vendredi 3 janvier 2014

Coopératives : une formule du passé pleine d’avenir

Je reproduis ci-dessous un article rédigé par Gabrielle Lefèvre et qui a été publié dans le n°57 d'octrobre-décembre 2013 du Bulletin d'information trimestriel des amis du Monde Diplomatique belge aux pages 6-7. Il s'agit d'une synthèse d'une conférence-débat à laquelle j'avais participé en juin 2013.


Coopératives : une formule du passé pleine d’avenir

Un historien peut aussi tracer la voie pour une réflexion d’avenir ! C’est en tout cas le cas de Julien Dohet, administrateur de l’Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale, auteur du livre « Vive la sociale ! » aux éditions Espace de liberté. Invité par Les Amis du Monde Diplomatique le 3 juin 2013, il évoqua l’histoire des coopératives ouvrières, précurseurs d’un modèle nouveau illustré aujourd’hui par, notamment, la nouvelle banque coopérative NewB.

Retour au début du XXe siècle lorsque quelques travailleurs se mettent ensemble pour faire baisser le prix du pain, effectuent des achats groupés puis instaurent des magasins avec diversification des produits. « Ce sont, explique Julien Dohet (1), les premières coopératives socialistes « horizontales », d’autres étant « verticales » puisqu’elles sont des coopératives de production et donc maîtres des prix, du contrôle économique et de la qualité des produits. Il s’agit, par exemple, des boulangeries coopératives. »

Apparaissent donc des notions d’une grande actualité comme la qualité nutritionnelle, ce que l’on retrouve dans les filières bio de maintenant et la création de coopératives de semences par exemple, la meilleure manière de contrer des monstres économiques comme Monsanto !

« Puis vient la phase de diversification : boulangeries, boucheries, épiceries, magasins généraux et centrales d’achat, cafés, imprimeries au risque de perdre son âme coopérative à cause des impératifs de la diversification. Les Maisons du Peuple deviennent les bastions de la sociabilité du mouvement ouvrier, s’y organise la conscience populaire. »

Comment le capitalisme devint-il victorieux ?

« Cela commence en 1934, raconte Julien Dohet, avec la faillite de la Banque belge du Travail à cause de placements douteux (déjà !). Les coopératives paient les dégâts pour renflouer la banque et disparaissent, exsangues. De ce moment date la loi de 1934 visant à séparer banque de dépôts et banque d’affaire, que l’on aurait bien fait de conserver et l’on aurait évité la catastrophe financière toutes récente !

Après la guerre de 40-45 beaucoup de coopératives disparaissent, affaiblies car elles ont aidé les populations pendant la guerre et parce que les lois commerciales changent et qu’apparaissent les supermarchés. Les coopératives étaient des précurseurs mais elles n’avaient plus d’argent pour investir dans des modernisations comme par exemple des comptoirs frigorifiques, très coûteux. Et l’on assista à des fusions de coopératives avec des grandes surfaces. »

Que nous ont apporté les coopératives d’antan ? « C’étaient des citadelles ouvrières qui assuraient la défense des consommateurs (le test-Achats de l’époque), procuraient des avantages sociaux, de bonnes conditions de travail. Elles étaient des lieux de solidarité lors des grèves come celles des femmes de la FN, pour l’accueil d’enfants réfugiés d’Espagne. C’étaient des écoles de démocratie puisqu’on y appliquait la règle d’un homme une voix alors que le suffrage universel n’existait pas encore. »

Actuellement, les coopératives pourraient-elles changer la société ? Bousculer le système capitaliste ? La question reste posée. (2)

Julien Dohet constate que se créent des coopératives de consommateurs : « des groupes d’achats notamment, et des coopératives de production surtout lorsque des usines font faillites mais celles-ci sont fragiles car il leur manque les moyens financiers importants dont elles ont besoin. Elles sont confrontées aux refus de crédit par les banques, elles permettent cependant de repenser autrement l’économie, d’inciter les gens à devenir « consommacteurs ». »

 Peut-on changer le monde sans prendre le pouvoir ? La réaction du système capitaliste est forte. L’émancipation des travailleurs est-elle possible par l’économie coopérative et l’éducation des clients et du personnel ? Comment gérer cela ? Les coopératives sont en tout cas un terrain d’expérimentation sociale, comme l’interdiction du travail de nuit, la réduction du temps de travail, par exemple…

La New B

103 ONG, plus de 40.000 citoyens ont marqué leur accord et leur participation à la création d’une nouvelle banque, réellement coopérative. La New B, nous a été présentée par Bernard Bayot, président de son Conseil d’administration et directeur du Réseau Financement Alternatif qui, depuis 1987, entend promouvoir l’éthique et la solidarité dans les rapports à l’argent.

