vendredi 20 septembre 2013

Entrer en résistance contre le système, une exigence pour les laïques

C'est sous ce titre que je donnerai une conférence à partir de mon livre Vive la sociale

le jeudi 26 septembre 2013 à 19h00

à la Maison de la Laïcité de Binche, Place de l'Europe n°7 à 7131 Waudrez

Jeudi, Septembre 26, 2013 - 19:00
Adresse: 
Maison de la Laïcité de Binche
Place de l'Europe, 7
7131 Waudrez, WHT
Belgique
- See more at: http://www.fdml.be/node/271#sthash.6SjGiJkA.dpuf
Jeudi, Septembre 26, 2013 - 19:00
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Maison de la Laïcité de Binche
Place de l'Europe, 7
7131 Waudrez, WHT
Belgique
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mardi 6 août 2013

Des propos quelques peu actuels

J'ai retrouvé à l'occasion d'un classement une farde de documents dont j'ignore la provenance exacte mais qui sont liés au PWT, le parti wallon des travailleurs. Un parti qui dès sa création en 1964 ne réalise pas son objectif de constituer un parti de masse à la gauche du PS mais se retrouve très faible numériquement, alors qu'il est issu à l'origine de la tendance du gauche du PSB. Une nouvelle fois, ce que nous montrions dans un colloque à Rouen avec Jean Faniel (communication La gauche "extrême" en Belgique : du Parti libéral à la gauche anticapitaliste) se concrétise : une tendance importante en interne perd le gros de ses forces et de ses personnalités porteuses quand elle tente une aventure en solo.
Avant de déposer ces documents pour archivage à l'IHOES, je les ai parcouru, notamment un texte de 23 pages datés de septembre-octobre 1969 qui est une longue réponse à une divergence interne avec la section du Brabant Wallon.
Ci-dessous quelques extraits qui font un échos interpellant à des questions et/ou situations actuelles.

p.2: "La démoralisation nous a marqués comme toutes les tendances du mouvement ouvrier en Wallonie. Il faut remarquer, par exemple, qu'aujourd'hui à Liège, le MPW n'a plus aucune vie, le PC n'est plus à même d'organiser d'action autonome un peu étoffée et n'a plus qu'une organisation de jeunesse squelettique qui n'intervient même pas dans le milieu étudiant, que la réunion constitutive d'"objectif 72", qui visait un large rassemblement de gauche à Liège, n'a réuni qu'une centaine de participants, qu'une assemblée générale importante du secteur enseignement de la CGSP n'attire qu'une quarantaine de membres, que la réunion constitutive du Front anti-Otan n'a réuni que 8 personnes, que tout mouvement maoïste a complètement disparu dans la région (...)"

pp.5-6: "Beaucoup de ceux qui avaient assisté à l'assemblée constituante de décembre 1964 rentrèrent dans le rang ou abandonnèrent toute velléité d'action politique. Dès 1965, il était clair que les divisions et les défections allaient empêcher (...) un parti à base de masse se situant à gauche du PSB et du PCB et capable d'évoluer, en cas de crise sociale, vers un parti révolutionnaire"

p.8: (sur la question des masses que l'on désire toucher mais qui ne suivent pas): "S'agit-il des travailleurs qui votent pour le PSB et ont confiance en Collard ou en Simonet ? Mais alors, ne faudrait-il pas rentrer au PSB ? S'agit-il des communistes roses du PCB ? ou de la demi-douzaine de groupuscules maoïstes ? ou des 5 derniers fidèles de Grippa ? Faut-il les rejoindre ? A moins que ce ne soient les petits-bourgeois et les travailleurs essentiellement anti-flamands qui suivent Perin et Duvieusart ? Ou les organisations du MOC encore toujours contrôlées par le PSC ? Ou alors la grande masse des travailleurs démoralisées par tous ceux-là et qui ne croient plus à rien d'autre qu'à une solution individuelle de leurs problèmes ? S'agit-il par contre de ceux qui ne se sont jamais intéressés à la politique et ne s'adonnent qu'au sport commercialisé et aux autres formes d'abrutissement des travailleurs ?"

