n’étaient que de simples feux d'artifice achetés pour une fête de mariage.
La « réunion » où certains inculpés auraient rencontré des « terroristes » italiens s’est avérée une conférence publique dans un café du centre-ville dont la vidéo a été postée par ses organisateurs sur Internet.
Les écoutes téléphoniques italiennes relatives aux militants belges semblent en réalité n’avoir jamais existé : la justice italienne a seulement transmis des comptes rendus « d’écoutes d’environnement » dans un café, où sont évoqués des « flamands efficaces » sans aucun nom cité. Aucun des arrêtés de juin n’est d’ailleurs néerlandophone.
Quant au cryptage des courriels, il s’agit d’un procédé non seulement légal, mais aussi conseillé face au piratage et pratiqué par des banques, des ONG…
Il apparaît que les données rassemblées et la surveillance intrusive effectuée pendant un an grâce aux « méthodes particulières de recherche » n’ont pas révélé un seul élément justifiant cette opération musclée. Rien, si ce n’est quatre photos d’identité retrouvées sous des salades en Italie. Rien qui légitime arrestation ou détention préventive : une simple convocation par la juge aurait suffi.
C’est d’ailleurs ce qu’a confirmé la Chambre du conseil le 11 juin et la chambre des mises en accusation le 26 juin en décidant de libérer trois des quatre inculpés. Mais par l’acharnement du Parquet, qui « veut donner une chance à l’enquête » (sic), quatre personnes restent poursuivies et l’une d’entre elle (Sassoye) est toujours incarcérée. Toute ressemblance avec l’affaire DHKP-C – qui malgré les acquittements se voit repartie pour être jugée une quatrième fois – est purement fortuite…
Pour nous, la question n’est pas de se positionner par rapport aux idées défendues par ces cinq personnes. Leur organisation (Secours Rouge) développe des activités publiques et légales de solidarité avec des victimes de la répression politique. Leur démarche s’inscrit dans une optique marxiste mais, jusqu’à nouvel ordre, cela n’est pas (encore) illicite dans un Etat de droit.
Nous ne pouvons accepter la répression de ces militants en raison de leurs seules idées et sympathies, pas plus que le message adressé à la population sur leur dos. La justice n’a rien à leur reprocher, si ce n’est des « délits » d’opinion, de solidarité et d’association, institués par les lois anti-terroristes en vigueur depuis 2003, alors que la Constitution et les conventions internationales garantissent ces droits fondamentaux.
Il serait aussi trop facile de se désintéresser du sort des « cinq solidaires » sous prétexte du passé judiciaire de certains. Ils ont été jugés et la justice ne revient pas sur la chose jugée. Ressortir leur passé aujourd’hui n’a d’autre objectif que d’effrayer la population autour d’un scénario monté de toutes pièces par le Parquet fédéral.
Il faut arrêter cette nouvelle mise en scène menée au nom de la « lutte anti-terroriste ». On se rappellera que, jusqu’ici, toutes les menaces invoquées à ce titre se sont révélées inconsistantes (la dernière en date étant l’alerte de niveau 4 qui a perturbé les fêtes de fin d’année). Les premières affaires montrent que le Parquet a d’abord essayé d’asseoir la légitimité de ces dispositifs en s’attaquant à des figures supposées moins populaires : communistes, étrangers, musulmans ou anciens auteurs de faits d’armes. S’agirait-il d’inquiéter la population pour mieux pouvoir la rassurer ensuite et justifier les dispositifs non démocratiques et les budgets colossaux déployés au nom du contrôle des populations et de la guerre au terrorisme ?
Les lois anti-terroristes sont des lois d’exception, liberticides. Elles permettent de criminaliser l’opinion politique, le militantisme et la solidarité. De plus, elles sont superflues : les actes qu’elles sont censées réprimer le sont déjà par d’autres dispositions du droit pénal. Ces lois sont dangereuses et produisent des effets néfastes, actuellement bien plus que les prétendues menaces terroristes. Si nous ne réagissons pas, ce sera demain n’importe quelle organisation politique, syndicale, non gouvernementale ou altermondialiste, n’importe quel citoyen engagé ou ayant simplement parlé au cousin de la belle-sœur de l'oncle d'un suspect lointain qui pourra être surveillé, qualifié de terroriste et arrêté.
