J'ai retrouvé à l'occasion d'un classement une farde de documents dont j'ignore la provenance exacte mais qui sont liés au PWT, le parti wallon des travailleurs. Un parti qui dès sa création en 1964 ne réalise pas son objectif de constituer un parti de masse à la gauche du PS mais se retrouve très faible numériquement, alors qu'il est issu à l'origine de la tendance du gauche du PSB. Une nouvelle fois, ce que nous montrions dans un colloque à Rouen avec Jean Faniel (communication La gauche "extrême" en Belgique : du Parti libéral à la gauche anticapitaliste) se concrétise : une tendance importante en interne perd le gros de ses forces et de ses personnalités porteuses quand elle tente une aventure en solo.
Avant de déposer ces documents pour archivage à l'IHOES, je les ai parcouru, notamment un texte de 23 pages datés de septembre-octobre 1969 qui est une longue réponse à une divergence interne avec la section du Brabant Wallon.
Ci-dessous quelques extraits qui font un échos interpellant à des questions et/ou situations actuelles.
p.2: "La démoralisation nous a marqués comme toutes les tendances du mouvement ouvrier en Wallonie. Il faut remarquer, par exemple, qu'aujourd'hui à Liège, le MPW n'a plus aucune vie, le PC n'est plus à même d'organiser d'action autonome un peu étoffée et n'a plus qu'une organisation de jeunesse squelettique qui n'intervient même pas dans le milieu étudiant, que la réunion constitutive d'"objectif 72", qui visait un large rassemblement de gauche à Liège, n'a réuni qu'une centaine de participants, qu'une assemblée générale importante du secteur enseignement de la CGSP n'attire qu'une quarantaine de membres, que la réunion constitutive du Front anti-Otan n'a réuni que 8 personnes, que tout mouvement maoïste a complètement disparu dans la région (...)"
pp.5-6: "Beaucoup de ceux qui avaient assisté à l'assemblée constituante de décembre 1964 rentrèrent dans le rang ou abandonnèrent toute velléité d'action politique. Dès 1965, il était clair que les divisions et les défections allaient empêcher (...) un parti à base de masse se situant à gauche du PSB et du PCB et capable d'évoluer, en cas de crise sociale, vers un parti révolutionnaire"
p.8: (sur la question des masses que l'on désire toucher mais qui ne suivent pas): "S'agit-il des travailleurs qui votent pour le PSB et ont confiance en Collard ou en Simonet ? Mais alors, ne faudrait-il pas rentrer au PSB ? S'agit-il des communistes roses du PCB ? ou de la demi-douzaine de groupuscules maoïstes ? ou des 5 derniers fidèles de Grippa ? Faut-il les rejoindre ? A moins que ce ne soient les petits-bourgeois et les travailleurs essentiellement anti-flamands qui suivent Perin et Duvieusart ? Ou les organisations du MOC encore toujours contrôlées par le PSC ? Ou alors la grande masse des travailleurs démoralisées par tous ceux-là et qui ne croient plus à rien d'autre qu'à une solution individuelle de leurs problèmes ? S'agit-il par contre de ceux qui ne se sont jamais intéressés à la politique et ne s'adonnent qu'au sport commercialisé et aux autres formes d'abrutissement des travailleurs ?"
p.8: "L'expérience montre que les collaborations gouvernementales, sans aucun profit pour les travailleurs, créent chez ceux-ci un malaise qui peut se transformer en réaction salutaire et secouer les appareils. Ce fut le cas par exemple en 1958, après la défaite électorale socialiste, qui suivit quatre années de gouvernement Van Acker. Le congrès du PSB de décembre 1958 vit les incidents fameux d'une offensive de gauche dirigée par les "renardistes". Ceux-ci apparaissaient comme une direction de rechange au mouvement ouvrier. André Genot déchainait l'enthousiasme, en dénonçant en termes éloquents la "mayonnaise de crevettes sans crevettes" des réalisations gouvernementales"
p.10: "Faire confiance à un groupe d'étudiants qui se contente de critiquer la bureaucratie syndicale sans avoir la possibilité forcément de mener la lutte à l'intérieur des entreprises et de proposer des candidats aux élections syndicales de base, c'est croire qu'on pourra téléguider de l'extérieur les luttes ouvrières et qu'une pure propagande intellectuelle peut bouleverser de l'extérieur un syndicat dont les travailleurs ne peuvent de toute manière se passer sans perdre rapidement les droits acquis à l'intérieur du régime actuel"
p.11: "Les fronts peuvent être utiles mais ils sont très difficiles à construire et donc peu efficaces, dans les périodes de recul de la combativité ouvrière, parce qu'ils se constituent à la tête et rassemblent des groupes qui, en ces périodes, ne sont plus capables de mobiliser une base démoralisée"
puis plus loin sur les groupes-collectifs hétéroclites/pluralistes : " on y rencontre surtout des gens qui hésitent éternellement entre toutes les formations politiques, des puristes qui n'en trouvent jamais aucune à leur goût ou des éléments déçus, victimes d'appareils syndicaux ou politiques et incapables de dépasser leur juste rancœur pour participer avec dynamisme à la construction d'une organisation nouvelle"
Vous trouverez rassemblés sur ce blog tous les textes que j'ai publié ainsi que quelques inédits et les annonces de mes conférences. Pour me contacter : julien.dohet@skynet.be
mardi 6 août 2013
vendredi 19 juillet 2013
Connexion sur la République
J'étais donc un des invités de l'émission radio Connexion ce matin. Sujet "La République".