p.8: "L'expérience montre que les collaborations gouvernementales, sans aucun profit pour les travailleurs, créent chez ceux-ci un malaise qui peut se transformer en réaction salutaire et secouer les appareils. Ce fut le cas par exemple en 1958, après la défaite électorale socialiste, qui suivit quatre années de gouvernement Van Acker. Le congrès du PSB de décembre 1958 vit les incidents fameux d'une offensive de gauche dirigée par les "renardistes". Ceux-ci apparaissaient comme une direction de rechange au mouvement ouvrier. André Genot déchainait l'enthousiasme, en dénonçant en termes éloquents la "mayonnaise de crevettes sans crevettes" des réalisations gouvernementales"

p.10: "Faire confiance à un groupe d'étudiants qui se contente de critiquer la bureaucratie syndicale sans avoir la possibilité forcément de mener la lutte à l'intérieur des entreprises et de proposer des candidats aux élections syndicales de base, c'est croire qu'on pourra téléguider de l'extérieur les luttes ouvrières et qu'une pure propagande intellectuelle peut bouleverser de l'extérieur un syndicat dont les travailleurs ne peuvent de toute manière se passer sans perdre rapidement les droits acquis à l'intérieur du régime actuel"

p.11: "Les fronts peuvent être utiles mais ils sont très difficiles à construire et donc peu efficaces, dans les périodes de recul de la combativité ouvrière, parce qu'ils se constituent à la tête et rassemblent des groupes qui, en ces périodes, ne sont plus capables de mobiliser une base démoralisée"
puis plus loin sur les groupes-collectifs hétéroclites/pluralistes : " on y rencontre surtout des gens qui hésitent éternellement entre toutes les formations politiques, des puristes qui n'en trouvent jamais aucune à leur goût ou des éléments déçus, victimes d'appareils syndicaux ou politiques et incapables de dépasser leur juste rancœur pour participer avec dynamisme à la construction d'une organisation nouvelle"

vendredi 19 juillet 2013

Connexion sur la République

J'étais donc un des invités de l'émission radio Connexion ce matin. Sujet "La République".
Cette émission peut être écoutée en podcast ici
Une belle expérience où j'ai le sentiment d'avoir réussi à exposer mes arguments malgré le format de l'émission qui ne permet que des prises de parole très courtes.

mercredi 17 juillet 2013

La « démocratie autoritaire » pour le bien des travailleurs

Cet article est paru dans le n°65  de juillet-septembre 2013 d'Aide-Mémoire, p.11



Pour notre 50e chronique sur le décryptage de l’idéologie d’extrême droite[1] nous avons choisi de lier nos deux thèmes de recherche depuis une quinzaine d’années. Nous avons donc sélectionné un ouvrage abordant le Fascisme italien mais également la question du syndicalisme. Ce choix s’est d’autant plus imposé à moi qu’une publication récente marquée bien à droite révélait en creux une vision du rôle du syndicat dans la société au final guère éloignée de la vision décrite ci-dessous.

Une contextualisation nécessaire
La question d’une extrême droite proche des travailleurs et qui serait là pour les défendre est un thème que nous avions déjà abordés dans un texte basé sur plusieurs brochures[2]. Nous y avions déjà relevé que, en Italie, le Fascisme a servi à ses débuts à casser les grèves et à fournir des troupes pour combattre les Rouges. Cette dimension antisyndicale des origines est à garder à l’esprit lorsque l’on prend connaissance de l’ouvrage de propagande de Louis De Pace vantant Les conquêtes syndicales de l’ouvrier italien[3]. Un autre point important, est le fait que l’Italie de Mussolini est un régime politique particulier. L’auteur le reconnaît d’ailleurs et le défend au nom du droit de chaque peuple de pouvoir choisir son mode de gouvernement : « Quand les chefs des régimes autoritaires sont accueillis par les manifestations imposantes et enthousiastes du peuple, on ne saurait dire sérieusement qu’ils sont des tyrans (…) La nécessité d’une autorité au sommet, de l’ordre et de l’obéissance en bas, se fait sentir dans tous les pays. L’absence de l’autorité, là où elle se manifeste, entraîne des conséquences très graves dans l’intérêt de la chose publique, aussi bien du point de vue économique et social que du point de vue moral et politique »[4]. C’est ainsi que le livre a, significativement, un premier chapitre intitulé « Démocratie autoritaire » où le pouvoir du peuple a été librement délégué au parti et à son chef. Le rôle central du parti est plusieurs fois affirmé : « Le Parti, selon, du reste, son statut en droit public, est l’animateur, le cœur, le guide des syndicats, comme de toute autre institution nationale.»[5].

