- Ref. L’espoir wallon. Histoire du mouvement (1995-1998) (n°16 de janvier-février-mars 2001) d’après la brochure de Marc Levaux, Ref L’espoir wallon. Histoire du mouvement (1995-1998), Liège, éditions Reflex.
- Joseph Goebbels. Combat pour Berlin (n°17 d’avril-mai-juin 2001) d’après le livre de Joseph Goebbels, Combat pour Berlin, Paris, éditions St-Just, 1966.
- Un échec voué au succès. Les protocoles des sages de Sion (n°18 de juillet-août-septembre 2001) d’après le livre « Protocols » des sages de Sion. Traduits directement du russe et précédés d’une introduction par Roger Lambelin. Avec une reproduction de la couverture russe de 1912, 7e tirage. Paris, Grasset, 1934.
- Un cinéaste sous le nazisme : Veit Harlan (n°19 d’octobre-novembre-décembre 2001) d’après le livre de Veit Harlan, Souvenirs ou le cinéma allemand selon Goebbels, Paris, France-Empire, 1974.
- « Mon Combat » d’Adolf Hitler, une autobiographie… (n°20 de Janvier-février-mars 2002) d’après le livre d’Adolf Hitler Mein Kampf, Paris, Nouvelles éditions latines, 1979.
- « Mon Combat » d’Adolf Hitler, un programme… (n°21 d’avril-mai-juin 2002) d’après le livre d’Adolf Hitler Mein Kampf, Paris, Nouvelles éditions latines, 1979.
- Danger : Invasion ! (n°22 de juillet-août-septembre 2002) d’après le livre de Roger Nols, La Belgique en danger. La vérité sur l’immigration, Bruxelles, éd. Ligne claire, 1987.
- Léon Degrelle et le Rexisme (n°23 de janvier-février-mars 2003) d’après le livre de Pierre Daye, Léon Degrelle et le rexisme, Paris, Fayard, 1937.
- Un nationalisme religieux : le Portugal de Salazar (n°24 d’avril-mai-juin 2003) d’après le livre du président Salazar, Comment on relève un état. Paris, Flammarion, 1937.
- Le procès de Nuremberg était-il juste ? (n°25 de juillet-août-septembre 2003) d’après le livre d’Albert Speer, Journal de Spandau, Paris, Robert Laffont, 1975.
- L’antisémitisme est-il une futilité ? (n°26 d’octobre-novembre-décembre 2003) d’après le livre de Louis-Ferdinand Céline Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937.
- De l’étalon au noble SS (n°27 de janvier-février-mars 2004) d’après le livre de Walther Darré, La race. Nouvelle noblesse du sang et du sol, Paris, Fernand Sorlot, 1939.
- L’ascension fulgurante d’un mouvement (n°28 d’avril-mai-juin 2004) d’après le livre de Gioacchino Volpe, Histoire du mouvement fasciste, Rome, edizione di novissima, Anno XIV (1936).
- Un populisme du 19e siècle (n°29 de juillet-août-septembre 2004) d’après le livre d’Edouard Drumont, Le testament d’un antisémite, Paris, Dentu, 1891.
- Les résultats d’une coalition avec l’extrême droite (n°30 d’octobre-novembre-décembre 2004) d’après le livre du Maréchal Goering, Renaissance de l’Allemagne, Paris, Sorlot, 1939.
- Un vrai fasciste : ni de droite, ni de gauche mais… d’extrême droite (n°31 de janvier-février-mars 2005) d’après le livre de Pierre Drieu La Rochelle, Socialisme fasciste, 6e édition, Paris, Gallimard, 1934.
- L’extrême droite n’a jamais cessé d’exister (n°32 d’avril-mai-juin 2005) d’après le livre de Marcel De Corte, Mon pays où vas-tu ? Philosophie et histoire de la crise de 1950, coll. « Connaissance de l’homme », Paris-Bruxelles, éd. Universitaires, 1951.
- De l’inégalité à la monarchie (n°33 de juillet-août-septembre 2005) d’après le livre de Charles Maurras, Mes idées politiques. Texte établi par Pierre Charbon. Préface inédite, 5e édition, Paris, Fayard, 1937.
- Quand le relativisme sert à masquer le négationnisme (n°34 d’octobre-novembre-décembre 2005) d’après le livre de Maurice Bardèche, Nuremberg ou la terre promise, Paris, Les sept couleurs, 1948.
- Le nationalisme européen de l’extrême droite (n°35 de janvier-février-mars 2006) d’après le livre de Oswald Mosley, La nation Europe, Paris, Nouvelles éditions latines, 1962.
- La pensée « contrerévolutionnaire » (n°36 d’avril-mai-juin 2006) d’après le livre de Pierre Château-Jobert, manifeste politique et social, 2e éd., Vouillé, Diffusion de la Pensée française, 1973.
