mardi 7 avril 2015

Une série de conférences de prévues

Plusieurs conférences sont programmées ces prochaines semaines:

Le capitalisme, nouvelle religion
Le dimanche 12 avril de 11h à 13H à la
La caricature politique. Décryptage de l’actualité à travers la caricature à partir de l’exemple de la guerre 40-45
Le samedi 25 avril à 20h
à l'Association Laïcité La Hulpe
Bibliothèque communale de La Hulpe


La caricature politique. Décryptage de l’actualité à travers la caricature à partir de l’exemple de la guerre 40-45
Le vendredi 8 mai à 19h
au Cercle Historique de Fléron
Salle du Conseil communal, rue F. Lapierre, 19 à Fléron

Lire plus : http://www.fleron.be/loisirs/agenda/2015/conference-du-cercle-historique-de-fleron/?searchterm=None

mercredi 11 février 2015

Le plan d'actions syndical de fin 2014 à travers la caricature

Après avoir étudié l'an dernier la restructuration d'ArcelorMittal Liège vue par les caricaturistes, je me suis penché sur la manière dont ceux-ci avaient vus l'important conflit social de la fin 2014.
Un texte conséquent à télécharger en version illustrée sur le site de l'Institut d'Histoire Ouvrière, économique et sociale via le lien suivant