Cette émission peut être écoutée en podcast ici
Une belle expérience où j'ai le sentiment d'avoir réussi à exposer mes arguments malgré le format de l'émission qui ne permet que des prises de parole très courtes.
Cette émission peut être écoutée en podcast ici
Une belle expérience où j'ai le sentiment d'avoir réussi à exposer mes arguments malgré le format de l'émission qui ne permet que des prises de parole très courtes.
mercredi 17 juillet 2013
La « démocratie autoritaire » pour le bien des travailleurs
Cet article est paru dans le n°65 de juillet-septembre 2013 d'Aide-Mémoire, p.11
Pour notre 50e chronique sur le
décryptage de l’idéologie d’extrême droite[1]
nous avons choisi de lier nos deux thèmes de recherche depuis une quinzaine
d’années. Nous avons donc sélectionné un ouvrage abordant le Fascisme italien
mais également la question du syndicalisme. Ce choix s’est d’autant plus imposé
à moi qu’une publication récente marquée bien à droite révélait en creux une
vision du rôle du syndicat dans la société au final guère éloignée de la vision
décrite ci-dessous.
Une
contextualisation nécessaire
La question d’une extrême droite proche des
travailleurs et qui serait là pour les défendre est un thème que nous avions
déjà abordés dans un texte basé sur plusieurs brochures[2].
Nous y avions déjà relevé que, en Italie, le Fascisme a servi à ses débuts à
casser les grèves et à fournir des troupes pour combattre les Rouges. Cette
dimension antisyndicale des origines est à garder à l’esprit lorsque l’on prend
connaissance de l’ouvrage de propagande de Louis De Pace vantant Les conquêtes syndicales de l’ouvrier
italien[3].
Un autre point important, est le fait que l’Italie de Mussolini est un régime
politique particulier. L’auteur le reconnaît d’ailleurs et le défend au nom du
droit de chaque peuple de pouvoir choisir son mode de gouvernement : « Quand
les chefs des régimes autoritaires sont accueillis par les manifestations
imposantes et enthousiastes du peuple, on ne saurait dire sérieusement qu’ils
sont des tyrans (…) La nécessité d’une autorité au sommet, de l’ordre et de
l’obéissance en bas, se fait sentir dans tous les pays. L’absence de
l’autorité, là où elle se manifeste, entraîne des conséquences très graves dans
l’intérêt de la chose publique, aussi bien du point de vue économique et social
que du point de vue moral et politique »[4].
C’est ainsi que le livre a, significativement, un premier chapitre intitulé
« Démocratie autoritaire » où le pouvoir du peuple a été librement
délégué au parti et à son chef. Le rôle central du parti est plusieurs fois
affirmé : « Le Parti, selon, du reste, son statut en droit public,
est l’animateur, le cœur, le guide des syndicats, comme de toute autre
institution nationale.»[5].
Une
réalité sociale…
C’est donc à une description assez fouillée
du fonctionnement du syndicalisme italien que nous invite l’auteur qui consacre
la fin de son livre à la publication des principaux textes qu’il cite. C’est
par une loi, prise le 3 avril 1926, que la question a été réglée. Le rôle du
syndicat est clairement défini. Il ne fait pas de politique, mais « Le
Syndicat est appelé, par sa structure même, à réaliser un programme
d’assistance, pour mériter la reconnaissance juridique qui le consacre organe
de droit public. L’assistance devient un devoir de la part du Syndicat et un
droit pour le travailleur. Ainsi l’on dépasse tout concept de charité et de
philanthropie pour rentrer dans celui de rapports de devoirs réciproques, et,
plus haut encore, de solidarité nationale »[6].
Ce qui passe également par la question du nouveau contrat de travail mis en
place par le régime : « L’activité des syndicats est tout entière employée
dans la généralisation totalitaire du contrat collectif. Le contenu du contrat
est essentiellement de tutelle : protection des salaires, des conditions
morales, sanitaires, juridiques, etc… C’est tout le monde du travail qui trouve
là sa loi ! »[7].