Liste des signataires au moment de la publication dans la presse:
UDEP-Bruxelles
Mouvement International de la Réconciliation - Internationale des Résistants à la Guerre (MIR-IRG)
Joëlle Baumerder - Directrice de La Maison du Livre
Emilien Baglio - D'autres Mondes, forum social à la liégeoise
Jean-Louis Berwart - Avocat
Gueric Bosmans - Fédération bruxelloise des jeunes socialistes
Gwenaël Breës - Journaliste et vidéaste
Maia Chauvier - Comédienne
Claude Debrulle - Juriste et échevin d'Ittre
Vincent De Raeve - Accompagnateur syndical FGTB, écrivain
Freddy Dewille - Conseiller communal du groupe Gauche Anderlues
Didier Dirix - Secrétaire régional Enseignement, FGTB-CGSP Liège
Paul-Emile Dupret - Juriste, GUE/NGL, Parlement européen
Séverine Dusollier - Professeur FUNDP (Namur)
Oscar Flores - CRER
Pascale Fonteneau - Ecrivain
Cristina Gay - Co-porte-parole Une Autre Gauche
Michèle Gilkinet - Présidente de GRAPPE (Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique Ecologique)
Corinne Gobin - Directrice du GRAID, ULB
José Gotovitch - Historien, chargé de cours honoraire en Histoire ULB
Eric Grandjean - Enseignant
Michel Grétry -
Daniel Hélin - Chanteur
Francis Houart - LCR-Bruxelles, membre d'ATTAC
Denis Horman - LCR
Marc Jacquemain - ULG
Jean-Jacques Jespers - journaliste, chargé de cours à l’ULB
Catherine Kestelyn - Déléguées syndicale SETCa Bruxelles
Bahar Kimyongür - Inculpé du procès DHKP-C
Jean-Marie Klinkenberg - Professeur à l'ULG
David Lannoy - Jeunes FGTB
Pierre Lannoy - Chargé de cours ULB
Catherine Lemaître - Conseillère communale Ecolo bruxelles
Arnaud Levêque - Permanent FGTB namur
Cédric Libert - Membre du secrétariat de la Fédération bruxelloise des jeunes socialistes
Karim Majoros - Militant Ecolo
Francis Martens - Psychanalyste
Gregory Marzec - Secrétaire Centrale-génarale FGTB Charleroi
Jacky Morael - Ancien secrétaire fédéral d'Ecolo, Ministre d'Etat
Jorge Palma - Chercheur ULG
Jean-Claude Paye - Sociologue
Jean-François Pontégnie - Co-porte-parole Une Autre Gauche
Yke Raxola - Musicien
Michel Recloux - Bibliothécaire
Yannick Samzun - Secrétaire général du PAC
François Schreuer - Journaliste
Claire Scohier - Criminologue ULB
Miguel Oliveira Silva - Permanent Interprofessionnel FGTB Sud-Hainaut
Olivier Starquit - Militant associatif
Isabelle Stengers - Philosophe, ULB
Michel Sylin - Chargé de cours ULB
Edgar Szoc - Chercheur
Olivier Taymans - Journaliste
Nathalie Trussart - ULB
Dan Van Raemdonck - Professeur ULB et VUB
David Vercauteren - Groupe de Recherche et de Formation Autonomes (GReFA)
vendredi 23 mai 2008
Une démocratie unijambiste et sans cœur
Régulièrement, on nous annonce que la démocratie est en crise. Mais de quelle crise parle-t-on ? Et de quelle démocratie ?
La jambe droite, bancale : la représentation
Etymologiquement, le terme démocratie vient du grec ancien dèmokratia, « souveraineté du peuple », formé par les mots dèmos, « peuple », et kratos, « pouvoir », « souveraineté ». C’est le gouvernement de tous, ou du moins de tous les citoyens. Evoquons d’abord la démocratie représentative.
La crise dont on parle souvent est une crise institutionnelle. C’est celle du peuple qui n’a plus confiance ni en ses institutions, ni en ses représentants. La démocratie est ici définie comme le droit d’élire au suffrage universel des personnes qui prendront les décisions que nous aurions nous-mêmes prises.
On voit tout de suite les différents problèmes qui se posent. Tout d’abord le suffrage universel. Est-il vraiment universel ? Les nationaux, les Européens, les migrants... Tous les habitants de notre petit pays ne sont pas autorisés à voter [1]. La démocratie est censée vivre par le peuple et travailler pour le peuple. Le peuple qu’ici nous définissons comme l’ensemble des humains habitant sur un même territoire, la Terre. La démocratie ne peut donc qu’être mondiale.
Ensuite les représentants. Premier couac, nous ne pouvons pas tous nous présenter. Il y a des critères d’âge et de nationalité. Deuxième couac, le contrôle des décisions. L’élu est libre de faire ce pour quoi il n’a pas été choisi. Notre système politique ne nous permet de désapprouver nos représentants que tous les 4 ans au minimum (et encore peuvent-ils être’ repêchés par les partis).