« C’est la crise financière de 2007-2008 qui fut le déclencheur de la réflexion sur une indispensable régulation du système financier », dit-il. Les banques sont devenues polyvalentes et même des coopératives ont été attirées par la philosophie de l’argent ce qui a mené à la catastrophe. Des banques coopératives ont ainsi disparu mais, dans divers pays européens, subsistent des banques publiques, des caisses d’épargne, des coopératives. L’enjeu est donc de reconstruire un acteur financier qui aie du poids sur le marché ; Triodos est en effet une trop petite banque pour cela.   Voilà pourquoi nous avons créé New B qui fera de l’épargne et du crédit mais s’interdit les opérations spéculatives, qui aura une forme de coopérative véritable, qui sera une banque locale gérant l’épargne et le crédit locaux dans une optique de développement durable. »

C’est ainsi que fut lancé le mouvement et que la décision de créer cette banque coopérative a été prise lors de l’assemblée générale des coopérateurs le 6 juillet 2013 (date de la journée internationale de la coopération !). A présent, l’étude de faisabilité se poursuit et l’équipe dirigeante élabore un plan d’affaire viable, rassemble le capital, contacte des investisseurs publics et privés afin  d’arriver à une taille significative sur le marché belge et obtenir l’agrément bancaire.

Et comment la banque va-t-elle appliquer ses principes sur la gestion de son  personnel ? « Nous voilons changer le monde financier, répond Bernard Bayot, il n’y aura pas de bonus, la tension salariale sera de 1 à 5 pas plus. Nous voulons que la banque vienne dans les entreprises pour y rencontrer les problèmes des gens. Nous fonctionnerons selon le principe « un homme une voix », les coopérateurs n’auront droit qu’à une seule procuration, il n’y aura pas plus de 6% de dividendes ce qui n’est pas intéressant pour un investisseur spéculatif mais assure la stabilité et nous financerons l’économie locale. De plus, nous fonctionnerons en AG par 3 collèges : un collège sociétal (qui vérifie si l’organisation reste porteuse de ses valeurs), un collège d’investisseurs (les garants au point de vue économique) et un collège ordinaire qui rassemble les autres coopérateurs. Pour chaque décision il faudra 4 majorités : par collège et par AG. Cela évitera les déviances. Quant à la participation des coopérateurs, elle sera assurée par 134 ambassadeurs bénévoles New B, 120 New B Tours dans les quartiers, les communes, les villages, 16  forums locaux. Tous s’appuient sur une plateforme sociale sur internet (3). C’est la démocratie économique jusqu’au bas de l’échelle. Nous voulons éviter le pouvoir d’un conseil d’administration sur une AG. Nous voulons une transparence totale sur les salaires et la politique de crédits. De plus, le comité sociétal élu par l’AG vérifiera l’application de notre charte des valeurs. Enfin, notre espoir est que 100 % du capital de la banque soit détenu par les coopérateurs mais avant d’y arriver, un apport du privé sera nécessaire. »

L’utopie historique prend forme, semble-t-il.

Gabrielle Lefèvre

(1)    Voir le blog de Julien Dohet : http://juliendohet.blogspot.be/

(2)    A ce sujet, voir sur le site de Solidarité des Alternatives Wallonnes et bruxelloises l’analyse de Véronique Huens sur « Les SCOP françaises : un modèle à suivre en Belgique ? » www.saw-b.be

(3)    Facebook : facebook.com/newb.coop
Twitter :
https://twitter.com/NewB_Coop  @NewB_Coop #newbcoop