De Pace insiste sur les résultats obtenus par un gros travail législatif :
progrès au niveau des accidents de travail et des maladies professionnelles
(principalement la tuberculose), instauration de la journée de 8 heures,
instruction obligatoire jusque 14 ans complétée par un effort accru au niveau
de l’enseignement professionnel… Et de terminer sur la question du
salaire : « Celui-ci (le salaire corporatif), selon la Déclaration
XII de la Charte du Travail, doit correspondre « aux exigences normales de
la vie, aux possibilités de la production, au rendement du travail ». En
cette brève formule, le Statut du Travail renferme peut-être la partie la plus
révolutionnaire du système fasciste. Sa reconnaissance dans un statut national
est le geste le plus révolutionnaire (au sens concret du mot) des différents
mouvements mondiaux des temps modernes »[8].
Le salaire ainsi conçu est un tout intégrant les œuvres sociales, l’école… La
réalité est cependant que le travailleur n’a, dans les faits, rien à dire sur
la fixation de ce salaire puisqu’il est totalement lié aux besoins de
compétitivité de l’état. Inutile, après les mesures d’austérité prise aujourd’hui
partout sous couvert de l’Europe, d’expliquer le résultat d’une telle mesure.
…
derrière laquelle une vision de la société est présente
Mais très vite, derrière cette description
idyllique, la vision fasciste de la société et la perte des libertés apparaît. Une
vision qui nie évidemment le concept d’opposition entre les classes sociales
pour les placer dans une collaboration totale vu la communauté d’intérêt :
« Dans la Révolution fasciste, l’origine et la formation du Syndicat
offrent un aspect caractéristique, qu’il convient d’avoir constamment présent à
l’esprit. Au lieu de se transformer, comme les autres mouvements ouvriers, en
un syndicalisme de classe, il s’intègre dans l’Etat, dont il constitue, au
moins pour les trois quarts, la structure et les finalités sociales. (…) Mais
l’exacte compréhension de la fonction du syndicat fasciste et de ses résultats
ne peut être obtenue qu’en considérant cette union profonde de l’Etat et du
Syndicat, qui réalise indubitablement une conquête politique nouvelle dans
l’histoire moderne »[9]
Afin de s’assurer que le syndicat aura toujours une action qui est subordonnée
aux intérêts supérieurs de la Nation, deux mesures sont prises. D’une
part : « La reconnaissance juridique signifie qu’un seul syndicat
peut être légalement reconnu, même s’il en existe plusieurs pour la même
catégorie»[10].
D’autre part les dirigeants des différentes fédérations professionnelles
nationales sont désignés par l’Etat : « On a voulu ainsi soustraire
les chefs des Confédérations à l’influence des secrétaires fédéraux, sur
lesquels ils sont appelés à exercer une autorité de direction et de
contrôle ; et on a voulu donner au gouvernement, au nom du principe
hiérarchique qui préside à tout ce qui touche au régime, la possibilité d’une
union étroite avec les grandes organisations du travail »[11].
Mais au-delà, sans même entrer dans la réalité cachée par la propagande, mais
en restant uniquement sur ce que le livre de De Pace nous dit, on constate que
les progrès obtenus le sont sous contrôle. Ainsi « Le livret de travail a
été institué obligatoirement par la loi du 10 janvier 1935, n°112, afin
qu’aucune catégorie n’en soit privée »[12].
Soit la réapparition d’un des principaux moyens de contrôle que la lutte du
mouvement ouvrier avait réussi à abolir dès fin du 19e en Belgique.
Comme déjà évoqué cette réalité est due à un système corporatif qui, discours
toujours très à la mode à Droite aujourd’hui, veut étouffer les légitimes
revendications des travailleurs sous prétexte d’une nécessaire unité nationale
qui n’a jamais servi qu’à assoir le pouvoir des possédants. : « L’ouvrier
italien est national : il a
répudié, et pour toujours, l’évangile marxiste, qui voulait en faire le
« frère » de l’ouvrier étranger et l’ennemi mortel de l’employeur de
son propre pays (…) Salariés et employeurs vivent dans la nation et des
ressources de la nation et ont, par suite, un intérêt solidaire à accroître,
par le potentiel du travail, les richesse de la nation. Donc, pas de luttes
entre eux, mais une collaboration constante »[13]
Une
vision d’extrême droite bien présente
Plus largement, le livre permet également
d’aborder des aspects plus transversaux de l’idéologie d’extrême droite. La
fonction autoritaire a déjà été évoquée. On retrouve donc logiquement le refus
du parlementarisme : « Il est à peine nécessaire de relever que le
« Parlement » n’existe désormais que sous la forme du
« parlementarisme » : nous voulons dire que les partis, les
factions, les intérêts particuliers (souvent illicites) en ont fait
l’instrument de leurs spéculations. Partis et affaires, sur lesquels les masses
sont peu consultées, se partagent le pouvoir. Le parlementarisme est dominé,
comme cela est établi chaque jour davantage, par une ploutocratie, qui tend à
réfréner l’ascension des classes travailleuses »[14].