mardi 3 février 2015

La Chine nationaliste n’est pas que celle de Tchang Kaï-Chek



Cet article a été publié dans Aide-Mémoire n°71 de janvier-mars 2015, p.11

Après avoir abordé la question de la littérature enfantine[1], c’est à un nouveau domaine un peu particulier que nous consacrons cette chronique afin d’être en lien avec la thématique globale de ce numéro et l’exposition l’art dégénéré selon Hitler, puisque nous allons parler de la brocante, de la chine : « Cette chine nationaliste, c’est-à-dire tout à fait politiquement incorrecte, c’est l’incursion dans le royaume de l’objet ancien, et spécialement du papier sous toutes ses formes, à thèmes politiquement incorrects, droitistes, patriotiques, coloniaux, voire simplement nostalgiques d’un ordre ancien (celui que nous baptisons d’ailleurs curieusement « ordre nouveau ») »[2].
Un auteur au parcours engagé
Francis Bergeron est un auteur clairement marqué à l’extrême droite et qui s’en revendique. Né en 1952, ce militant « solidariste »[3] se définit lui-même comme « un pétinolâtre. (…) Attention : ne confondez pas avec les pétainistes. Ceux-là se contentent de défendre la mémoire du vainqueur de Verdun. Le pétinolâtre, lui, se passionne en plus pour tout ce qui touche au Maréchal »[4] et raconte comment il a financé son voyage au Liban[5] : « (…) j’avais vendu, cinq ans auparavant, ma propre collection de vieux Jules Verne cartonnés, pour financer mon voyage au Liban chrétien avec Jacques Arnould, Philippe de Vergnette, et quelques autres jeunes croisés, tous bien décidés à apporter à nos frères libanais le soutien actif – et armé – des chrétiens de France ? »[6]. Chroniqueur dans Rivarol et dans Présent, c’est dans ce dernier qu’il a publié une première version des textes qui sont compilés dans une version retravaillé dans « Ce dictionnaire du chineur politiquement incorrect, ce guide du collectionneur droitisé à l’extrême, je le dédie moins à mes pairs en passion chineuse qu’au militant. À celui qui colle les affiches et les autocollants, qui vend les journaux à la criée, qui distribue les tracts, qui porte l’insigne à la boutonnière. »[7]. Publié chez Dualpha, soit la maison d’édition de Philippe Randa (celui-là même qui avait ouvert une libraire d’extrême droite en Hors-Château que la vigilance et la mobilisation antifasciste avait permis de fermer rapidement), ce recueil est la somme de plus de trente ans de militance : « Trente-cinq ans à accumuler (…) autour d’un thème principal, presque unique : le nationalisme français (ou étranger : suivez mon regard… non pas là ! Ni là ! (d’ailleurs c’est interdit !) mais du côté du Liban Chrétien, de la Sainte Russie, de l’Argentine de Peron, du Portugal de Salazar[8], de la Belgique de Léon[9] ou de l’Espagne du Caudillo[10] »[11]
Un livre aux références connues…
On le voit avec cet extrait de l’introduction, les références de l’auteur sont limpides. Au-delà d’un livre reprenant les adresses où trouver les objets, les prix de ceux-ci… il s’agit donc aussi d’un livre profondément politique qui brasse toutes les références classiques de l’extrême-droite. Une sorte de compilation des auteurs et ouvrages déjà abordé dans cette chronique :  « Mais pas seulement Drieu[12] et Céline[13]. Brasillach, Rebatet, Cousteau, Béraud, Fontenoy, Bardèche[14], voient leur cote monter régulièrement. Il semblerait que les menaces de la « police juive de la pensée » (…) poussent de nouvelles générations à la passion collectionneuse. »[15]. On notera au passage la petite piqure antisémite de rappel[16]. Saint-Loup[17] est évidemment mis à l’honneur lui qui dirigea une collection au Fleuve noir, tout comme le livre Tintin mon copain[18] lorsqu’il s’agit de parler de BD[19]. Si Brasillach se voit accorder beaucoup de place, notamment par rapport à son livre sur l’Alcazar on reprend aussi des auteurs centraux pour la pensée d’extrême droite même s’ils sont moins connus aujourd’hui comme Barrès : « Même à droite, on préfère Céline le maudit, Drieu l’esthète, Brasillach le martyr, Maurras[20] le doctrinaire, Bainville le visionnaire ou Daudet le truculent. Barrès a trop bien réussi sa double carrière politique et littéraire pour susciter des passions comparables à celles dont bénéficient les auteurs susnommés »[21]. L’occasion aussi pour l’auteur de parfois tenté de nuancer les positions de certains : « On peut penser ce que l’on veut de l’attitude de La Rocque et des Croix de Feu, en particulier lors du 6 février 1934 (…) mais ce qui est certain (…) c’est que les Croix de Feu, chefs et militants, n’étaient ni racistes, ni antisémites, ni fascistes, ni même « d’extrême droite ». C’était un mouvement patriote, de droite, dont l’encadrement était fourni pour l’essentiel par les anciens combattants. Et ce n’était « que cela » »[22].
Bergeron ne s’intéresse pas qu’aux livres, il parle également des insignes comme la Francisque ce qui nous vaut cette anecdote intéressante qui rappelle une décrite par Goebbels dans Combat pour Berlin[23] : « Lors de la dissolution des ligues, les Camelots du roi portaient à la boutonnière une pièce de dix sous (« dissous » !)[24] ou des timbres qui lui permettent de faire d’une pierre deux coups en terme de référence idéologique, l’une positive et l’autre négative : « Si la poste française n’a pas jugé nécessaire de consacrer le moindre timbre à l’effigie du roi martyr lors du bicentenaire de sa mort, les Maldives nous proposent un Louis XVI en costume d’apparat (…) La France, elle, à la date du bicentenaire du martyre du roi, a préféré publier un timbre maçonnique. Hasard… »[25]. Sans oublier le cinéma[26] « évidemment le cinéma non conformiste traversa un passage à vide dans la France d’après-guerre, passage à vide qui n’est d’ailleurs pas terminé tant la prégnance marxiste, puis post-marxiste, et en tout état de cause cosmopolite, fut et reste forte dans ce secteur. »[27] Cette dernière remarque nous rappelle le discours analysé dans notre précédente chronique.