Une réalité sociale…
C’est donc à une description assez fouillée du fonctionnement du syndicalisme italien que nous invite l’auteur qui consacre la fin de son livre à la publication des principaux textes qu’il cite. C’est par une loi, prise le 3 avril 1926, que la question a été réglée. Le rôle du syndicat est clairement défini. Il ne fait pas de politique, mais « Le Syndicat est appelé, par sa structure même, à réaliser un programme d’assistance, pour mériter la reconnaissance juridique qui le consacre organe de droit public. L’assistance devient un devoir de la part du Syndicat et un droit pour le travailleur. Ainsi l’on dépasse tout concept de charité et de philanthropie pour rentrer dans celui de rapports de devoirs réciproques, et, plus haut encore, de solidarité nationale »[6]. Ce qui passe également par la question du nouveau contrat de travail mis en place par le régime : « L’activité des syndicats est tout entière employée dans la généralisation totalitaire du contrat collectif. Le contenu du contrat est essentiellement de tutelle : protection des salaires, des conditions morales, sanitaires, juridiques, etc… C’est tout le monde du travail qui trouve là sa loi ! »[7]. De Pace insiste sur les résultats obtenus par un gros travail législatif : progrès au niveau des accidents de travail et des maladies professionnelles (principalement la tuberculose), instauration de la journée de 8 heures, instruction obligatoire jusque 14 ans complétée par un effort accru au niveau de l’enseignement professionnel… Et de terminer sur la question du salaire : « Celui-ci (le salaire corporatif), selon la Déclaration XII de la Charte du Travail, doit correspondre « aux exigences normales de la vie, aux possibilités de la production, au rendement du travail ». En cette brève formule, le Statut du Travail renferme peut-être la partie la plus révolutionnaire du système fasciste. Sa reconnaissance dans un statut national est le geste le plus révolutionnaire (au sens concret du mot) des différents mouvements mondiaux des temps modernes »[8]. Le salaire ainsi conçu est un tout intégrant les œuvres sociales, l’école… La réalité est cependant que le travailleur n’a, dans les faits, rien à dire sur la fixation de ce salaire puisqu’il est totalement lié aux besoins de compétitivité de l’état. Inutile, après les mesures d’austérité prise aujourd’hui partout sous couvert de l’Europe, d’expliquer le résultat d’une telle mesure.

… derrière laquelle une vision de la société est présente
Mais très vite, derrière cette description idyllique, la vision fasciste de la société et la perte des libertés apparaît. Une vision qui nie évidemment le concept d’opposition entre les classes sociales pour les placer dans une collaboration totale vu la communauté d’intérêt : « Dans la Révolution fasciste, l’origine et la formation du Syndicat offrent un aspect caractéristique, qu’il convient d’avoir constamment présent à l’esprit. Au lieu de se transformer, comme les autres mouvements ouvriers, en un syndicalisme de classe, il s’intègre dans l’Etat, dont il constitue, au moins pour les trois quarts, la structure et les finalités sociales. (…) Mais l’exacte compréhension de la fonction du syndicat fasciste et de ses résultats ne peut être obtenue qu’en considérant cette union profonde de l’Etat et du Syndicat, qui réalise indubitablement une conquête politique nouvelle dans l’histoire moderne »[9] Afin de s’assurer que le syndicat aura toujours une action qui est subordonnée aux intérêts supérieurs de la Nation, deux mesures sont prises. D’une part : « La reconnaissance juridique signifie qu’un seul syndicat peut être légalement reconnu, même s’il en existe plusieurs pour la même catégorie»[10]. D’autre part les dirigeants des différentes fédérations professionnelles nationales sont désignés par l’Etat : « On a voulu ainsi soustraire les chefs des Confédérations à l’influence des secrétaires fédéraux, sur lesquels ils sont appelés à exercer une autorité de direction et de contrôle ; et on a voulu donner au gouvernement, au nom du principe hiérarchique qui préside à tout ce qui touche au régime, la possibilité d’une union étroite avec les grandes organisations du travail »[11]. Mais au-delà, sans même entrer dans la réalité cachée par la propagande, mais en restant uniquement sur ce que le livre de De Pace nous dit, on constate que les progrès obtenus le sont sous contrôle. Ainsi « Le livret de travail a été institué obligatoirement par la loi du 10 janvier 1935, n°112, afin qu’aucune catégorie n’en soit privée »[12]. Soit la réapparition d’un des principaux moyens de contrôle que la lutte du mouvement ouvrier avait réussi à abolir dès fin du 19e en Belgique. Comme déjà évoqué cette réalité est due à un système corporatif qui, discours toujours très à la mode à Droite aujourd’hui, veut étouffer les légitimes revendications des travailleurs sous prétexte d’une nécessaire unité nationale qui n’a jamais servi qu’à assoir le pouvoir des possédants. : « L’ouvrier italien est national : il a répudié, et pour toujours, l’évangile marxiste, qui voulait en faire le « frère » de l’ouvrier étranger et l’ennemi mortel de l’employeur de son propre pays (…) Salariés et employeurs vivent dans la nation et des ressources de la nation et ont, par suite, un intérêt solidaire à accroître, par le potentiel du travail, les richesse de la nation. Donc, pas de luttes entre eux, mais une collaboration constante »[13]

