lundi 21 mai 2012

Les idées d’extrême droite sont toujours inacceptables

 Cet édito de 6com est paru le 21 mai 2012

C’est ainsi que les Territoires de la Mémoire ont choisi d’intituler leur nouvelle campagne «Triangle Rouge » à la veille des élections communales et provinciales belges. Le principe en est simple et découle d’une évolution intéressante de la lutte antifasciste institutionnelle entamée depuis plusieurs années. Celle-ci ne se contente plus de combattre et dénoncer les partis clairement d’extrême droite, mais travaille à débusquer la pollution du discours dans les partis considérés comme démocratiques. 

Cette évolution de la lutte antifasciste est essentielle comme nous le montre la situation politique en Europe. Partout, des partis à l’idéologie d’extrême droite progressent et influent sur le débat politique. Les élections françaises sont ainsi très illustratives. Depuis plus de 20 ans le Front National progresse s’inscrivant durablement dans le paysage politique et se banalisant. L’élection de 2002 n’est, dans ce cadre, nullement un accident, mais au contraire une étape. Et en 2012 Marine Le Pen reproduit un score quasi identique après avoir réussi à être la seule candidate de l’extrême droite alors que son père dix ans plus tôt devait composer avec la dissidence de Bruno Mégret. Mais à l’inverse de 2002 où Jacques Chirac avait été ferme sur les principes républicains, on ne peut que constater que Nicolas Sarkozy a au contraire surenchéri sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration. Ce n’est là pas une révélation, le quinquennat ayant été marqué par une droitisation importante non seulement du discours, mais également des politiques mises en place. La fin de la campagne pour la présidentielle n’est à ce niveau non pas une dérive, mais plus une continuation et un approfondissement d’une ligne politique assumée. Comme Jean-François Kahn l’a souligné dès l’annonce des résultats du second tour, le score de Nicolas Sarkozy est inquiétant, car il démontre qu’il séduit un large électorat sur une rhétorique qui rappelle les heures noires de la IIIe République. 

Trois courtes réflexions à ce propos : 

1° La porosité de la droite aux idées de l’extrême droite est une réalité qui s’explique par des proximités de discours, mais aussi par l’action organisée et structurée de militants d’extrême droite ayant compris qu’ils devaient quitter leur ghetto politique pour infiltrer la droite « classique » et ainsi faire passer leurs idées. C’est la stratégie suivie par des personnes qui se sont retrouvées ministres ou conseillers dans le gouvernement Sarkozy comme, par exemple, Gérard Longuet, Alain Madelin ou Patrick Buisson. La campagne Triangle Rouge prend acte de cette évolution et de cette stratégie en décidant de traquer les idées d’extrême droite où qu’elles se trouvent. 

2° Mais ne nous leurrons pas. La Gauche n’est pas immunisée contre les propos d’extrême droite. Et une dénonciation de ce discours doit analyser tous les propos et ne pas faire d’exclusive a priori. À gauche le discours sécuritaire ou sur l’immigration est parfois proche de ce que l’on retrouve ailleurs. Et au niveau de la laïcité, le juste combat contre l’immixtion du religieux dans la vie publique dérive un peu trop souvent sur un anti-islamisme qui cache mal son racisme. Car si l’anticléricalisme doit s’appliquer à toutes les religions, il ne faut pas oublier que la laïcité était à l’origine un combat pour l’émancipation qui s’attaquait à une religion dominante au service des puissants. Le « à bas les calotins » que nous sommes encore quelques-uns à crier à la fin de l’Internationale n’est ainsi nullement une attaque contre les croyants, mais une attaque contre les institutions religieuses complices d’une domination de classe. Ce que l’Islam n’est pas en Belgique. 