Des « classiques » sont évidemment abordés, comme l’âge de Caïn[28], pour illustrer ce que nous nommons la Libération mais que l’extrême droite voit autrement : « Bientôt vont paraître les premiers témoignages sur la terreur communiste. Écrits par définition par des hommes en liberté, et donc non compromis dans la collaboration, ces récits, ces recueils de faits scandaleux, de répressions ignobles, frappant aveuglément hommes, femmes et enfants, anciens militants politiques et notables apolitiques, paraissent clandestinement ou sous pseudonymes, tout simplement par crainte d’une vengeance communiste »[29]  
… et moins connues
Toutes les références que nous venons de voir nous sont maintenant bien connues, comme celle à l’Algérie française[30] ou au Sud-Vietnam. Mais d’autres sont moins habituelles, comme cette distinction entre Bonaparte et Napoléon : « Mais après Bonaparte, il y a Napoléon. Et Napoléon, c’est l’Empire, c’est l’Europe française, c’est la gloire des victoires, l’épopée fantastique, les uniformes les plus beaux que l’on ait jamais imaginés. »[31]. Ou celle à l’éditeur corse de Gringoire et des Editions de France Carbuccia : « La spoliation de 1944, le vandalisme révolutionnaire, le communisme rampant, sont passé par là, pour faire taire un grand éditeur corse et français ».[32] Ou encore celle-ci très significative: « Président de l’Association des écrivains combattants, Chack est anticommuniste et aussi anglophobe, comme nombre d’officiers de la Royale, une anglophobie qui sera exacerbée par le massacre de Mers-El-Kébir. En 1941, il fonde à Paris le Comité d’action antibolchévique (…) jugé le 18 décembre 1944, il sera fusillé le 9 janvier 1945 ».[33]
« Dans la série des Oncle Paul, on trouve par exemple le récit du siège de l’Alcazar de Tolède, cet héroïque fait d’armes des patriotes espagnols, en juillet 1936. « Vive l’Espagne, vive le Christ-Roi ! » crie le fils du général Moscardo, avant d’être assassiné par les miliciens socialo-communistes ».[34] Au-delà de l’anecdote sur la célèbre série de Spirou, cet extrait est illustratif de la volonté de Bergeron de profiter de son travail de référencement pour souligner les zones troubles d’une série de personnes, tel l’auteur de La Bête est morte : « D’autant qu’en creusant encore la question, on s’aperçoit que Calvo a laissé toute une œuvre militariste, patriotique, et certainement fasciste aux yeux des habituels censeurs de l’Etablissement »[35] ou de l’auteur des Nestor Burma : « Léo Malet nous est d’autant plus sympathique que cet ancien anarcho-trotskiste n’a jamais pardonné aux communistes le coup du piolet ; et au moment de sa mort (en mars 1996), il avait atteint les rives d’un anarchisme de droite de bon aloi, à la Louis-Ferdinand Céline, et revendiquait haut et fort son lepenisme »[36]
Mais ce sont surtout des écrivains et des peintres régionalistes que Bergeron sort de l’oubli : « Quelles étaient les idées de Louis Suire ? Assez éloignées de celles des « bobos » qui envahissent l’île de ré en août.  (…) il se plaçait résolument du côté des vendéens contre les colonnes infernales, du côté de la foi et de la fidélité, contre un certain « monde moderne ». Comme le peintre Fernand Maillaud, en Berry, Louis Suire a illustré le bonheur de vivre dans une France rurale préservée longtemps des miasmes de la corruption des villes »[37]. Toujours pour au passage faire passer le message de l’extrême droite sur les valeurs traditionnelles : « Tous ceux qui prônent l’enracinement et l’identité contre le cosmopolitisme, la patrie et les patries d’Europe face au mondialisme, devraient s’intéresser à des auteurs comme cet Hugues Lapaire (…) »[38]
Mais dont le propos n’est guère surprenant
Outre des références plus ou moins connues et le fait de recueillir ainsi un corpus cohérent du monde d’extrême droite, le livre de Bergeron est aussi l’occasion pour l’auteur de faire passer son message au détour d’une digression comme ici sur l’insécurité : « Il n’y a plus guère d’enfants dans nos rues, plus de cris d’enfants dans les cours. C’est qu’à l’abstinence démographique vient s’ajouter l’insécurité : l’insécurité des voitures et l’insécurité des détraqués, et aussi des « jeunes » qui ne sont pas exactement les mêmes que ceux que dessinait Germaine Bouret »[39]. Ou de manière encore plus significative quant au discours sur la préférence nationale lorsqu’il parle des décorations de guerre : « Faites excuse, messieurs les naturalisés de fraîche date. Mais il me semble que ceux qui ont eu un grand-père trois fois blessés et deux fois gazés à verdun, et deux ou trois oncles portés disparus aux éparges et sur la Marne, sont encore plus Français que d’autres »»[40].
Une fois de plus, à travers un ouvrage qui peut sembler anodin, nous avons pu démontrer que la pensée d’extrême droite est une pensée cohérente qui s’appuie sur un imaginaire et un référentiel loin d’être anodin, comme l’attestent les 24 références à des chroniques précédentes, et qu’il s’agit de connaître pour pouvoir réagir à certains propos comme ceux tenus par un participant membre de Nation lors de la dernière foire du livre politique.