Une vision d’extrême droite bien présente
Plus largement, le livre permet également d’aborder des aspects plus transversaux de l’idéologie d’extrême droite. La fonction autoritaire a déjà été évoquée. On retrouve donc logiquement le refus du parlementarisme : « Il est à peine nécessaire de relever que le « Parlement » n’existe désormais que sous la forme du « parlementarisme » : nous voulons dire que les partis, les factions, les intérêts particuliers (souvent illicites) en ont fait l’instrument de leurs spéculations. Partis et affaires, sur lesquels les masses sont peu consultées, se partagent le pouvoir. Le parlementarisme est dominé, comme cela est établi chaque jour davantage, par une ploutocratie, qui tend à réfréner l’ascension des classes travailleuses »[14]. À l’inverse, la société fasciste propose un modèle complet basé sur les améliorations matérielles : « Les chômeurs des pays pauvres pensent qu’une nouvelle redistribution des terres et des matières premières serait le premier et le plus efficace facteur de travail, de pain, de bien-être pour tous. Voilà pourquoi l’Italie a donné (guerre d’Ethiopie et Sanctions, années 1935-1936) l’exemple du déplacement de la lutte des classes (nation pauvre contre nations riches) sur le plan international. (…) les ouvriers italiens ont mis ce problème à l’ordre du jour et ils ont identifié leurs intérêts particuliers avec les intérêts collectifs d’une Nation qui a besoin d’expansion pour donner du travail à ses propres enfants »[15]. Mais qui travaille également (voire surtout) sur la conquête idéologique. Ainsi avec les organisations de jeunesse : « L’œuvre Balilla ouvre aussi la voie aux formations prémilitaires et à la Milice Volontaire Fasciste. Nous avons déjà signalé comment elle sert à l’instruction professionnelle ; en général, on peut dire qu’elle est une excellente école préparant à la vie, et qui, dans son travail, participe intimement à l’âme de la nation. »[16]. L’idéologie passe aussi par le vocabulaire, comme dans cet exemple abordant le contrôle effectué sur les Italiens vivants à l’étranger particulièrement éclairant sur l’importance des mots : « Les travailleurs ont ainsi encore réalisé une conquête de signification nationale : s’ils sont toujours contraints à sortir hors des frontières, ils ne seront plus des « émigrants », mais des « Italiens à l’étranger », parce que l’Italie entend demeurer toujours en eux et avec eux. Naturellement, les organisations suivent avec soin ces travailleurs à l’étranger, qui trouvent dans les Faisceaux leurs centres de réunion et défense »[17]
Au final, la fonction du syndicalisme dans l’Italie fasciste n’est clairement plus la défense des travailleurs : « On pourra juger plus ou moins complètement atteints les buts que l’Etat fasciste se propose dans le domaine des activités syndicales et sociales ; mais nul ne pourra sérieusement nier que les travailleurs soient devenus des membres de la société nationale, dans laquelle ils voient le lien idéal et concret de leurs réalisations ; qu’ils aient changé le vieil instinct égoïste de classe contre une foi, qui en fait les meilleurs artisans de la puissance italienne. Le syndicat fasciste tourne toute son activité vers le rapprochement des distances entre les classes, ou mieux, entre les rangs sociaux. Mais il est un domaine, quoi qu’il soit peut-être le plus difficile, où les distances sont déjà effacées. C’est celui de la différence des mœurs, des habitudes, des usages et (pour dire en un seul mot), de mentalité »[18]. Et cela dans une vision nostalgique de la Rome antique, présente partout dans les écrits fascistes et qui constituait un ciment idéologique en ce qu’il était l’horizon de projection : « C’est dans les terres de l’Empire d’Ethiopie que se manifeste le plus pleinement la communion de l’esprit militaire, de la mission du travail et de la morale familiale. L’Italie est peut-être la seule nation capable de créer une milice armée du travail, c’est-à-dire d’organiser les colons et les travailleurs du nouvel empire en des formations de Milice Volontaire Fasciste. On dit qu’elle reprend ainsi la tradition des légionnaires romains (…) »[19]