3° Lutter contre les idées d’extrême droite, toutes les idées et partout où elles se trouvent, est donc essentiel. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la contradiction principale. Ce sont d’abord les conditions socio-économiques qui déterminent les comportements politiques. Ce n’est donc pas un hasard si l’extrême droite revient à son importance des années trente à un moment où la répartition des richesses rejoint les niveaux de l’entre-deux-guerres. De 2001 à 2009, en seulement 8 ans, le bénéfice des entreprises en Belgique est passé de 47 à 92 milliards d’Euros. On est loin d’une crise économique ! Mais dans le même temps, l’impôt perçu par l’Etat sur ces mêmes bénéfices est resté aux alentours de 9 milliards . En clair, la redistribution des richesses a diminué de 50% ! Cette différence, c’est le monde du travail qui la paie par la réduction des services publics, l’obligation de travailler jusque 65 ans, l’augmentation de la productivité et de la flexibilité, la diminution des allocations sociales…

L’antifascisme doit donc se garder de tout idéalisme et rester concentré sur les causes et non sur les conséquences. Il ne doit pas servir de cache-sexe au système sous peine de se décrédibiliser. En Grèce, la menace principale contre la démocratie n’est pas la montée du parti Aube Dorée, mais bien les politiques d’austérité menées depuis deux ans et les nombreux signaux des élites refusant d’accepter la volonté populaire qui s’est exprimée lors des dernières élections. 

Il en est de même en Belgique. L’antifascisme ne devra pas se plaindre d’une montée de l’extrême droite lors des élections communales et provinciales s’il a défendu les mesures de misère sociale mises en place par le gouvernement Di Rupo. Qu’elles soient prises par la Droite ou par la Gauche, les politiques antisociales mènent à la déliquescence du lien social et font le jeu de l’extrême droite. 

Lutter réellement contre l’extrême droite implique donc de lutter contre le capitalisme.

samedi 19 mai 2012

L'extrême droite défend-elle les travailleurs?

Cet article est paru dans le n°60 d'avril-juin 2012 d'Aide-Mémoire

On le dit souvent, et la campagne de Marine Le Pen pour les présidentielles françaises l’a de nouveau rappelé, le Front National serait en France le premier parti des ouvriers (derrière l’abstention). C’est d’ailleurs contre cette réalité que Jean-Luc Mélenchon a bâti une partie de sa campagne très agressive et salutaire contre l’extrême droite.

Nous avions déjà abordé le discours de l’extrême droite envers les ouvriers dans cette rubrique[1]. Mais à l’occasion des élections sociales qui se déroulent du 7 au 21 mai en Belgique et de certains discours lus ou entendus dans la bouche du patronat, notamment de l’UCM, contre la représentation syndicale dans les PME, il nous a semblé intéressant d’y revenir via une petite brochure parue dans une collection particulière (voir encadré) et qui aborde la manière dont le régime de Vichy, via la Charte du Travail, a réglé les relations entre travailleurs et patrons dans les entreprises.

Une brochure à l’abord neutre

Les comités sociaux d’entreprises de Lucien Morane[2] est une brochure technique et descriptive qui fait peu de place à la réflexion politique et idéologique. L’auteur y explique pas à pas la création de ces organes institués par la « Charte du Travail » dans toute entreprise ayant au moins 100 travailleurs. Dans cet organe paritaire, il est important que « si le chef d’entreprise n’est qu’un chef purement nominal, ce n’est pas lui qui devra siéger au Comité social, mais la personne qui en fait assume la charge de diriger l’établissement[3] ». Du côté des travailleurs, le nombre des représentants peut varier de 8 à 30 maximum, selon la taille de l’entreprise. Trois collèges différents sont instaurés : cadres, employés et ouvriers. Le rôle de l’instance est clairement défini : « Le comité social ne peut donc connaître des questions concernant la gestion industrielle, commerciale et financière de l’établissement. Celles-ci relèvent de la compétence exclusive du Chef d’entreprise (…) l’article 24 précise que les attributions du comité social excluent toute immixtion dans la conduite et la gestion de l’entreprise[4]. » Le comité s’occupe donc surtout des questions d’hygiène, de sécurité, de règlements de l’atelier mais aussi des caisses d’entraide, de la culture et des loisirs. Et ce dans un cadre large : « Par exemple, dans une grande entreprise occupant un nombre important de mères de famille, il pourra être institué une crèche ou une garderie[5]. » Intégré au Comité social, un comité de sécurité spécifique « a pour mission de prendre les mesures utiles en vue d’organiser la prévention des accidents du travail ou des maladies professionnelles et de parer aux risques d’incendie ou de lutter contre ce fléau s’il s’est déclaré[6] ». Enfin, pour réaliser leur mission, les travailleurs qui sont membres du comité social ont droit à des libérations durant leurs heures de travail pour préparer les réunions qui ont lieu une fois par mois, durant les heures de travail également.