 Notes

[1] Le livre : une arme idéologique in A-M n°70 d’octobre-novembre-décembre 2014,
[2] p.12
[3] Tendance incarnée par Jean-Pierre Stirbois qui rejoindra le FN en 1977 et qui a aujourd’hui pour leader Serge Ayoub, un habitué des rassemblements avec Nation
[4] Pp.207-208
[5] Voir La Loi du décalogue in A-M n°64 d’avril-mai-juin 2013,
[6] P.278
[7] P.13
[8] Voir Un nationalisme religieux : le Portugal de Salazar in AM n°24 d’avril-mai-juin 2003 et 1945 ne marque pas la fin des dictatures d’extrême droite en Europe in A-M n°69 de juillet-août-septembre 2014, mais aussi La préparation de la reconquête idéologique in A-M n°42 d’octobre-novembre-décembre 2007,
[9] Voir Léon Degrelle et le Rexisme  in A-M n°23 de janvier-février-mars 2003,
[10] Voir L’idéologie derrière la carte postale in A-M n°62 d’octobre-novembre-décembre 2012,
[11] P.11
[12] Voir Un vrai fasciste : ni de droite, ni de gauche mais… d’extrême droite in A-M n°31 de janvier-février-mars 2005,
[13] Voir L’antisémitisme est-il une futilité ? in A-M n°26 d’octobre-novembre-décembre 2003
[14] Voir Quand le relativisme sert à masquer le négationnisme in A-M n°34 d’octobre-novembre-décembre 2005 et Le fascisme n’a pas confiance dans le peuple in A-M n°53 de juillet-août-septembre 2010
[15] P.163
[16] Voir Antisémitisme et anticommunisme. Les deux mamelles de l’extrême droite in A-M n°63 de janvier-février-mars 2013,
[17] Voir Le Militaria, porte d'entrée de l'idéologie d'extrême droite in A-M n°46 d'octobre-novembre-décembre 2008
[18] « Tintin-Degrelle » une idéologie au-delà de la polémique in A-M n°50 d’octobre-novembre-décembre 2009 et n°51 de janvier-février-mars 2010
[19] Voir Quand la neutralité est riche d'idéologie in A-M n°54 d'octobre-novembre-décembre 2010
[20] Voir De l’inégalité à la monarchie in A-M n°33 de juillet-août-septembre 2005
[21] P.39
[22] P.147 Voir Travail – Famille – Patrie in A-M n°49 de juillet-août-septembre 2009
[23] Voir Joseph Goebbels. Combat pour Berlin in AM n°17 d’avril-mai-juin 2001
[24] P.155
[25] P.242
[26] Voir Un cinéaste sous le nazisme : Veit Harlan in A-M n°19 d’octobre-novembre-décembre 2001
[27] P.100
[28] Voir Le « résistantialisme », un équivalent au négationnisme in A-M n°44 d’avril-mai-juin 2008
[29] Pp.168-169
[30] Voir La pensée « contrerévolutionnaire » in A-M n°36 d’avril-mai-juin 2006 et Quand la résistance et le droit d’insurrection sont-ils justifiés ? in A-M n°55 de janvier-février-mars 2011
[31] P.58
[32] P.129
[33] P.91
[34] Pp.34-35
[35] P.75
[36] P.216 Voir Retour sur le discours du fondateur de la dynastie Le Pen in A-M n°56 d’avril-mai-juin 2011 et La cohérence d’un engagement in A-M n°40 d’avril-mai-juin 2007,
[37] P.238
[38] P.157
[39] P.62
[40] P.108

dimanche 18 janvier 2015

L'actualité décryptée à travers la caricature

C'est le titre de la conférence que je donnerai le

Mardi 20 janvier 22015 à 20h, 
à la Maison de la Laïcité de Trooz,
 3 RUE DE LA FENDERIE à 4870 TROOZ.