À l’inverse, la société fasciste propose un modèle complet basé sur les
améliorations matérielles : « Les chômeurs des pays pauvres pensent
qu’une nouvelle redistribution des terres et des matières premières serait le
premier et le plus efficace facteur de travail, de pain, de bien-être pour
tous. Voilà pourquoi l’Italie a donné (guerre d’Ethiopie et Sanctions, années
1935-1936) l’exemple du déplacement de la lutte des classes (nation pauvre
contre nations riches) sur le plan international. (…) les ouvriers italiens ont
mis ce problème à l’ordre du jour et ils ont identifié leurs intérêts
particuliers avec les intérêts collectifs d’une Nation qui a besoin d’expansion
pour donner du travail à ses propres enfants »[15].
Mais qui travaille également (voire surtout) sur la conquête idéologique. Ainsi
avec les organisations de jeunesse : « L’œuvre Balilla ouvre aussi la
voie aux formations prémilitaires et à la Milice Volontaire Fasciste. Nous
avons déjà signalé comment elle sert à l’instruction professionnelle ; en
général, on peut dire qu’elle est une excellente école préparant à la vie, et
qui, dans son travail, participe intimement à l’âme de la nation. »[16].
L’idéologie passe aussi par le vocabulaire, comme dans cet exemple abordant le
contrôle effectué sur les Italiens vivants à l’étranger particulièrement
éclairant sur l’importance des mots : « Les travailleurs ont ainsi
encore réalisé une conquête de signification nationale : s’ils sont
toujours contraints à sortir hors des frontières, ils ne seront plus des
« émigrants », mais des « Italiens à l’étranger », parce
que l’Italie entend demeurer toujours en eux et avec eux. Naturellement, les
organisations suivent avec soin ces travailleurs à l’étranger, qui trouvent
dans les Faisceaux leurs centres de réunion et défense »[17]
Au final, la fonction du syndicalisme dans
l’Italie fasciste n’est clairement plus la défense des travailleurs : « On
pourra juger plus ou moins complètement atteints les buts que l’Etat fasciste
se propose dans le domaine des activités syndicales et sociales ; mais nul
ne pourra sérieusement nier que les travailleurs soient devenus des membres de
la société nationale, dans laquelle ils voient le lien idéal et concret de
leurs réalisations ; qu’ils aient changé le vieil instinct égoïste de
classe contre une foi, qui en fait
les meilleurs artisans de la puissance italienne. Le syndicat fasciste tourne
toute son activité vers le rapprochement des distances entre les classes, ou
mieux, entre les rangs sociaux. Mais il est un domaine, quoi qu’il soit peut-être
le plus difficile, où les distances sont déjà effacées. C’est celui de la
différence des mœurs, des habitudes, des usages et (pour dire en un seul mot),
de mentalité »[18].
Et cela dans une vision nostalgique de la Rome antique, présente partout dans
les écrits fascistes et qui constituait un ciment idéologique en ce qu’il était
l’horizon de projection : « C’est dans les terres de l’Empire d’Ethiopie
que se manifeste le plus pleinement la communion de l’esprit militaire, de la
mission du travail et de la morale familiale. L’Italie est peut-être la seule
nation capable de créer une milice armée du travail, c’est-à-dire d’organiser
les colons et les travailleurs du nouvel empire en des formations de Milice
Volontaire Fasciste. On dit qu’elle reprend ainsi la tradition des légionnaires
romains (…) »[19]
[1] Le premier texte est paru dans le n°16 d’Aide Mémoire de janvier-février-mars 2001 et était intitulé Ref.
L'espoir wallon. Histoire du mouvement (1995-1998).
[3] Louis De Pace, Les conquêtes
syndicales de l’ouvrier italien, Collection d’études syndicales et
coopératives, Paris, Nouvelles éditions latines – Fernand Sorlot, 1937, 199 p.
jeudi 20 juin 2013
Infrabel préfère la délation à l'investissement
Reçu cette semaine un document, déposé directement dans ma boite aux lettres et non envoyé par la poste, d'Infrabel.
Ce qui se présente comme une affiche est intitulé "les vols de câbles près de chez vous : une facture douloureuse" et m'explique de manière chiffrée que j'ai 6.718.067 bonnes raisons d'agir avec un vibrant appel "Aux actes citoyens".