[1] Le premier texte est paru dans le n°16 d’Aide Mémoire de janvier-février-mars 2001 et était intitulé Ref. L'espoir wallon. Histoire du mouvement (1995-1998).
[2] Force, joie et travail ! in A-M n°45 de juillet-août-septembre 2008
[3] Louis De Pace, Les conquêtes syndicales de l’ouvrier italien, Collection d’études syndicales et coopératives, Paris, Nouvelles éditions latines – Fernand Sorlot, 1937, 199 p.
[4] P.13
[5] Pp.33.
[6] P.111
[7] P.67
[8] P.132
[9] P.23
[10] P.50
[11] P.35
[12] P.131
[13] Pp.59-60
[14] P.25
[15] P.81
[16] P.147
[17] P.92
[18] P.153
[19] P.147

jeudi 20 juin 2013

Infrabel préfère la délation à l'investissement

Reçu cette semaine un document, déposé directement dans ma boite aux lettres et non envoyé par la poste, d'Infrabel.
Ce qui se présente comme une affiche est intitulé "les vols de câbles près de chez vous : une facture douloureuse" et m'explique de manière chiffrée que j'ai 6.718.067 bonnes raisons d'agir avec un vibrant appel "Aux actes citoyens".
Comment ?
En signalant via un 0800 tous faits suspects le long des voix de chemin de fer.

Il se fait en effet que j'habite à proximité d'une ligne de chemin de fer. Mais pas seulement. J'habite à proximité d'une gare qui est toujours un arrêt pour les naveteurs avec un train par heure. Cette gare était encore il y a quelques années non seulement un point d'arrêt, mais une vraie gare avec du personnel permettant d'acheter un ticket, d'avoir des renseignements... Une gare dotée d'une cafétaria et qui fut longtemps un point de départ pour les personnes partant en vacances avec une formule mettant la voiture sur le train (voir sur son histoire l'article de Pierre Eyben sur le chainon manquant).

Mais depuis les restrictions budgétaires sont arrivées, il a fallu être compétitif. Le résultat concret est l'abandon d'un bâtiment qui se dégrade et devient un chancre urbain insécurisé malgré quelques menus travaux faisant plus l'effet d'un emplâtre sur une jambe de bois. Un bâtiment qui fut occupé il y a quelques années par des réfugiés organisés collectivement. Cette occupation avait redonnée un peu de vie au quartier et sécurisait la gare. Mais Infrabel a estimée que les réfugiés, après plusieurs mois, devaient partir car elle avait besoin du bâtiment. Depuis nous sommes comme soeur anne et nous voyons cette gare continuer à pourrir sur place. L'arrivée du dépôt du tram y changera peut-être quelque chose ?

Mais ce qui est certain, c'est que si une activité de service public avait été maintenue dans la gare, il n'y aurait pas besoin d'appeler à la délation les riverains.

mercredi 19 juin 2013

La loi du décalogue



Cet article est parue dans le n°64 d'Aide-Mémoire d'avril-juin 2013, p.11
 
Les actions dans le cadre de la mobilisation contre le mariage pour tous en France ont remis à l’avant plan l’existence d’une droite catholique dure. Au sein de celle-ci, on retrouve des composantes bien connues de l’extrême droite. L’occasion pour nous d’analyser le discours d’un des principaux représentants de cette tendance.