La restructuration d'ArcelorMittal Liège à travers la caricature

C'est le titre d'une analyse que j'ai publiée sur le site de l'Institut d'Histoire Ouvrière, économique et Sociale (IHOES). Ce texte couvre l'année 2013. à lire ou télécharger en format PDF sur le site de l'Institut via le lien suivant : http://www.ihoes.be/publications_en_ligne.php?action=lire&id=128&ordre=nouveau

vendredi 29 novembre 2013

Le point sur l'enquête sur l'assassinat de Julien Lahaut

La dernière livraison du Bulletin du CEGESOMA (n°46 de novembre 2013, pp.29-30) publie un article d'Emmanuel Gérard qui fait l'état des lieux de la recherche sur l'assassinat de Julien Lahaut (voir sur ce sujet http://juliendohet.blogspot.be/2007/08/lassassinat-de-julien-lahaut.html)
Ce texte souligne tout d'abord que le financement de la recherche, après les péripéties pour son lancement, a été prolongé le 21 février 2013.
Les chercheurs s'orientent clairement vers une confirmation de la piste du réseau anticommuniste à travers la personnalité d'André Moyen et l'existence d'une organisation clandestine anversoise nommée Bloc Anticommuniste Belge qui avait déjà envisagée un attentat contre Lahaut en 1948.
L'auteur de l'article souligne bien que "les liens entre services de renseignements publics et privés, qui semblent échapper à toute forme de contrôle démocratique, nous rappellent la fragilité de la démocratie. En ce sens, l'assassinat de Julien Lahaut reste d'une actualité brûlante et l'intérêt sociétal d'une telle recherche ne saurait être sous-estimée". C'est d'ailleurs bien dans ce sens que des citoyens se sont impliqués à plusieurs reprises pour que ce dossier avance.
On ne peut donc que se réjouir que ce dossier ne tombe pas dans l'oubli et que la vérité sera peut-être un jour faite, même si l'on connait déjà l'essentiel de la teneur politique de l'assassinat. Notons d'ailleurs que ce vers quoi se dirigent aujourd'hui les historiens est ce que le Parti Communiste a dit dès le lendemain des faits !
Espérons enfin que les différentes archives, même les plus sensibles, seront ouvertes aux chercheurs plus de 60 ans après les faits.

samedi 9 novembre 2013

Grève 60. Une croisière et un spectacle

Le dimanche 24 novembre, j'animerai une croisière sur la Meuse avec pour thème l'histoire sociale et socio-économique du bassin liégeois. La sidérurgie sera évidemment bien présente dans le commentaire. Cette croisière sera suivie d'une représentation de la pièce "Grève 60".

Toutes les informations ci-dessous:








 

mardi 5 novembre 2013

Le capitalisme : une nouvelle religion ?

Ce sera le titre de ma conférence le

Vendredi 8 novembre à 19H00 à la
Maison de la Laïcité de Binche
Place de l'Europe n°7 à 7131 Waudrez 
 

jeudi 31 octobre 2013

L’inégalité comme étoile polaire de l’extrême droite

Article publié dans Aide-Mémoire n°66, p.11
Le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, le GRECE, est un acteur clef dans le renouvellement du discours d’extrême droite et dans sa (re)conquête idéologique de ce mouvement. Retour sur cette structure qui existe toujours avec un livre, agrémenté d’un cahier photos, bilan des dix premières années[1].


Un mouvement structuré

Né dans la foulée de mai 68, le GRECE a dès le départ une stratégie d’infiltration de zones d’influence et de la droite classique pour y diffuser son discours. Il se définit lui-même comme « centrale d’influence ». Un des aboutissements de cette stratégie sera la prise de contrôle du Figaro Magazine donnant une audience inhabituelle à des thématiques jusque-là cantonnées à des publications militantes. Souvent qualifié de « nouvelle droite », la stratégie et les idées du GRECE seront dévoilés début des années 80 marquant un coup d’arrêt dans son influence d’autant que des divergences en son sein, liées en partie au soubresaut interne à l’extrême droite française et plus particulièrement au Front National, affaibliront sa position.