Comment ?
En signalant via un 0800 tous faits suspects le long des voix de chemin de fer.
Il se fait en effet que j'habite à proximité d'une ligne de chemin de fer. Mais pas seulement. J'habite à proximité d'une gare qui est toujours un arrêt pour les naveteurs avec un train par heure. Cette gare était encore il y a quelques années non seulement un point d'arrêt, mais une vraie gare avec du personnel permettant d'acheter un ticket, d'avoir des renseignements... Une gare dotée d'une cafétaria et qui fut longtemps un point de départ pour les personnes partant en vacances avec une formule mettant la voiture sur le train (voir sur son histoire l'article de Pierre Eyben sur le chainon manquant).
Mais depuis les restrictions budgétaires sont arrivées, il a fallu être compétitif. Le résultat concret est l'abandon d'un bâtiment qui se dégrade et devient un chancre urbain insécurisé malgré quelques menus travaux faisant plus l'effet d'un emplâtre sur une jambe de bois. Un bâtiment qui fut occupé il y a quelques années par des réfugiés organisés collectivement. Cette occupation avait redonnée un peu de vie au quartier et sécurisait la gare. Mais Infrabel a estimée que les réfugiés, après plusieurs mois, devaient partir car elle avait besoin du bâtiment. Depuis nous sommes comme soeur anne et nous voyons cette gare continuer à pourrir sur place. L'arrivée du dépôt du tram y changera peut-être quelque chose ?
Mais ce qui est certain, c'est que si une activité de service public avait été maintenue dans la gare, il n'y aurait pas besoin d'appeler à la délation les riverains.
Ce qui se présente comme une affiche est intitulé "les vols de câbles près de chez vous : une facture douloureuse" et m'explique de manière chiffrée que j'ai 6.718.067 bonnes raisons d'agir avec un vibrant appel "Aux actes citoyens".
Comment ?
En signalant via un 0800 tous faits suspects le long des voix de chemin de fer.
Il se fait en effet que j'habite à proximité d'une ligne de chemin de fer. Mais pas seulement. J'habite à proximité d'une gare qui est toujours un arrêt pour les naveteurs avec un train par heure. Cette gare était encore il y a quelques années non seulement un point d'arrêt, mais une vraie gare avec du personnel permettant d'acheter un ticket, d'avoir des renseignements... Une gare dotée d'une cafétaria et qui fut longtemps un point de départ pour les personnes partant en vacances avec une formule mettant la voiture sur le train (voir sur son histoire l'article de Pierre Eyben sur le chainon manquant).
Mais depuis les restrictions budgétaires sont arrivées, il a fallu être compétitif. Le résultat concret est l'abandon d'un bâtiment qui se dégrade et devient un chancre urbain insécurisé malgré quelques menus travaux faisant plus l'effet d'un emplâtre sur une jambe de bois. Un bâtiment qui fut occupé il y a quelques années par des réfugiés organisés collectivement. Cette occupation avait redonnée un peu de vie au quartier et sécurisait la gare. Mais Infrabel a estimée que les réfugiés, après plusieurs mois, devaient partir car elle avait besoin du bâtiment. Depuis nous sommes comme soeur anne et nous voyons cette gare continuer à pourrir sur place. L'arrivée du dépôt du tram y changera peut-être quelque chose ?
Mais ce qui est certain, c'est que si une activité de service public avait été maintenue dans la gare, il n'y aurait pas besoin d'appeler à la délation les riverains.
mercredi 19 juin 2013
La loi du décalogue
Cet article est parue dans le n°64 d'Aide-Mémoire d'avril-juin 2013, p.11
Les actions dans le cadre de la mobilisation
contre le mariage pour tous en France ont remis à l’avant plan l’existence
d’une droite catholique dure. Au sein de celle-ci, on retrouve des composantes
bien connues de l’extrême droite. L’occasion pour nous d’analyser le discours
d’un des principaux représentants de cette tendance.
L’extrême droite
Catholique
Bernard Antony est maintenant un vieux routier
de la droite catholique extrême française[1]. Né en 1944 il milite dès ses études dans des mouvements liés à l’OAS[2]. Actif dans le mensuel, puis quotidien, d’extrême droite Présent, il est surtout le président de Chrétienté-Solidarité et de
L'Alliance générale contre le
racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (AGRIF).