Pour soigner cette crise de la représentation, il existe différentes pistes, comme le tirage au sort tel que pratiqué à Athènes. Il est cependant peut-être utile de rappeler ici que la « démocratie » athénienne était particulière puisqu’elle ne concernait que les « citoyens », soit une infime partie des personnes qui vivaient dans la ville.
Une autre méthode est celle que nous qualifierons de « ronds dans l’eau ». Puisqu’il est physiquement impossible de réunir toute la population mondiale pour prendre des décisions, nous proposons de développer des îlots démocratiques qui comme des ronds dans l’eau, propageront les choix vers les autres mini-centres de décisions. De local à mondial, on peut espérer que la juxtaposition de ces démocraties produira une société démocratique.
Ce système nécessite un contrôle des délégués par toute la population. L’élu-e représente uniquement son groupe. Il/Elle doit pouvoir être critiquable et révocable par ceux qui l’ont choisi-e. Toutes et tous, nous devons pouvoir contrôler nos représentants.
La démocratie ne se limite pas à choisir ses représentants certains dimanches matins. C’est aussi et surtout la participation des citoyens à la vie de la société. Son expression existe sous d’autres formes comme la manifestation, la grève, la critique, la revendication,... et ces formes ne sont pas, elles, en crise, comme l’actualité nous le démontre tous les jours.
Devrait-on alors penser que la démocratie n’est pas en crise mais en pleine mutation ? [2]
La jambe gauche, absente : la démocratie économique
Comme le dit Wendy Brown [3], l’économie néolibérale impose son fonctionnement non-démocratique au monde politique et social. Celui-ci déteint sur la démocratie. L’homme est de moins en moins un citoyen et de plus en plus un consommateur. Il consomme de la démocratie comme il choisit ses légumes. Elle doit être fraîche, avec de belles couleurs brillantes et surtout, les envies du consommateur doivent être comblées tout de suite. Cela donne des campagnes électorales bling-bling, pleines de promesses de richesse où les prétendants sont interchangeables. Après leur élection, il, ou elle, dirige en « bonne gouvernance » [4] , c’est-à-dire qu’il, ou elle, s’entoure de personnes, de groupes, de lobbies qui ne représentent qu’eux-mêmes pour édicter les lois. La gouvernance « représente le point nodal d’un programme politique conservateur qui concurrence le modèle de ’l’Etat-nation souverain basé sur la démocratie représentative afin d’œuvrer à la mise en place d’un nouveau régime politique antagonique à la démocratie [5] » .
Ces modifications du comportement, apparues récemment, bousculent le système démocratique dans lequel nous vivons. Là aussi, on assiste à une mutation du système, un changement négatif.
Cette néolibéralisation de la société est-elle compatible avec la démocratie ? La démocratie peut-elle exister dans une économie de marché ? Cela nous semble peu probable. Soit on démocratise le marché - mais comment ? -, soit on modifie en profondeur le système économique pour qu’il ne pollue plus la démocratie avec son « esprit marchand » qui développe la concurrence entre les êtres humains plutôt que la solidarité entre eux.
Même si la représentation syndicale dans les entreprises est une manière, cruciale, de démocratiser celles-ci, ’elle n’est en rien une démocratisation de l’économie. Pour que celle-ci existe, il faudrait que les moyens de production n’appartiennent plus à quelqu’un ou à quelques-uns, mais bien à tous. Il faut faire évoluer notre état d’esprit de « piquets et barbelés » en « place publique » [6].
Le cœur, arythmique : l’éthique démocratique
L’homme qu’on dit grégaire mais qu’on qualifie aussitôt d’égoïste, ce bipède va-t-il devenir démocrate ? Va-t-il prendre conscience de la nécessité du collectif ? Acceptera-t-il de perdre un peu de pouvoir pour que tous en aient ? Se soumettra-t-il aux décisions prises en commun ? Assumera-t-il sa part de participation nécessaire ?
La démocratie ne se limite pas à voter, élire, manifester. Elle n’est pas que des actes. Elle est aussi valeurs. Valeurs à vivre ensemble dans le respect. Elle est aussi autonomie ; nous sommes tous, individuellement, responsables d’elle. La démocratie est humaine…
Malheureusement, la pente que nous prenons pour l’instant ressemble furieusement à un abandon : nous acceptons trop facilement de limiter notre liberté pour un soi-disant supplément de sécurité ; nous gobons docilement les annonces faites à la télévision ; nous bégayons sans réfléchir les mots du pouvoir ; nous consommons trop, croyant qu’avoir, c’est être ; nous nous enfermons de peur de l’autre, trop jeune, trop bronzé, trop trop et nous croyons aveuglement au lotto, le paradis égoïste. L’Etat peut faire ce qu’il veut de mes droits tant qu’il ne touche pas à mon portefeuille [7].