C’est dans un bastion d’extrême droite, la région PACA, que le GRECE est fondé en 1968, à Nice plus précisément. Il se déplace à Aix-en-Provence avant de s’installer à Paris en 1974. « Les fondateurs du GRECE étaient pour la plupart des hommes jeunes. Certains étaient encore à l’Université, d’autres étaient engagés depuis peu dans la vie professionnelle. Quelques-uns avaient eu antérieurement des engagements personnels, politiques ou syndicaux, et ils en avaient fait la critique positive. Tous étaient convaincus que la solution à la crise passait, d’une part par une nouvelle prise de conscience de notre héritage de civilisation, d’autre part, par la volonté d’aborder les problèmes au fond, en prenant des distances avec les contingences de l’actualité »[2]. Cette volonté de ne pas être tenu par l’actualité n’empêche pas le GRECE d’être très actif : « Depuis sa fondation, le GRECE a organisé plusieurs centaines de manifestations culturelles, publiques ou privées : conférences, débats, forums, réunions contradictoires, expositions, Université d’été, fêtes populaires, voyages collectifs, journées d’études, séminaires et colloques. »[3]. La première partie de l’ouvrage détaille d’ailleurs ces diverses activités ce qui n’est pas sans intérêt pour bien situer politiquement ce mouvement. Nous y reviendrons. Outre cet activisme important, la stratégie d’être présent partout est affirmée sans ambage. C’est ainsi que différentes commissions ou structures parallèles sont créées : « C’est en avril 1975 (…) que le GRECE a pris l’initiative de consacrer un dossier d’éléments aux questions militaires (N°10) et de créer un comité de liaison des officiers et sous-officiers de réserve. Dans une société en mutation, soumise à la contestation systématique des groupes de pression de l’ultra-gauche (…) l’armée n’est plus une institution préservée. Le principe même de la Défense nationale est mis en cause par la subversion »[4]. De même le GENE, groupe d’études pour une nouvelle éducation, créé en janvier 76 a pour but de « travailler à l’élaboration d’un projet éducatif global, partie intégrante d’une conception du monde et de la vie. Il veut se situer au-delà du passéisme stérilisant des pédagogies rétrogrades et de l’utopisme déréalisant des pédagogies pseudo-modernistes. Il s’oppose à tous les dogmatismes et à tous les conformismes, comme aux formes de pensée unilatérales et réductrices »[5]. Cet extrait révèle deux caractéristiques du discours que nous développerons : la posture de troisième voie sur les sujets abordés et l’objectif de proposer une vision du monde cohérente et globale.

Mais avant cela, il nous semble important de souligner une caractéristique organisationnelle du GRECE. Son but étant clairement élitiste, il se montre stricte dans ses méthodes de recrutement : « Tout candidat à l’adhésion au GRECE doit remplir, de façon détaillée, un formulaire spécial qui lui est fourni, à sa demande, par le secrétariat de l’association. Il doit également être présenté par un parrain, déjà membre du GRECE, qui devra répondre, par écrit, à un certain nombre de question concernant le postulant (…) Lorsque le dossier d’adhésion est complet, il est examiné par le conseil d’administration du GRECE. Celui-ci se réserve le droit de refuser toute demande d’admission, sans être tenu de justifier sa décision auprès de l’intéressé (…) par son ancienneté et son dévouement, l’adhérent peut gravir les différents échelons de la hiérarchie interne, jusqu’au grade d’assistant. »[6] De plus, outre une participation active aux activités, la cotisation est également une marque de dévouement puisque les plus hauts membres versent 10% de leur salaire. Détail piquant, ce dévouement exigé des membres est explicitement repris des méthodes de l’extrême gauche, et plus précisément de la Ligue Communiste Révolutionnaire.


Un discours cohérent

« La mise en cause de la conception égalitaire du monde apparait donc aujourd’hui comme la condition fondamentale d’une lutte efficace contre le négativisme, le réductionnisme et la « massification ». Il ne suffit pas de déplorer les symptômes de la décadence. Il faut encore en identifier les causes. C’est seulement en agissant sur les causes que l’on modifie durablement les effets. »[7] Le GRECE développe donc dans son ouvrage sur ces dix premières années d’activités une série de thématique très cohérentes tournant autour de la notion d’une décadence de la France, et plus largement de la civilisation occidentale, qu’il s’agit d’arrêter pour permettre un redressement salutaire. 12 points forment ainsi une assise doctrinale qui est redéveloppée ensuite dans une compilation d’articles regroupés thématiquement. Un des points intéressants est la volonté de réhabiliter la notion de race tout en tenant un discours sur l’immigration qui fera son chemin au point d’être aujourd’hui le discours classique de l’extrême droite, à savoir que l’on respecte chaque culture. Mais qu’au nom de ce respect, chacun doit rester chez soi car « Tous les sociologues savent que, lorsque deux populations différant nettement du point de vue ethno-culturel vivent l’une avec l’autre, dès que l’on dépasse un certain seuil, il en résulte des difficultés de toutes sortes »[8]. C’est pourquoi « Je suis pour la non-discrimination, pour la décolonisation, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais à une condition : c’est que la règle ne souffre pas d’exceptions. Si l’on est contre la colonisation, alors il faut être pour la décolonisation réciproque, c’est-à-dire contre toutes les formes de colonisation (…) Or nous assistons à certains paradoxes. Nous voyons des idéologues prendre position pour le respect de toutes les races. Sauf une : la nôtre (qui, par parenthèse, est aussi la leur) »[9] Et de préciser : « Il y a, sur notre planète, un certain nombre de pays où l’élément métis forme la majorité. Ce ne sont pas ceux, il faut bien le dire, dont la stabilité ou le niveau de développement peuvent servir d’exemples. (…) Vaut-il mieux une planète où coexistent des types humains et des cultures variés, ou bien une planète dotée d’une seule culture et, à terme, d’un seul type humain ? On pourrait distinguer ici entre raciophobes et raciophiles. Les premiers souhaitent la disparition des races, donc l’uniformisation des modes de vie. Les seconds pensent que c’est la pluralité de l’humanité qui fait sa richesse. »[10]. Le GRECE prône par ailleurs la défense des identités et traditions régionales contre le centralisme parisien, un retour à la terre et au développement des activités sportives.