Député européen du Front National, il reste fidèle à Jean-Marie Le Pen lors de
la scission de Bruno Mégret rejettant notamment le paganisme incarné par Pierre Vial[3]. Il
rompt avec le Front National en 2009 pour participer à la création du Parti de
la France qu’il quitte l’année suivante quand celui-ci se rapproche de Pierre
Vial. Depuis il concentre ses activités dans l’animation de ses mouvements et
dans l’écriture d’ouvrage aux titres aussi explicite que Vérité sur la Franc-Maçonnerie ou L’identité nationale et l’Islam, tous deux publiés aux éditions
Godefroy De Bouillon, un nom limpide sur la couleur politique de l’éditeur.
Combats pour mon pays[4] est un volumineux recueil de textes
reprenant 15 ans de militantisme politique publié en 1994 dont le 4e
de couverture, qui présente son auteur, est typique du discours d’extrême
droite : « Bernard
Antony n’est pas un homme de cabinet. Il n’élabore pas dans le secret des clans
et des mafias, des plans, des théories, des tactiques. Agissant à ciel ouvert,
il laisse parler son cœur. Et il nourrit son nationalisme à la française, qui
est le contraire d’un repli égoïste sur soi-même, à l’empirisme de voyages à
hauts risques accomplis là où les hommes se dressent, résistent, se battent. Et
en meurent, parfois. ». Le riche cahier photos présent au centre du livre
permet déjà de bien saisir le positionnement politique d’Antony que l’on voit
au côté de franquiste espagnol[5], de membre des Contras, en Lituanie, en Croatie et auprès des catholiques libanais.
Si la
posture de l’auteur relève de la tradition d’extrême droite, il en est de même
de l’idée générique que la France est au bord du gouffre : « Car si nous
ne reconnaissons plus la France et les Français, c’est que ce sont toutes les composantes de leur être, spirituelles, intellectuelles et physiques qui ont été touchées »[6] car « Oui, par la contraception, par l’avortement, par la pornographie, par l’immigration, la survie physique du peuple français est menacée »[7]. En lien avec les manifestations actuelles, soulignons donc que Bernard Antony lutte depuis le départ contre l’IVG : « Au train où vont les choses, en 10 ans, dans le seul avortoir de ce seul hôpital la France aura subi plus de pertes que dans la guerre d’Algérie… IVG : cela passe mieux qu’avortement. Quand on se contente de prononcer les trois lettres, cela donne même un petit piment technico-scientifique. »[8]. Le positionnement ultra-catholique sur lequel nous reviendrons, se marque également par des actions contre la diffusion du film La Dernière tentation du Christ et par une défense de l’enseignement privé : « Rien ne pourra fondamentalement et durablement être sauvé dans le pays de France tant que la séparation de l’école et de l’Etat n’aura pas été effectuée, tant que le grand air de la vraie liberté ne circulera pas dans les œuvres d’éducation. De même que nous sommes pour l’autogestion du salaire par le salarié, nous sommes pour l’autogestion de l’éducation et des enseignements par les parents, les communautés naturelles ou professionnelles »[9]
Immigration,
anticommunisme, antimaçonnisme… des thèmes très « classiques »
Au fil des articles compilés, au demeurant très
redondants, c’est dans un style guerrier, très incisif et ne se préoccupant pas
toujours de nuance que l’auteur égrène les thèmes classiques de l’extrême
droite auxquels les lecteurs de cette chronique sont maintenant habitués.
L’immigration
tout d’abord qui permet de rendre hommage au président du FN : « J’en
suis persuadé, le peuple unanime reconnaîtra un jour quel service Jean-Marie Le
Pen aura rendu à la France en disant le premier, avec le talent, l’intelligence
et la force qui le caractérisent, l’immense danger que constituait
l’immigration »[10]. Ce danger est pour lui très concret : « Aussi, le flot d’immigration qui aujourd’hui vient, disons de Bab el Oued (la porte de la rivière en français), pour prendre un exemple symbolique, s’amplifie en un immense torrent, une formidable vague déferlante qui menace d’engloutir notre civilisation, notre France, nos libertés, notre identité. Et cela d’autant plus facilement que les Français ont hélas abdiqué leur souveraineté nationale »[11]. Il permet également de stigmatiser l’adversaire : « N’auraient-ils pas mieux fait, lui et ses amis, de combattre le port ostentatoire de la main de fatma de SOS Racisme dont la signification était pourtant lourde de conséquences. Qui se souvient en effet que la main de fatma que l’on trempait dans le sang des chrétiens égorgés était naguère apposée sur les églises vouées à la destruction ou à la transformation en mosquée »[12]. Ce n’est donc pas n’importe quelle immigration qui est visée, mais essentiellement celles des personnes de religion musulmane. Le tableau est
noirci sans nuance avec un discours au connotation clairement raciste :
« De fait, la tribalisation de la planète s’accentue. Certes, les hommes
pour la plupart ne vivent plus dans des grottes ou sous des tentes mais de plus
en plus dans les parkings ou les souterrains des grands ensembles. Les clans et