Un thème bien plus d'actualité aujourd'hui que quand cette soirée a été programmée. Une conférence en deux temps : 1° Une prise de recul, via l'analyse de la caricature de collaboration, permettra de démonter les mécanismes utilisés dans le dessin de presse que nous pourrons ensuite utiliser ensemble pour 2° décrypter les dessins parus dans la presse francophone du 12 au 17 janvier 2015.

dimanche 9 novembre 2014

décryptage de l'actualité à travers la caricature à partir de l'exemple de la guerre 40-45

C'est l'intitulé que je ferai en introduction au petit déjeuner philosophique de la Maison de la Laïcité de Waremme le dimanche 16 novembre à partir de 9h00

réservation nécessaire auprès de Jacqueline gihousse, présidente : 0494/783171 ou jgihousse@gmail.com

Petite introduction : 
"aujourd'hui encore, le dessin de presse en dit parfois bien plus long sur une situation politique ou sociétale que des articles très fouillés. Durant l'occupation, la caricature fut également utilisée pour diffuser un message, pour relater la vie quotidienne. Nous analyserons comment les dessinateurs qui ont collaboré ont décrit les différents épisodes de la seconde guerre mondiale et quels sont les thèmes qu'ils ont abordés. A partir de cet exemple des années 40-45, nous analyserons comment l'actualités immédiate a été traitée. Plus largement, ce sera l'occasion de pratiquer la critique et le décodage de l'image."

samedi 18 octobre 2014

Le livre : une arme idéologique



 Cet article est paru dans le n°70 d'octobre-décembre 2014 de la revue Aide-Mémoire, p.11

Les dernières élections municipales en France ont vu se confirmer la progression du Front National qui a réussi à se repositionner dans une dynamique électorale positive après quelques échecs. Le résultat a été la conquête de 11 mairies par les listes d’extrême droite. Immédiatement, le discours a tenu à préciser que les excès des années 90 ne seraient pas reproduit, et ce dans la logique de « normalisation » prônée par Marine Le Pen[1]. Comme sur d’autres sujets, le vernis de respectabilité s’est craquelé rapidement.

 « L’affaire Monchaux »