Le rejet de l’égalitarisme est au cœur d’un discours qui ne rejoint pas la tendance ultra-catholique de l’extrême droite, notamment sur les notions d’avortement. Ainsi une distance est mise avec les intégristes lefévristes qui sont néanmoins reconnus comme des alliés face à un adversaire commun. En fait la distanciation vient du fait que le GRECE est idéologiquement dans la mouvance d’extrême droite que nous avons déjà analysée avec le livre de Pierre Vial[11]. Et ce n’est pas un hasard, Vial étant à l’époque du livre que nous analysons un des principaux animateurs du GRECE dont il dirige la commission Tradition. Pour le GRECE, le problème est le message égalitariste du christianisme : « ils identifiaient le lien logique existant entre les différentes formes de contestation, qu’ils décelaient clairement le dénominateur commun qui leur était sous-jacent (…) C’est l’égalitarisme. Introduit dans la pensée européenne par le biais du judéo-christianisme – avec le thème de l’ « égalité devant Dieu » - l’idéologie égalitaire s’est laïcisée au XVIIIe siècle. Depuis lors, l’emprise de cette idéologie s’est faite de plus en plus lourde au sein des sociétés occidentales »[12]. Nous prendrons ici le discours tenu sur le rôle de la femme pour illustrer ce positionnement : « Si les adhérentes du MLF étaient logiques avec elles-mêmes, elles se déclareraient d’abord pour l’Occident, car ce n’est que dans la culture européenne que la femme a toujours été considérée comme une personne. Mais la diffusion de l’idéologie chrétienne, avec sa tradition de rabaissement de la femme, a brouillé les cartes »[13] et le raisonnement de laisser transparaître une pointe d’antisémitisme, certes discret : « Plus précisément, la dévalorisation sociale de la femme fait partie intégrante d’une superstructure religieuse. L’idée d’une déesse, protectrice de la cité ou chasseresse, comme la Diane ou la Minerve des Romains, est impensable dans la perspective hébraïque. »[14]


Des références connues et un marqueur idéologique clairement à la droite de la droite

Contrairement à son discours qui tient à se présenter, certes plutôt de droite mais comme complètement novateur et ne s’inscrivant dans aucun courant de pensée partisan, une série de références loin d’être anodines inscrivent clairement le GRECE au sein de l’Extrême Droite. C’est ainsi que le début du livre explique que le seul cercle en dehors de la France se trouve à Johannesburg ![15]. Dans les références littéraires on retrouve Julius Evola[16], Charles Maurras[17], Oswald Spengler[18], Maître Eckhart[19]… Des personnalités citées comme caution ou modèle s’appellent Arno Breker[20], Lucien Rebatet[21]… Mais aussi la référence aux théories de Dumézil et à la civilisation indo-européenne comme ciment identitaire : « Le motif qui sert d’emblème au GRECE et qui figure sur la plupart de ses publications, est un très vieux motif d’entrelacs, que l’on retrouve sur des gravures, des bijoux, des monuments et des tableaux, dans plusieurs pays d’Europe »[22] et a clairement la même référence que la croix gammée. Tout comme le concept de « vue du monde » qui rappelle celui de la Weltanschauung chère aux Nazis.