À la lecture de ces quelques points, on ne voit guère de différence avec ce que nous connaissons en Belgique depuis 1948 et l’instauration des Conseils d’Entreprise et des Conseils de sécurité et d’hygiène, devenus depuis les Comités de prévention et de protection au travail. Et encore moins de lien avec l’idéologie d’extrême droite analysée habituellement dans cette chronique.

Mais l’idéologie n’est jamais bien loin

Mais c’est parfois au détour d’une phrase, dans le détail, que l’on peut percevoir la réalité d’un projet. L’auteur reconnait en conclusion de son ouvrage que, dans les faits, les comités sociaux ne travaillent que très peu au domaine professionnel et sont surtout centrés sur le domaine social. Comment pourrait-il en être autrement à partir du moment où, très clairement : « dans l’hypothèse où des divergences de vues s’élèveraient entre le Chef d’entreprise et les membres du comité social, ces derniers ne pourraient imposer à l’employeur leur manière de voir[7] ». Le comité social est donc un organe purement consultatif dénué de pouvoir. Mais c’est surtout dans la manière dont sont désignés les travailleurs qui le composent que la réalité du projet apparaît. Ainsi, si l’élection est le mode de désignation qui recueille la préférence de l’auteur de la brochure, il n’est pas le seul mode prévu. Outre la désignation pure et simple par le patron, ou le choix par celui-ci parmi les élus d’une sorte de premier tri, il existe une formule « travail, famille, patrie »[8] assez intéressante : « Le chef d’entreprise retient au nom du travail quelques-uns des plus anciens ou des meilleurs salariés de l’établissement ; au nom de la famille, il donne accès dans le collège électoral à des pères de famille nombreuse ; au nom de la patrie, à des anciens combattants des deux guerres, à des prisonniers libérés[9]. » Ces modes de désignation particuliers s’expliquent par une notion sur laquelle Lucien Morane insiste souvent sans l’expliciter : les travailleurs se doivent d’être « sincères » dans leur démarche. Le sens de cette sincérité se devine aisément quand il est précisé que, même dans le cadre de la procédure d’élection la plus ouverte, « l’employeur a la possibilité d’écarter du comité social tel ou tel salarié qui aurait été désigné par le personnel et avec qui il estimerait ne pas pouvoir collaborer[10] ». Et si un délégué syndical d’avant-guerre n’est pas à exclure d’office, voire qu’il est conseillé d’impliquer dans le processus, il ne faut cependant pas que celui-ci « se réfère à un état de chose antérieur et que de ce fait il méconnaît, dans une certaine mesure, le caractère novateur de l’institution du Comité social ».

Ce caractère novateur est bien entendu le centre de la question. « Au vieux système de la lutte des classes, la Charte a substitué le principe de l’organisation de la profession par la collaboration de tous ceux qui en sont membres ». Formulation qui s’inspire évidemment des théories corporatistes du fascisme italien ou du nazisme allemand et s’appuie sur la doctrine sociale de l’Église, ce qui explique que nombre de syndiqués chrétiens ne verront pas malice à s’impliquer dans le nouveau dispositif[11].



De La Bibliothèque du peuple à Que sais-je ?