L’extrême droite Catholique

Bernard Antony est maintenant un vieux routier de la droite catholique extrême française[1]. Né en 1944 il milite dès ses études dans des mouvements liés à l’OAS[2]. Actif dans le mensuel, puis quotidien, d’extrême droite Présent, il est surtout le président de Chrétienté-Solidarité et de L'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (AGRIF). Député européen du Front National, il reste fidèle à Jean-Marie Le Pen lors de la scission de Bruno Mégret rejettant notamment le paganisme incarné par Pierre Vial[3]. Il rompt avec le Front National en 2009 pour participer à la création du Parti de la France qu’il quitte l’année suivante quand celui-ci se rapproche de Pierre Vial. Depuis il concentre ses activités dans l’animation de ses mouvements et dans l’écriture d’ouvrage aux titres aussi explicite que Vérité sur la Franc-Maçonnerie ou L’identité nationale et l’Islam, tous deux publiés aux éditions Godefroy De Bouillon, un nom limpide sur la couleur politique de l’éditeur.
Combats pour mon pays[4] est un volumineux recueil de textes reprenant 15 ans de militantisme politique publié en 1994 dont le 4e de couverture, qui présente son auteur, est typique du discours d’extrême droite : « Bernard Antony n’est pas un homme de cabinet. Il n’élabore pas dans le secret des clans et des mafias, des plans, des théories, des tactiques. Agissant à ciel ouvert, il laisse parler son cœur. Et il nourrit son nationalisme à la française, qui est le contraire d’un repli égoïste sur soi-même, à l’empirisme de voyages à hauts risques accomplis là où les hommes se dressent, résistent, se battent. Et en meurent, parfois. ». Le riche cahier photos présent au centre du livre permet déjà de bien saisir le positionnement politique d’Antony que l’on voit au côté de franquiste espagnol[5], de membre des Contras, en Lituanie, en Croatie et auprès des catholiques libanais.
Si la posture de l’auteur relève de la tradition d’extrême droite, il en est de même de l’idée générique que la France est au bord du gouffre : « Car si nous ne reconnaissons plus la France et les Français, c’est que ce sont toutes les composantes de leur être, spirituelles, intellectuelles et physiques qui ont été touchées »[6] car « Oui, par la contraception, par l’avortement, par la pornographie, par l’immigration, la survie physique du peuple français est menacée »[7]. En lien avec les manifestations actuelles, soulignons donc que Bernard Antony lutte depuis le départ contre l’IVG : « Au train où vont les choses, en 10 ans, dans le seul avortoir de ce seul hôpital la France aura subi plus de pertes que dans la guerre d’Algérie… IVG : cela passe mieux qu’avortement. Quand on se contente de prononcer les trois lettres, cela donne même un petit piment technico-scientifique. »[8]. Le positionnement ultra-catholique sur lequel nous reviendrons, se marque également par des actions contre la diffusion du film La Dernière tentation du Christ et par une défense de l’enseignement privé : « Rien ne pourra fondamentalement et durablement être sauvé dans le pays de France tant que la séparation de l’école et de l’Etat n’aura pas été effectuée, tant que le grand air de la vraie liberté ne circulera pas dans les œuvres d’éducation. De même que nous sommes pour l’autogestion du salaire par le salarié, nous sommes pour l’autogestion de l’éducation et des enseignements par les parents, les communautés naturelles ou professionnelles »[9]
 
Immigration, anticommunisme, antimaçonnisme… des thèmes très « classiques »