Mediapart, qui a décidé d’effectuer une veille sur la gestion des villes dirigée par des maires FN ou apparentés, a révélé mi-juin que Marie-Dominique Desportes avait été engagée comme directrice générale des services du 7e secteur de Marseille. Il se fait que cette personne, à l’époque directrice des affaires culturelles et des activités d’animation à Marignane, fut au centre du processus de « rééquilibrage » du contenu des bibliothèques publiques qui sera effectué dans les années 90 avec l’élimination de livres et de journaux de « gauche » remplacés par de la littérature d’extrême droite et l’abonnement à Présent, National Hebdo et Rivarol. Cette politique, illustrative de la gestion de l’époque des villes FN, avait légitimement provoqué une importante polémique.
Loin d’être un coup de folie, il s’agissait d’une simple application de l’idéologie que l’extrême droite prône dans ses écrits et discours. Censurer des livres de gauche, sur l’homosexualité, qui présentent les civilisations étrangères de manière positive, y compris au niveau de la littérature enfantine relève d’une logique politique affirmée. Le livre écrits pour nuire de Marie-Claude Monchaux[2] est particulièrement illustratif, lui qui sera à l’origine de ce que l’on a appelé « l’affaire Monchaux » au milieu des années 80. Durant trois ans, une virulente polémique sera entretenue après la publication de ce pamphlet[3] sur base de certains arguments évoqués dans le livre, mais aussi d’un activisme important auprès des bibliothèques. Ce nécessaire activisme est d’ailleurs plaidé par l’auteur : « Je tiens à spécifier que le 20 avril 1983, j’ai adressé une lettre au Président de contrôle des publications pour la jeunesse, Bureau des affaires judiciaires, 13 place Vendôme, Paris, en consignant les faits que je rapporte ici, et en précisant que ce livre se trouvait dans nombre de librairies, sans compter les bibliothèques enfantines où « il sort toujours » avec impunité. Je demandais l’attention de la commission et la suppression de cette seule page 116. Je ne dirai pas qu’on m’a bien ouvertement ri au nez, mais c’est tout comme ! »[4]
Le but du livre de Monchaux est on ne peut plus clair : « Dans la majorité des maisons d’édition françaises contemporaines pour l’enfance et la jeunesse, un certain nombre de livres, attrayants par leurs couleurs, leur présentation, par la popularité de la collection à laquelle ils appartiennent, sont des ouvrages corrompus. Ils établissent une véritable pourriture morale. Cela s’exerce dans tous les domaines où l’on peut frapper un enfant avec des mots : la permissivité (voire l’incitation) à la drogue, au vol, à une vie sexuelle précoce, le rejet de la famille, l’attaque et le crachat sur les lois et les institutions du pays où nous vivons, la justification de la violence »[5]. Comme on peut le lire dans cet extrait, le style se veut virulent et ne s’embarrasse pas de nuances pour dénoncer les dérives des romans pour enfants, l’auteure n’abordant pas la Bande Dessinée. La pression sur les responsables des bibliothèques est claire : « Je dis avec force que c’est un acte aussi vil de la part d’un responsable de l’éducation (professeur, moniteur, bibliothécaire, etc.) de mettre entre les mains de l’enfant un ouvrage dont cet adulte responsable sait qu’il ne serait pas approuvé par la morale de la famille si elle en prenait connaissance, que s’il se livrait à un viol physique sur cet enfant. Je dis que les livres que je cite sont des livres qui entrent dans cette catégorie. »[6]