Comme les illustrations de cet article le montrent, on ne peut qu’être frappé par la similitude entre la collection de la Bibliothèque du Peuple et la collection à succès Que Sais-je ? Car hormis le nom de la collection, ni l’éditeur (Les Presses Universitaires de France), ni le format, ni le nombre de pages, ni le graphisme général ne sont différents. Nos recherches[12], qui mériteraient d’être approfondies, nous ont permis de retrouver 28 exemplaires de cette collection particulière. Le premier de nos exemplaires, le n°2, est daté de 1941. Le dernier, le n°67, est lui daté de février 1944. Ce dernier exemplaire collationné comprend en 4e de couverture l’ensemble des 66 autres titres parus et leurs auteurs. À noter que, dès le n°2, on annonce fièrement « 100 volumes en cours de publication ». À ce moment la collection est divisée entre « séries culturelles » et « séries utilitaires ». Les titres démontrent un grand éclectisme dans le choix des sujets dont tous ne sont pas a priori idéologiquement marqué, tandis que d’autres tel La famille dans la Nation, Comment les jeunes reconstruiront la France ou encore L’héroïsme du paysan ont des titres plus enclins à développer un propos que les habitués de cette rubrique reconnaîtraient. Les buts de la collection sont explicités au dos de la couverture à partir du n° 47 dans notre collection[13] : « Une nation vaut ce que vaut son peuple, et le peuple lui-même vaut, dans une large mesure, selon sa formation. C’est pourquoi la Bibliothèque du Peuple se préoccupe avant tout de former » et de préciser que le but « est de rendre au peuple français le sens de ses traditions » et, en redonnant confiance au peuple et en réhabilitant ce mot, de sauver la France. Bref, tout un programme bien en accord avec la Révolution Nationale vichyste.


 Notes

[1]  Voir « Force, Joie et Travail! » in Aide-mémoire n°45 de juillet-août-septembre 2008
[2] Morane, Lucien, Les comités sociaux d’entreprises, Paris, PUF, 1942, 64 p.
[3] P.12
[4] P.39
[5] P.46
[6] P.49
[7] P.51
[8] Sur ce triptyque vichyste voir « Travail - Famille – Patrie » in Aide-Mémoire n°49 d’octobre-novembre-décembre 2009
[9] P.30
[10] P.24
[11] Voir pour la Belgique l’étude de Jean Neuville : « La C.S.C. en l'an 40 » in Histoire du mouvement ouvrier en Belgique, N° 10, Bruxelles, Vie Ouvrière, 1986. Notons qu’en Belgique la social-démocratie sera aussi déboussolée par l’attitude du président du POB, Henri De Man, qui dissout le parti pour fonder l’Union des Travailleurs Manuels et Intellectuels (UTMI), « syndicat » collaborationniste.
[12] A notre connaissance aucun travail n’a été réalisé sur cette collection.
[13] Cette explication ne se trouve pas dans le n°38

dimanche 29 avril 2012

Entrer en résistance contre le système, une exigence pour les laïques

C'est sous cet intitulé que je donnerai un conférence le

mardi 29 mai à 19h30 
à la Maison de la Laïcité d'Arlon

 rue des Déportés, 11 à 6700 Arlon.
Cette conférence sera basée sur mon dernier livre paru : Vive la Sociale ! Mouvement ouvrier, capitalisme et laïcité

mardi 24 avril 2012

C’est dans la rue que cela se passe !


 Cet édito de 6com est paru le 23 avril 2012

Après mon dernier édito, le commentaire du premier tour des élections présidentielles françaises était le sujet incontournable pour celui-ci. Et disons le franchement, c’est avec un sentiment mitigé que je pianote sur mon clavier ce dimanche soir.


18h00. Première estimation sur La Première. Et une bonne nouvelle, l’abstention ne franchit pas les records annoncés depuis des jours dans les médias. Le duo de tête, et l’ordre dans lequel il se présente, est celui prévu. Et pour la troisième place le duel entre Mélenchon et Le Pen est au rendez-vous.
20h00. Premier résultat. La gueule de bois. L’écart entre Hollande et Sarkozy est faible. Le Pen est à 20%, presque le double de Mélenchon. Les suites de la soirée ne permettront pas à l’ambiance de revenir. Si le score de la gauche dans son ensemble est particulièrement bon et que pour la première fois le président sortant n’est pas premier, les jeux sont loin d’être faits. Et la France n’en a peut-être pas encore fini avec son président bling-bling dont les lieutenants, masculin comme féminin, multiplieront sur les plateaux télévisés les déclarations visant à se prostituer pour attirer les votes de l’extrême droite.