Au fil des articles compilés, au demeurant très redondants, c’est dans un style guerrier, très incisif et ne se préoccupant pas toujours de nuance que l’auteur égrène les thèmes classiques de l’extrême droite auxquels les lecteurs de cette chronique sont maintenant habitués.
L’immigration tout d’abord qui permet de rendre hommage au président du FN : « J’en suis persuadé, le peuple unanime reconnaîtra un jour quel service Jean-Marie Le Pen aura rendu à la France en disant le premier, avec le talent, l’intelligence et la force qui le caractérisent, l’immense danger que constituait l’immigration »[10]. Ce danger est pour lui très concret : « Aussi, le flot d’immigration qui aujourd’hui vient, disons de Bab el Oued (la porte de la rivière en français), pour prendre un exemple symbolique, s’amplifie en un immense torrent, une formidable vague déferlante qui menace d’engloutir notre civilisation, notre France, nos libertés, notre identité. Et cela d’autant plus facilement que les Français ont hélas abdiqué leur souveraineté nationale »[11]. Il permet également de stigmatiser l’adversaire : « N’auraient-ils pas mieux fait, lui et ses amis, de combattre le port ostentatoire de la main de fatma de SOS Racisme dont la signification était pourtant lourde de conséquences. Qui se souvient en effet que la main de fatma que l’on trempait dans le sang des chrétiens égorgés était naguère apposée sur les églises vouées à la destruction ou à la transformation en mosquée »[12]. Ce n’est donc pas n’importe quelle immigration qui est visée, mais essentiellement celles des personnes de religion musulmane. Le tableau est noirci sans nuance avec un discours au connotation clairement raciste : « De fait, la tribalisation de la planète s’accentue. Certes, les hommes pour la plupart ne vivent plus dans des grottes ou sous des tentes mais de plus en plus dans les parkings ou les souterrains des grands ensembles. Les clans et les bandes ethniques issus des ghettos ethniques se taillent des territoires de chasse. Sur les murs, ils laissent les traces de ce qu’ils sont et de ce à quoi ils aspirent. Il s’agit là d’une formidable régression, sans doute de plus de soixante siècles. Il existe toutefois entre les nouveaux barbares de ces nouvelles tribus et les barbares préhistoriques une formidable différence (…) Nos lointains ancêtres étaient en puissance porteurs de toute l’avancée de la civilisation au cours des siècles. Les pauvres taggers ont retrouvé le niveau d’expression picturale dont est capable le dernier des chimpanzés »[13]
Si l’immigration prend une place importante dans le discours, elle s’inscrit dans un schéma de pensée plus global qui menace la France : « Ce mondialisme qui n’est donc pas, au sens strict, la philosophie sous-tendant le plus extraordinaire des complots de l’histoire, mais un état d’esprit entraînant la convergence d’un ensemble puissant de forces. Là est la racine idéologique, politique, financière, du génocide perpétré contre la France et toutes les nations « prolétaires »[14]. » Ce qui s’apparente fortement à un complot : « Technocrates et députés entendent régir simultanément la politique, l’économique, le social et le culturel dans l’assujettissement au culte obligatoire et toujours plus exigeant de la religion des droits de l’Homme. Comment ne pas voir que cet Homme majusculaire n’existe pas, qu’il n’est que l’idole aux appétits sacrificiels sans cesse inventés par ses grands-prêtres maçonniques, moderne Baal-Moloch dans la gueule brûlante duquel l’on déverse les enfants de l’avortement et autour duquel se déroulent les scènes orgiaques financées par les Carthaginois du Ministère de la Culture »[15]. Ce complot a un but : « Comment ne pas deviner alors que derrière l’idolâtrie moderne de la démocratie, derrière la religion démocratique bonne pour la multitude, il y a une secrète religion qui n’est pas démocratique ? Cette secrète religion que nous qualifierons donc de religion de Babel veut naturellement en finir avec la religion chrétienne »[16]. Satan, auquel il fait référence à plusieurs reprises, est bien à l’œuvre, tout comme les Francs-Maçons :  «J’en viens au Président candidat (Mitterand). Personnage belphégoresque se façonnant de plus en plus une tête énigmatique de grand maître des compagnons de Baal. Nul mieux que lui, il est vrai, n’aura illustré combien le socialisme est un nihilisme, la manifestation de l’instinct de mort des hommes désabusés et des sociétés vieillissantes. Observez sa fascination pour les tombeaux, les pyramides, les nécropoles de toutes sortes. Ceci s’inscrit bien dans la tradition maçonnique du goût des ténèbres (…) »[17].
Le tableau ne serait évidemment pas complet si l’anticommunisme n’était pas présent. Qui permet en citant le chiffre minimum de 200 millions de mort du au Communisme de défendre comme exact la phrase décrié de Jean-Marie Le Pen sur le « point de détail »[18]. Anticommunisme qui permet au passage de distiller un doute sur la Résistance et d’amorcer une réhabilitation de l’extrême droite des années 30 et 40 : « Il faut se souvenir certes des Juifs et des Gitans, des Ukrainiens, des Polonais et de tous les hommes qui moururent dans l’univers concentrationnaire national-socialiste. Mais, alors que l’on veille soigneusement à faire défiler le monde entier à Auschwitz, on efface toute trace des camps de la mort soviétiques et, de l’Indochine à Cuba, de la Chine à l’Ethiopie, le film sans fin des massacres commis au nom de la justice communiste se fond déjà dans le brouillard opaque d’une mémoire historique parfaitement sélective (…) Aussi, alors que les « collabos » du nazisme, réels ou désignés comme tels, furent condamnés aux plus durs châtiments et pour le moins à la relégation et au silence définitif, ceux du communisme ne cessent d’occuper les médias »[19]. C’est ainsi aussi que l’auteur fait référence lorsqu’il abord la question sociale au premier directeur du Commissariat général aux questions juives de Vichy : « Or, pendant que la révolution politique met à bas toute législation du travail protectrice, la révolution industrielle organise l’accroissement du nombre des ouvriers et leur paupérisation. Dans le cadre de cette étude, il n’est pas possible de rappeler, même à grands traits, plus d’un siècle d’histoire sociale et syndicale. L’admirable ouvrage de Xavier Vallat, La croix, des lys et la peine des hommes, sous-titré « la droite à la pointe du combat social », en constitue une excellente présentation »[20]

Un réactionnaire fidèle aux « lois naturelles »