La mise en œuvre : le temps.
Nous vivons dans une société qui nous impose une vie à flux tendu. Il faut toujours aller de l’avant, de plus en plus vite. On achète, on consomme, on jette. Le cycle des choses, matérielles ou non, s’accélère. Surtout ne pas réfléchir. Surtout ne pas prendre le temps de chercher à savoir ce qu’on veut vraiment.
La démocratie ne peut se développer, prospérer, que si nous prenons le temps. Le temps de l’éducation aux fonctionnements démocratiques. Le temps de l’information nécessaire à la participation. Le temps de la discussion des décisions. Le temps de flâner pour découvrir d’autres mondes. La démocratie est aussi désirs d’amitié, de solidarité. Elle doit donner la possibilité aux êtres humains de se réaliser pleinement, et pas uniquement du point de vue du marché qui ne propose qu’une vision économique de nos vies. C’est plus de temps pour autre chose que le travail [8].
Notre société doit donner les moyens à son peuple pour qu’il ne soit plus consommateur mais citoyen actif. Pour qu’il soit le point de départ et d’arrivée d’une démocratie réelle pour tous.
Bref, une démocratie ne peut qu’être subversive et anticapitaliste, mais aussi par définition conflictuelle [9] et en chantier permanent.
Notes
[1] Et encore moins le droit d’être élu, quand l’Etat ne nie pas tout simplement leurs droits fondamentaux comme le droit d’expression, d’association, de libre circulation, le droit au travail,…
[2] Voir Catherine Halpern, « La démocratie est-elle en crise ? », Sciences Humaines, n°192, avril 2008.
[3] Voir Christian Laval, « Penser le néolibéralisme », Revue Internationale des Livres et des idées ( http://revuedeslivres.net/ ).
[4] Ce terme provient d’ailleurs du monde des entreprises.
[5] Corinne Gobin, « Gouvernance », in Pascal Durand (dir.), Les nouveaux mots du pouvoir, abécédaire critique, Aden, 2007, p. 265.
[6] Voir Olivier Razac, Histoire politique du barbelé : la prairie, la tranchée, le camp, La Fabrique, 2000.
[7] Voir les articles signés par le Ressort : La guerre des mots, Quand la quête éperdue de croissance tue la planète !, Le pouvoir d’achat comme écran de fumée. Articles consultables sur le site http://ressort.domainepublic.net
[8] Voir Le Ressort, La réduction du temps de travail comme schibboleth, article consultable à l’adresse précitée.
[9] Voir Roser Cusso et al. (eds), Le conflit social éludé, Academia-Bruylant, 2008.
Faire front contre le capitalisme
Vous pouvez lire les deux textes ici
jeudi 8 mai 2008
Deux conférences sur l'extrême droite
- La première aura lieue, dans le cadre de la semaine courcelloise contre le racisme et la xénophobie, le jeudi 15 mai 2008 à 19h30 au Centre Culturel "Le Posterie", rue Monnoyer n°46 à 6180 Courcelles. Mon intervention sur l'extrême droite aujourd'hui sera précédée par la diffusion du reportage de Jean-Claude Defossé La face caché du Vlaams Blok.
- La deuxième se tiendra le mardi 27 mai 2008 à 19h30 en la Salle « Histoire de voir », rue Arthur Warocqué n°37 à 7100 La Louvière. Mon intervention portera sur les modes de communication de l'extrême droite et sera précédée par le film de Régine Langsner Un jour ou l’autre, on pourrait tous être victime de l’extrême droite
Elections sociales
Sur 165 électeurs, 133 ont voté soit par correspondance soit en se rendant au bureau de vote. Pour la première fois, une liste CGSLB se présentait face à celle du Setca. Cette liste libérale était constituée d'un seul candidat, ex-délégué Setca. C'est avec une certaine satisfaction que le résultat des votes n'a pas permis son élection.
A titre personnel, cette première élection fut une double satisfaction. La première est d'avoir été élu. La deuxième d'avoir réalisé le second score en terme de voix de préférence et d'ainsi être passé comme 3e élu alors que j'étais 5e sur la liste.
Reste maintenant à se montrer digne de la confiance accordée.