Au vu de l’enthousiasme créé en Belgique comme en France par la campagne de Mélenchon, on peut se sentir déçu du résultat final et se dire que finalement la France reste un pays ancré à droite. On pourrait rester abasourdi en constatant que Marine Le Pen fait mieux tant en pourcentage qu’en nombre de suffrages recueillis que ce qu’avait réalisé son père lors du séisme de 2002. Cette attitude faussement objective et réellement pessimiste serait une erreur.

Car le 6 mai, la Gauche peut encore l’emporter. Une Gauche qui, nous le savons depuis l’illusion de 1981, ne changera pas radicalement les choses. Elle ne s’attaquera pas à la racine des inégalités sociales et ne sortira pas du processus européen d’austérité. Elle travaillera cependant à limiter les dégâts et empêchera ainsi un grand nombre de personnes de tomber dans la misère que la Droite leur promettait, et prendra éventuellement l’une ou l’autre mesure cosmétique. Donc, oui, le 6 mai il faut le changement et espérer que Sarkozy fasse ses valises.

Mais au-delà du deuxième tour, trois autres tours se joueront.


1°
Les législatives en France où la dynamique du Front de Gauche doit permettre une progression de la Gauche cohérente et son renforcement au sein de l’assemblée parlementaire. Ce qui lui permettra de peser sur les mesures d’un gouvernement que l’on espère de Gauche. Et en cela, les plus de 11% de Mélenchon sont à comparer au 5% dont il était crédité en début de campagne et au moins de 2% réalisé par le PCF en 2007.
2°
Une victoire de la Gauche, même molle, en France serait un signal au niveau Européen. Ce n’est pas un hasard si beaucoup de belges, notamment parmi les syndicalistes se sont intéressés à la campagne de Mélenchon. Outre l’attrait médiatique, c’est le discours tranché, de changement, mais surtout d’espérance qui retenait l’attention. Et les graines ainsi semées ne pourront que germer un de ces jours, si possible pas trop lointain pour inverser le rapport de force en Europe.
3°
Enfin, le plus important, sera ce qui se passera dans la rue. Comme Jean-Luc Mélenchon l’a bien souligné dans son discours de ce dimanche, le premier rendez-vous pour son mouvement n’est pas le 6 mai, mais le 1er mai. Avec les travailleurs, dans les luttes quotidiennes. Car tous les changements sociaux sont nés dans la rue, dans des luttes de grandes ampleurs menées par et pour les travailleurs (avec ou sans emploi), et qui furent prolongées par un débouché politique.

C’est là le vrai enjeux pour ce lendemain de premier tour en France mais aussi en Belgique. Plus que de savoir qui aura le « privilège » de pouvoir se revendiquer de Jean-Luc Mélenchon, le vrai enjeux pour la gauche belge est d’organiser une riposte contre les mesures de régression sociale inspirées par l’Europe à un gouvernement de centre-droit. Et, au-delà d’une mobilisation défensive, d’arriver à redonner l’espoir en un réel projet de société radicalement différent du capitalisme actuel. Ce n’est que par cette rupture cohérente et sans nuance avec un système mortifère trop longtemps cautionné, y compris à gauche, que l’on luttera efficacement contre la résurgence d’un Fascisme qui se nourrit des inégalités sociales, du désespoir et des discours individualistes de rejet de l’autre.


Julien Dohet

Note

Mon titre reprend celui d’une chanson de la Compagnie Jolie-Môme. Voir www.cie-joliemome.org

dimanche 8 avril 2012

L'extrême droite, un mouvement politique durable

C'est le titre de la conférence que je donnerai le

lundi 16 avril à 20h

à la Maison de la Laïcité de Liège, rue Fabry

lundi 19 mars 2012

Battre la droite et changer la gauche pour changer nos vies !