Le rejet de la Révolution française est bien entendu présent, comme celui du philosophe Rousseau, chez celui qui proposa en 1988 au parlement européen une résolution contre les célébrations du bicentenaire de 1789 : «On le sait bien, au centre Charlier comme à Chrétienté-Solidarité, notre cœur et notre sympathie historique vont aux Chouans et aux martyrs de la Révolution plutôt qu’aux assassins des colonnes infernales et aux buveurs de sang des journées de guillotine »[21]. Et Antony de prendre des accents maurassiens : « Mais, qu’on y prête attention, la considération du passé monarchique de la France interdit de le dissocier de son passé chrétien. La monarchie, répétons-le, a conditionné : c’est-à-dire, entre autres, permis, protégé, favorisé l’apostolat de l’Eglise catholique. Mais le contraire est encore plus vrai. Nos rois ont été d’autant plus rois qu’ils avaient la forte conscience d’exercer la lieutenance du Royaume par délégation de Notre Seigneur Jésus-Christ. »[22]. Vatican II est une erreur monstrueuse pour Bernard Antony : “Le concile fut à l’Eglise ce que furent les Etats Généraux à la Monarchie. Il ne fit en somme que conclure une évolution de l’Eglise marquée par la corrosion de la doctrine et de l’esprit catholique par le modernisme mais aussi par la démission toujours plus accentuée de ceux qui auraient dû faire face. »[23]
Par ce concile, c’est l’héritage nocif de la Révolution française qui s’infiltre jusqu’au sein de l’Eglise catholique : “Le démocrate chrétien, hélas, n’a pas cru bon de christianiser la démocratie, c’est-à-dire d’en fixer les règles du jeu dans les limites de la soumission des lois aux impératives du Décalogue. Au contraire, il a prétendu démocratiser le christianisme. C’est-à-dire soumettre la religion, et donc sa morale, aux variations de l’opinion. En un mot, un christianisme qui serait au jour le jour adapté selon les sondages de la Sofres… »[24]. Avec cet extrait on touche un point central de la vision du monde de Bernard Antony. Une vision du monde dictée par le décalogue : « Ainsi l’attachement aux droits de l’homme remplace l’observation de la loi naturelle, les variations démocratiques sur le bien et le mal se substituent au Décalogue intangible et, pour finir, le culte de l’homme qui se croit Dieu remplace celui du Dieu qui s’est fait homme. »[25] et qui nous ramène au Darwinisme social, inscrivant ainsi parfaitement le leader de Chrétienté-Solidarité dans notre chronique : « Nos prêtres sont là d’abord pour nous dire pourquoi nous vivons et mourrons, pour nous dire Dieu et l’amour de Dieu, pour nous appeler à la charité, pour nous dire, et c’est cela la doctrine sociale de l’Eglise, que du Décalogue découlent les lois naturelles dont l’oubli par les sociétés entraîne inéluctablement leur mort.»[26]

Notes

[1] Voir La pensée « contrerévolutionnaire »in A-M n°36 d’avril-mai-juin 2006. En dehors de la France voir L’extrême droite n’a jamais cessé d’exister in A-M n°32 d’avril-mai-juin 2005 et La spiritualité au cœur de la doctrine in A-M n°61 de juillet-août-septembre 2012
[2] Voir Quand la résistance et le droit d’insurrection sont-ils justifiés ? in A-M n°55 de janvier-février-mars 2011
[3] Voir La tendance païenne de l’extrême droite in A-M n°38 d’octobre-novembre-décembre 2006
[4] Bernard Antony, Combats pour mon pays, Limoges, édition de Présent, 1994, 426 p.
[5] Voir L’idéologie derrière la carte postale in A-M n°62 d’octobre-novembre-décembre 2012
[6] P.28
[7] P.34
[8] P.22
[9] P.289.
[10] P.143
[11] P.272. Voir Danger : Invasion ! in A-M n°22 de juillet-août-septembre 2002
[12] P.114
[13] P.382
[14] P.42
[15] P.152
[16] P.182
[17] P.70
[18] Voir Retour sur le discours du fondateur de la dynastie Le Pen in A-M n°56 d’avril-mai-juin 2011
[19] P.365. Voir Le « résistantialisme », un équivalent au négationnisme in A-M n°44 d’avril-mai-juin 2008
[20] P.223
[21] P.197
[22] P.56. Voir De l’inégalité à la monarchie in A-M n°33 de juillet-août-septembre 2005,
[23] P.96
[24] P.95
[25] P.30
[26] P65