Nous terminerons par un retour aux grands classiques de cette chronique, démontrant ainsi à nouveau toute la cohérence qui existe au sein de la pensée d’extrême droite au-delà des nuances pouvant parfois la diviser en courants concurrents. D’une part, le rejet du marxisme : « Nous pensons que, dans le marxisme, ce ne sont pas seulement les méthodes qui sont haïssables, mais aussi le fond même des aspirations et de la pensée. Et c’est l’étude de ces aspirations ramenées à ce qu’elles ont d’essentiel, qui met en lumière ce qu’il peut y avoir de commun dans le marxisme et le christianisme »[23]. Nous revenons ici au marqueur idéologique qu’est l’égalité : « L’ennemi, ce sont toutes les doctrines, toutes les praxis qui représentent et incarnent une forme d’égalitarisme. Au premier rang d’entre elles, bien sûr, le marxisme. (…) nous disons qu’il ne sert à rien de lutter nommément contre le marxisme si, en même temps, l’on n’a pas le courage et la lucidité de lutter contre la cause du marxisme, contre ce qui produit inévitablement le marxisme : c’est-à-dire la pensée, la mentalité « anthropologique » égalitaires, dont le marxisme ne constitue qu’un aboutissement. Par ailleurs, ce que nous disons également, c’est qu’on ne peut lutter efficacement contre le marxisme qu’en lui opposant, non pas seulement une critique de ses erreurs et de ses faiblesses les plus flagrantes, mais une véritable alternative : un corpus idéologique et théorique complet, qui fournisse aux esprits actuellement séduits par le marxisme une solution de rechange »[24]. Ce corpus idéologique s’incarne dans le concept forgé par Alain De Benoist de métapolitique : « Nous appelons la métapolitique le domaine des valeurs qui ne relèvent pas du politique, au sens traditionnel de ce terme, mais qui ont une incidence directe sur la constance ou l’absence du consensus social régi par le politique. En fait poser la question de la métapolitique, c’est poser celle de la place et du rôle de l’idéologie »[25].

Enfin, l’évocation de l’aspect « Naturel », base du darwinisme social est évidemment largement présent : « A l’idée de « société », il faut donc à nouveau substituer celle de « communauté ». Il faut faire réapparaître les liaisons naturelles, organiques, qui doivent exister entre les organes du corps social. Il faut chercher à remettre de l’harmonie et de la complémentarité là où règne l’antagonisme et la division. Cette tâche de rétablissement est la condition sine qua non de toute entreprise nationale. Elle exige, en premier lieu, une lutte rigoureuse contre l’égalitarisme sous toutes ses formes »[26].

Notes


[1] GRECE, Dix ans de combat culturel pour une renaissance, Paris, GRECE, 1977, 265 p.
[2] P.60
[3] P.23
[4] P.30
[5] P.36
[6] P.49
[7] P.84
[8] P.127
[9] P.129
[10] P.127
[11] Voir La tendance païenne de l’extrême droite in AM n°38 d’octobre-novembre-décembre 2006,
[12] P.68
[13] P.241
[14] P.256
[15] P.20
[16] Voir Le Fascisme est de droite in AM n°47 de janvier-février-mars 2009 et La révolution conservatrice in AM n°48 d’avril-mai-juin 2009
[17] Voir De l’inégalité à la monarchie in AM n°33 de juillet-août-septembre 2005
[18] Philosophe allemand auteur d’un livre capital qui inspira les Nazis : Le déclin de l’occident.
[19] théologien et philosophe dominicain allemand de la fin 13e- début 14e siècle considéré comme le premier des mystiques rhénans mais surtout repris par Alfred Rosenberg dans son Mythe du XXe siècle comme un penseur charnière.
[20] Sculpteur officiel sous le Nazisme.
[21] Ecrivain français d’extrême droite, auteur en 1942 d’un bestseller Les Décombres que nous étudierons dans une prochaine chronique
[22] P.14
[23] P.212
[24] P.69
[25] P.73
[26] P.90

vendredi 20 septembre 2013

Entrer en résistance contre le système, une exigence pour les laïques

C'est sous ce titre que je donnerai une conférence à partir de mon livre Vive la sociale

le jeudi 26 septembre 2013 à 19h00

à la Maison de la Laïcité de Binche, Place de l'Europe n°7 à 7131 Waudrez

Jeudi, Septembre 26, 2013 - 19:00
Adresse: 
Maison de la Laïcité de Binche
Place de l'Europe, 7
7131 Waudrez, WHT
Belgique
- See more at: http://www.fdml.be/node/271#sthash.6SjGiJkA.dpuf
Jeudi, Septembre 26, 2013 - 19:00
Adresse: 
Maison de la Laïcité de Binche
Place de l'Europe, 7
7131 Waudrez, WHT
Belgique
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