Cet édito de 6com est paru le lundi 19 mars

00h30 ce lundi 19 mars. Impossible d’aller se coucher sans écrire les impressions extraordinaires laissées par la manifestation organisée par Mélenchon à Paris ce dimanche 18 mars, date anniversaire de la Commune de Paris.
Nous partîmes à 4 de Liège pour nous retrouver plus de 100.000 place de la Bastille au centre de Paris ! Longue journée, mais combien enthousiasmante de voir autant de monde se mobiliser pour un meeting politique d’un candidat à l’élection présidentielle qui ne craint pas les points de rupture avec le système.
Ce système capitaliste que l’on sait terriblement excluant, nous en avons eu une image qu’il sera difficile d’oublier dès la sortie du périphérique parisien. Là, au bord d’une autoroute urbaine, logent des personnes dans des tentes ou des cabanes. La misère étalée à l’entrée de la capitale d’un des pays développés les plus riches de la planète. Et que personnes ne peut ne pas voir.
C’est contre cette misère, c’est contre ce système que les dizaines de milliers de manifestants venus de toute la France, et quelques-uns de l’étranger, se sont rassemblés Place de la Nation pour rejoindre, dans une manifestation colorée, bon enfant mais néanmoins politiquement ferme la place de la Bastille. Une manifestation où le bruit des slogans politiques et surtout du cri « Résistance » remplaçaient avantageusement celui des pétards dont on finira par se demander si leur utilisation n’est pas un moyen en Belgique de faire du bruit sans message…
Dans la manifestation, la présence de nombreux travailleurs en lutte comme ceux de Lipton que nous précédions, petite délégation de la FGTB Wallonne derrière une banderole fort remarquée proclamant que « le capitalisme nuit gravement à la santé ». Tout le long d’un parcours qui avait été décoré par les affiches du Front de Gauche, dont une très belle disant : « battre la droite et changer la gauche pour changer nos vies », les marques de solidarité, les appels à l’espoir et au refus de la résignation se multiplient.
C’est toute cette énergie qu’a captée Jean-Luc Mélenchon quand il a pris la parole en commençant par prôner une « insurrection citoyenne » dans un discours aux accents gaullien. Mélenchon insista sur le serment de la Place de la Bastille pour la création d’une 6e république qui s’appuierait sur la souveraineté inaliénable du peuple, n’hésitant pas à citer l’article 35 de la déclaration des droits de l’homme de 1793. Cette déclaration Robespierriste qui sera ensuite rejetée sous le terme de Terreur car bien trop populaire. Outre le droit à l’avortement et à l’euthanasie, la constitution appelée de ses vœux par le candidat à la présidentielle intègre notamment la possibilité de réquisitionner des entreprises et la propriété collective de ressources de bases comme l’eau et l’énergie.
Et reprenant Vallès, Mélenchon termina son discours en proclamant que :« Nous sommes le cri du Peuple » à l’aube d’une insurrection qui commence contre les diktats de l’Europe. Et d’appeler chacune des personnes présentes à faire son devoir qui est non seulement de voter, mais surtout de remettre à la mode la couleur rouge et de partout réoccuper la rue comme ce dimanche de Nation à la Bastille.
Un message qui s’adressait aux Français, mais plus largement qui s’adressent à tous les militants de gauche et dont nous pouvons aussi nous emparer en Belgique.

Photo trouvée sur lepoint.fr où j'apparais dans la manifestation

samedi 3 mars 2012

Le capitalisme est-il compatible avec la démocratie ?


C'est sous ce titre que j'ai signé pour la première fois ce lundi 27 février l'édito de 6com, la lettre d'information socio-économique développée par la FGTB Métal Liège-Luxembourg. Je signerai dorénavant l'édito une fois par mois