les bandes ethniques issus des ghettos ethniques se taillent des territoires de
chasse. Sur les murs, ils laissent les traces de ce qu’ils sont et de ce à quoi
ils aspirent. Il s’agit là d’une formidable régression, sans doute de plus de
soixante siècles. Il existe toutefois entre les nouveaux barbares de ces
nouvelles tribus et les barbares préhistoriques une formidable différence (…)
Nos lointains ancêtres étaient en puissance porteurs de toute l’avancée de la
civilisation au cours des siècles. Les pauvres taggers ont retrouvé le niveau
d’expression picturale dont est capable le dernier des chimpanzés »[13]
Si l’immigration prend une place importante dans le
discours, elle s’inscrit dans un schéma de pensée plus global qui menace la
France : « Ce
mondialisme qui n’est donc pas, au sens strict, la philosophie sous-tendant le
plus extraordinaire des complots de l’histoire, mais un état d’esprit
entraînant la convergence d’un ensemble puissant de forces. Là est la racine
idéologique, politique, financière, du génocide perpétré contre la France et toutes
les nations « prolétaires »[14]. »
Ce qui s’apparente fortement à un complot : « Technocrates et
députés entendent régir simultanément la politique, l’économique, le social et
le culturel dans l’assujettissement au culte obligatoire et toujours plus exigeant
de la religion des droits de l’Homme. Comment ne pas voir que cet Homme
majusculaire n’existe pas, qu’il n’est que l’idole aux appétits sacrificiels
sans cesse inventés par ses grands-prêtres maçonniques, moderne Baal-Moloch
dans la gueule brûlante duquel l’on déverse les enfants de l’avortement et
autour duquel se déroulent les scènes orgiaques financées par les Carthaginois
du Ministère de la Culture »[15]. Ce complot a un but : « Comment ne pas deviner alors que derrière l’idolâtrie
moderne de la démocratie, derrière la religion démocratique bonne pour la
multitude, il y a une secrète religion
qui n’est pas démocratique ? Cette secrète religion que nous
qualifierons donc de religion de Babel
veut naturellement en finir avec la religion chrétienne »[16]. Satan, auquel il fait référence à
plusieurs reprises, est bien à l’œuvre, tout comme les Francs-Maçons :
«J’en viens au Président candidat (Mitterand). Personnage belphégoresque
se façonnant de plus en plus une tête énigmatique de grand maître des compagnons
de Baal. Nul mieux que lui, il est vrai, n’aura illustré combien le socialisme
est un nihilisme, la manifestation de l’instinct de mort des hommes désabusés
et des sociétés vieillissantes. Observez sa fascination pour les tombeaux, les
pyramides, les nécropoles de toutes sortes. Ceci s’inscrit bien dans la
tradition maçonnique du goût des ténèbres (…) »[17].
Le tableau
ne serait évidemment pas complet si l’anticommunisme n’était pas présent. Qui
permet en citant le chiffre minimum de 200 millions de mort du au Communisme de
défendre comme exact la phrase décrié de Jean-Marie Le Pen sur le « point
de détail »[18].
Anticommunisme qui permet au passage de distiller un doute sur la Résistance et
d’amorcer une réhabilitation de l’extrême droite des années 30 et
40 : « Il faut se souvenir certes des Juifs et des Gitans, des
Ukrainiens, des Polonais et de tous les hommes qui moururent dans l’univers
concentrationnaire national-socialiste. Mais, alors que l’on veille
soigneusement à faire défiler le monde entier à Auschwitz, on efface toute
trace des camps de la mort soviétiques et, de l’Indochine à Cuba, de la Chine à
l’Ethiopie, le film sans fin des massacres commis au nom de la justice
communiste se fond déjà dans le brouillard opaque d’une mémoire historique
parfaitement sélective (…) Aussi, alors que les « collabos » du
nazisme, réels ou désignés comme tels, furent condamnés aux plus durs
châtiments et pour le moins à la relégation et au silence définitif, ceux du
communisme ne cessent d’occuper les médias »[19].
C’est ainsi aussi que l’auteur fait référence lorsqu’il abord la question
sociale au premier directeur du Commissariat général aux questions juives de
Vichy : « Or, pendant que la révolution politique met à bas toute
législation du travail protectrice, la révolution industrielle organise
l’accroissement du nombre des ouvriers et leur paupérisation. Dans le cadre de
cette étude, il n’est pas possible de rappeler, même à grands traits, plus d’un
siècle d’histoire sociale et syndicale. L’admirable ouvrage de Xavier Vallat, La croix, des lys et la peine des hommes,
sous-titré « la droite à la pointe du combat social », en constitue
une excellente présentation »[20]
Un réactionnaire
fidèle aux « lois naturelles »
Le rejet de la Révolution française est bien entendu présent,
comme celui du philosophe Rousseau, chez celui qui proposa en 1988 au parlement
européen une résolution contre les célébrations du bicentenaire de 1789 :
«On le sait bien, au centre Charlier comme à Chrétienté-Solidarité, notre cœur
et notre sympathie historique vont aux Chouans et aux martyrs de la Révolution
plutôt qu’aux assassins des colonnes infernales et aux buveurs de sang des
journées de guillotine »[21].