Contre la critique des valeurs traditionnelles
« En miniaturisant les actes graves, en rejetant la responsabilité sur les bourgeois, la police, le capitalisme, etc. en étalant les pensées des gentils adultes hostiles au régime (…) on crée un climat de haine et de révolte où toutes les actions répréhensibles, deviennent non seulement excusables, mais aisément compréhensibles, presque inévitable en quelque sorte (…) En fin de compte, nous avons là une littérature qui constitue une énorme, une convaincante incitation à la malfaisance. »[7]. Pour Monchaux, ce climat ne vient pas de nulle part. Il est le fruit d’un complot[8] des forces de gauche « Tout se passe comme si ces auteurs, ces éditeurs, ces responsables poursuivaient le but d’attiser la lutte, voire la haine des classes ; de démanteler les structures actuelles de la civilisation occidentale contemporaine, de déstabiliser la famille, de discréditer l’ordre social, les mœurs, et d’affaiblir les lois, l’armée, la sécurité, la nation »[9]. L’offensive est facilitée par le fait que la gauche a mis la main sur la littérature scientifique, sur les colloques et surtout sur les revues spécialisées sur lesquelles les bibliothèques de province se basent pour leurs achats : « Bientôt nous saurons d’une éclatante façon si ce volontaire pourrissement qu’on constate dans les livres d’enfants depuis 1968, sur lequel les revues spécialisées, toutes d’orientations de gauche, disons-le, ont fait un silence pudique, ou bien ont parlé en termes d’une modération surprenante, ressortissait d’un plan concerté ou non. Ce sera facile : Si les prochaines élections législatives conservent le pouvoir à la majorité actuelle, et si les livres pour enfants se « moralisent » à partir de ce moment là, cela indiquera nettement que la majorité en question n’entend pas se faire démolir par des soixante-huitards attardés, et qu’il sera temps de rentrer dans le rang ! »[10]
La manœuvre passe notamment par le dénigrement et le mensonge : « On leur ment. On leur ment dans les livres d’Histoire. C’est si facile. On leur dit qu’à gauche est le Bien et qu’à droite de cette gauche est le Mal. Qu’à droite est l’argent. C’est à cela qu’on reconnaît la droite : un homme de gauche n’a jamais d’argent. Il va en guenilles, il travaille pour un exploiteur. Qu’à droite est l’argent qui n’a pas de cœur. Et qu’à gauche est le cœur qui n’a pas d’argent. Un homme de gauche n’est jamais dans l’aisance en Occident, dans l’opulence encore moins. Et ils croient cela. Car il est plus facile d’adhérer à un manichéisme aussi réconfortant, que de réfléchir »[11]. L’auteure appuie sa thèse par de nombreuses citations des ouvrages qu’elle dénonce et par la multiplication d’exemples comme ici : « Bastien, gamin de Paris, c’est un roman pour enfants de Bertrand Solet qui connaît des rééditions continuelles aux éditions La Farandole, depuis 1968. C’est une petite histoire bien menée par un conteur qui « cible » son public, comme on dit dans la presse spécialisée. Mais cette histoire à rebondissements se passe pendant la Commune, et Bastien est le petit garçon d’un menuisier du faubourg Saint Antoine. La Commune est vue du côté des Communards, et d’eux seuls. À la portée d’un enfant, à travers les péripéties que vit un enfant de dix ans, sur les barricades, à travers l’exaltation, les défilés, les yeux sur le drapeau rouge. « Il fallait bien que les enfants connaissent la Commune autrement que les extraits des Contes du Lundi qu’on retrouvait toujours dans les « Morceaux choisis » dit-on parmi les chapelles du livre d’enfants. Mais je puis dire – je suis en mesure d’affirmer qu’il ne s’agit pas du tout du même impact. Daudet était « à droite » et les Contes du Lundi sont du côté Versaillais »[12]. Ou dans cet autre extrait consacré à la seconde guerre mondiale et à la Résistance : « La police française est aussi présentée dans ce livre comme odieuse, collaborant avec les SS et riant méchamment. J’en ferai là une affaire quasiment personnelle : mon père était résistant (gaulliste) et policier. Grâce à lui et ses amis, une quantité de juifs ont pu échapper aux allemands. C’est avec violence que je m’élève contre l’écœurante partialité de Nous retournerons cueillir des jonquilles, ce petit roman haineux en forme de patriotisme qui ne tend qu’à souffler le discrédit sur les français de la Résistance qui n’étaient pas FTP. C’est encore salir les enfants. Ce n’est pas un roman sur la guerre et la Résistance, c’est une action volontaire de propagande communiste, et elle n’est pas propre et elle n’est pas digne »[13]
La Révolution, La commune, la Résistance, mai 68… la guerre d’Algérie ne pouvait évidemment pas ne pas être abordée : « Vous n’avez rien de plus gai pour les enfants ? Si : L’Algérie ou la mort des autres de Virginie Buisson (Gallimard, Folio/Jeunesse) : une histoire comme cela ne s’oublie pas quand on a treize ans. Avez-vous besoin que je vous dise que les militaires français n’y sont pas très sympathiques, torturent, que la peur et la mort et la souffrance font un décor de sang atroces (…) Pensez-vous que ce soient là des abominations dans lesquelles il est sain de plonger des enfants qui espèrent tout du monde ? »[14].
On le voit, ce sont en fait toutes les critiques sur les thèmes et épisodes historiques chers à l’extrême droite qui sont attaqués par Monchaux qui défend donc la vision du monde de son courant idéologique et politique. Les passages moralisateurs sont également bien présents : « Dans je suis un nuage, on a déjà vu une gamine s’avaler une énorme dose de whisky (p.148) et cela arrive trop souvent, beaucoup trop souvent parmi le monde fictif des héros de romans pour la jeunesse dès les premières manifestations acnéiques de leur puberté. Je le signale parce qu’on ne dénonce pas assez les épouvantables ravages de l’alcool. C’est une forme de drogue, aussi nocive que l’autre. Le tabac également. À ce sujet, je tiens à dire en passant que Morris (…) a bien volontiers retiré de la buche de Lucky Luke son célèbre mégot. (…) cette mesure de sécurité date de la campagne contre le tabac du septennat de V. Giscard D’Estaing (…) Et non seulement Lucky Luke n’est pas affadi, mais au contraire il donne la preuve éclatante de sa discipline personnelle, de sa volonté de renoncer à une habitude nocive. »[15]. Tout comme la dénonciation « d’incartade » provenant de ce qu’elle considère comme son propre camp : « Et c’est une grande vertu dans ce métier que d’avoir le souci de ne pas nuire, sans pour autant tomber dans le conventionnel, ni l’aseptisé (…) Ce n’est pas le cas de ces démiurges qui dressent l’enfant, tout jeune à mépriser, à cracher, à haïr. (…) Haïr l’armée d’abord ! Est ridicule tout ce qui porte un uniforme. Voilà ce que dit L’uniforme ensorcelé aux éditions du Cerf. Ce n’était pourtant pas ici qu’on pouvait légitimement attendre une si violente et si stupide attaque. Le Cerf est une maison d’édition à vocation catholique, et a publié une quantité de livres exquis ou magnifiques. Mais celui-là est à classer dans la catégorie évoquée plus haut des « imbéciles utiles ». »[16]