Lors d’une conférence organisée dans la salle des congrès de la FGTB Liège-Huy-Waremme le jeudi 12 janvier 2012, l’économiste française Geneviève Azam posait notamment la question suivante : « la démocratie peut-elle fonctionner dans une société où la précarité augmente ? ».
La question se doit d’être posée à l’heure où l’Italie est dirigée par un gouvernement de technocrates et où la Grèce se voit mise sous tutelle européenne transformant un pouvoir démocratique en simple exécutant de mesures destinées à contenter les marchés financiers. Et où dans ses deux pays les conditions de vie des populations se dégradent. Tout comme au Portugal, en Espagne…
Et en Belgique ? Depuis le mois de décembre nous avons enfin un gouvernement. Sa formation fut le fruit d’une longue saga riche en rebondissements dont le dénouement se fera dans les 24h qui suivirent la dégradation de la note de la Belgique par l’agence de notation Standaard & Poor’s. Là où différentes pressions citoyennes, plus ou moins pertinentes, avaient échoué, une agence de notation chantre du capitalisme le plus agressif a réussi. De quoi se poser des questions.
Questions qui se multiplient à la découverte des mesures budgétaires prises par un gouvernement que l’on peut difficilement qualifier de gauche malgré la présence à sa tête de l’ancien président du Parti Socialiste. Car pour trouver les plus de 11 milliards nécessaires, c’est bien sur les dépenses et non sur les recettes que l’effort s’est principalement porté. Et au niveau des recettes nouvelles, toutes – loin de là - ne touchent pas les plus riches.
Le discours pour justifier de telles mesures est centré sur le fait que nous n’aurions pas le choix car nous serions dans une période de crise économique. Mais quelle crise ? Depuis plus de trente ans que l’on nous tient ce discours, le PIB (soit l’indicateur de la richesse produite dans notre pays) n’a cessé d’augmenter. Et celui qui lit la presse économique ne cesse de constater des bénéfices très majoritairement en hausse. Drôle de crise économique qui voit les dividendes des actionnaires exploser !
Si pour les riches actionnaires la situation ne semble donc guère mauvaise, pour les travailleurs il en est tout autrement. La dernière étude de l’Institut du Développement Durable relayée dans les médias le 23 février montre que le pouvoir d’achat a diminué, surtout pour les petits revenus. Ceux-ci ont vu le coût de la vie augmenter de 45% depuis 2000, notamment à cause des hausses du prix des loyers et de l’énergie. Une augmentation loin d’être compensée par une évolution comparable des salaires et des allocations sociales !
Et pour résoudre ce déséquilibre, que propose le gouvernement ? Un paquet de mesures de régressions sociales touchant principalement les allocataires sociaux, les femmes seules avec enfants… Les conséquences qui se marqueront dans les années qui viennent seront une augmentation de la pauvreté, particulièrement chez les jeunes et les pensionnés, qui est déjà scandaleusement élevée en Belgique (15 à 18% selon les estimations).
C’est contre cette logique d’une société de plus en plus duale où les riches continuent à s’enrichir tandis que les pauvres continuent à s’appauvrir et que ceux qui se situent au milieu disparaissent, que la FGTB a mené des actions et a fait une campagne intitulée « on a retrouvé l’argent ». Pour un petit montant de… 8 milliards d’€ dont 5 via la suppression des intérêts notionnels, ce système qui ne bénéficie qu’aux grosses multinationales et n’a aucune retombée économique réelle pour notre pays.
C’est contre cette logique qu’après-demain, mercredi 29 février une action syndicale est menée dans tous les pays européens. Et c’est dans ce cadre qu’à Liège nous nous retrouverons devant le siège de la Banque nationale sous le slogan « Oui à une Europe sociale, non à une Europe du capital ».
L’enjeu de nos mobilisations actuelles va bien au-delà d’une opposition à des mesures précises. Il s’agit de choisir le modèle de société que nous voulons.
Ne pas s’opposer aux mesures actuelles du gouvernement, ne pas défendre les alternatives crédibles proposées, accepter d’aller vers une société de plus en plus inégalitaire, c’est prendre le chemin qui a été pris dans les années 30. Et se rappeler que la démocratie n’a pas survécu au Krach économique de 1929 et à la faillite non pas alors de la Grèce mais de l’Allemagne.
C’est aussi se questionner à nouveau sur la définition que donnait du Fascisme Georges Dimitrov : « dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier. » À méditer au vu du programme de la NVa, de Marine Le Pen et de tous leurs semblables. Mais aussi de ce qui s’est passé ce dimanche 26 février chez Meister à Sprimont.