Et Antony de prendre des accents maurassiens : « Mais, qu’on y prête attention, la
considération du passé monarchique de la France interdit de le dissocier de son
passé chrétien. La monarchie, répétons-le, a conditionné : c’est-à-dire,
entre autres, permis, protégé, favorisé l’apostolat de l’Eglise catholique.
Mais le contraire est encore plus vrai. Nos rois ont été d’autant plus rois
qu’ils avaient la forte conscience d’exercer la lieutenance du Royaume par
délégation de Notre Seigneur Jésus-Christ. »[22].
Vatican II est une erreur monstrueuse pour Bernard Antony : “Le
concile fut à l’Eglise ce que furent les Etats Généraux à la Monarchie. Il ne
fit en somme que conclure une évolution de l’Eglise marquée par la corrosion de
la doctrine et de l’esprit catholique par le modernisme mais aussi par la
démission toujours plus accentuée de ceux qui auraient dû faire face. »[23]
Par ce concile, c’est l’héritage nocif de la Révolution française qui s’infiltre
jusqu’au sein de l’Eglise catholique : “Le
démocrate chrétien, hélas, n’a pas cru bon de christianiser la démocratie,
c’est-à-dire d’en fixer les règles du jeu dans les limites de la soumission des
lois aux impératives du Décalogue. Au contraire, il a prétendu démocratiser le
christianisme. C’est-à-dire soumettre la religion, et donc sa morale, aux
variations de l’opinion. En un mot, un christianisme qui serait au jour le jour
adapté selon les sondages de la Sofres… »[24].
Avec cet extrait on touche un point central de la vision du monde de Bernard
Antony. Une vision du monde dictée par le décalogue : « Ainsi l’attachement aux droits de
l’homme remplace l’observation de la loi naturelle, les variations
démocratiques sur le bien et le mal se substituent au Décalogue intangible et,
pour finir, le culte de l’homme qui se croit Dieu remplace celui du Dieu qui
s’est fait homme. »[25] et
qui nous ramène au Darwinisme social, inscrivant ainsi parfaitement le leader
de Chrétienté-Solidarité dans notre chronique : « Nos prêtres sont là d’abord pour nous
dire pourquoi nous vivons et mourrons, pour nous dire Dieu et l’amour de Dieu,
pour nous appeler à la charité, pour nous dire, et c’est cela la doctrine
sociale de l’Eglise, que du Décalogue découlent les lois naturelles dont
l’oubli par les sociétés entraîne inéluctablement leur mort.»[26]
Notes
[1] Voir La pensée
« contrerévolutionnaire »in
A-M n°36 d’avril-mai-juin 2006. En dehors de la France voir L’extrême
droite n’a jamais cessé d’exister in A-M
n°32 d’avril-mai-juin 2005 et La
spiritualité au cœur de la doctrine in A-M
n°61 de juillet-août-septembre 2012
[2] Voir Quand la résistance et le droit
d’insurrection sont-ils justifiés ? in A-M n°55 de janvier-février-mars 2011
[3] Voir La tendance païenne
de l’extrême droite in A-M n°38
d’octobre-novembre-décembre 2006
[4] Bernard
Antony, Combats pour mon pays,
Limoges, édition de Présent, 1994, 426 p.
[5] Voir L’idéologie derrière la carte postale in A-M n°62 d’octobre-novembre-décembre 2012
[6] P.28
[7] P.34
[8] P.22
[9] P.289.
[10] P.143
[11] P.272. Voir Danger :
Invasion ! in A-M n°22
de juillet-août-septembre 2002
[12] P.114
[13] P.382
[14] P.42
[15] P.152
[16] P.182
[17] P.70
[18] Voir Retour sur le discours du fondateur de la dynastie Le Pen in A-M n°56 d’avril-mai-juin 2011
[19] P.365. Voir Le
« résistantialisme », un équivalent au négationnisme in A-M n°44 d’avril-mai-juin 2008
[20] P.223
[21] P.197
[22] P.56. Voir De l’inégalité
à la monarchie in A-M n°33 de
juillet-août-septembre 2005,
[23] P.96
[24] P.95
[25] P.30
[26] P65
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