Une idéologie cohérente et plurielle dans sa diffusion

Il n’y a aucun doute sur le fait que les livres pour enfant présentés par la Bibliothèque Georges Orwell en page 9 entreraient dans la catégorie des « écrits pour nuire ». Plus sérieusement, cet ouvrage, et le rappel de l’influence qu’il a eu, nous permet de rappeler que la démarche de cette chronique est de démontrer la cohérence de l’idéologie d’extrême droite (d’où le renvoi en note de bas de page vers des articles précédents), mais surtout de permettre aux lecteurs d’appréhender directement la manière dont cette idéologie se construit et s’exprime à travers des écrits variés. Avec cet ouvrage, on constate une nouvelle fois qu’au-delà des livres politiques proprement dit, le récit de voyage[17], le roman de guerre[18], le roman d’anticipation[19], la BD[20]… toute forme que nous avons analysée ces dernières années, permettent à l’extrême droite de diffuser son message. À l’occasion de la rentrée scolaire, il nous a semblé intéressant d’aborder notre sujet par ce nouvel angle original qu’est la littérature enfantine.


[1] Voir Retour sur le discours du fondateur de la dynastie Le Pen in A-M n°56 d’avril-mai-juin 2011
[2] Marie-Claude Monchaux, écrits pour nuire. Littérature enfantine et subversion. Paris, Union Nationale inter-universitaire / Centre d’études et de diffusion, 1985, 125 p.
[3] Daniel Delbrassine, Censure et autocensure dans le roman pour la jeunesse, in Parole Revue de l'institut suisse Jeunesse et Médias, 2, 2008, pp.8-11
[4] P.41
[5] P.5
[6] P.47
[7] P.34
[8] Sur la question du complot, voir les travaux de Jérôme Jamin, notamment L'imaginaire du Complot: Discours d'extrême droite en France et aux Etats-Unis
[9] P.6
[10] P.119
[11] P.114
[12] Pp.114-115.
[13] P.118 Voir Le « résistantialisme », un équivalent au négationnisme in A-M n°44 d’avril-mai-juin 2008
[14] P.83 Voir Quand la résistance et le droit d’insurrection sont-ils justifiés ? in A-M n°55 de janvier-février-mars 2011 et La pensée « contrerévolutionnaire » in A-M n°36 d’avril-mai-juin 2006.
[15] P43
[16] P.93
[17] Voir L’idéologie derrière la carte postale in A-M n°62 d’octobre-novembre-décembre 2012
[18] Voir Le Militaria, porte d'entrée de l'idéologie d'extrême droite in A-M n°46 d'octobre-novembre-décembre 2008
[19] Voir Ecrire peut avoir des conséquences in A-M n°58 d’octobre-novembre-décembre 2011
[20] Voir Quand la neutralité est riche d'idéologie in A-M n°54 d'octobre-novembre-décembre 2010