- Le refus de la démocratie parlementaire (n°37 de juillet-août-septembre 2006) d’après le livre de Pierre Daye, trente-deux mois chez les députés, Bruxelles, Voilà, 1942.
- La tendance païenne de l’extrême droite (n°38 d’octobre-novembre-décembre 2006) d’après le livre de Pierre Vial, Une terre. Un peuple, Paris, Terre et Peuple, 2000.
- Le bilan du nationalisme (n°39 de janvier-février-mars 2007) d’après le livre de Horia Sima, Destinée du nationalisme, Paris, PEG, 1951.
- La cohérence d’un engagement (n°40 d’avril-mai-juin 2007) d’après le livre de Jean-Louis Tixier-Vignancour, Des républiques, des justices et des hommes, Paris, Albin Michel, 1976.
- Du socialisme au fascisme (n°41 de juillet-août-septembre 2007) d'après le livre de Marcel Déat, Le parti unique, Paris, Aux armes de France, 1942
- La préparation de la reconquête idéologique (n°42 d'octobre-novembre-décembre 2007) d'après le livre de Jacques Ploncard d'Assac, Les jeunes ont droit à la vérité..., Lisbonne, La Voix de l'Occident, 1970
- Nouveau FN, vieille idéologie (n°43 de janvier-février-mars 2008) d’après le périodique A Droite. La lettre politiquement incorrecte du sénateur Michel Delacroix
- Le « résistantialisme », un équivalent au négationnisme (n°44 d’avril-mai-juin 2008) d’après le livre de Jean-Pierre Abel, L’âge de Caïn. Premier témoignage sur les dessous de la libération de Paris, Paris, les éditions nouvelles, 1947
- Force, Joie et Travail! (n°45 de juillet-août-septembre 2008) d'après les brochures suivantes : Wilhelm Lotz, Beauté du travail en Allemagne, Coll. l'Allemagne d'aujourd'hui n°6, Bruxelles, Maison internationale d'édition, 1941 ; Le Fascisme, réalisation prolétaire, Rome, (s.d) ; Dr Robert Ley, Du prolétariat à la dignité de l'homme, Bruxelles, édition "Die Deutsche Arbeitsfront", (1941?).
- Le Militaria, porte d'entrée de l'idéologie d'extrême droite (n°46 d'octobre-novembre-décembre 2008) d'après le livre de Saint-Loup, Les Volontaires, Paris, Presses de la Cité, (1963)
- Le Fascisme est de droite (n°47 de janvier-février-mars 2009) d'après le livre de Julius Evola, Le Fascisme vu de droite. Suivi de notes sur le troisième Reich, Paris, Totalité, 1981
- La révolution conservatrice (n°48 d'avril-mai-juin 2009) d'après le livre de Julius Evola, Le Fascisme vu de droite. Suivi de notes sur le troisième Reich, Paris, Totalité, 1981
- Travail-Famille-Patrie (n°49 de juillet-août-septembre 2009) d'après le livre du Lieutenant-Colonel de La Rocque, Service public, Paris, Grasset, 1934
- Tintin-Degrelle. Une idéologie au-delà de la polémique (première partie). (n°50 d'octobre-novembre-décembre 2009) d'après le livre de Léon Degrelle, Tintin mon copain, (s.l.), Pélican d'or, 2000
- Tintin-Degrelle. Une idéologie au-delà de la polémique (deuxième partie). (n°51 de janvier-février-mars 2010) d'après le livre de Léon Degrelle, Tintin mon copain, (s.l.), Pélican d'or, 2000-
- Le Poujadisme : un populisme d’extrême droite. (n°52 d’avril-mai-juin 2010) d’après le livre de Pierre Poujade, J’ai choisi le combat, Saint-Céré, Société générale des éditions et des publications, 1955
- Le fascisme n’a pas confiance dans le peuple (n°53 de juillet-août-septembre 2010) d’après le livre de Maurice Bardèche, Qu’est-ce que le fascisme ?, Paris, Les sept couleurs, 1970
- Quand la neutralité est riche d'idéologie (n°54 d'octobre-novembre-décembre 2010) d'après le livre de Didier Lefort, Les b.d. de "l'extrême droite" 1945-1990, (coll. Dossiers noirs), Marseille, Bédésup, 1991
- Quand la résistance et le droit d'insurrection sont-ils justifiés ? (n°55 de janvier-février-mars 2010) d'après le livre Jean Bastien-Thiry. Sa vie. Ses écrits. Témoignages. Paris, l’Albatros, 1973, 264 p.
- Retour sur le discours du fondateur de la dynastie Le Pen (n°56 d’avril-mai-juin 2011), d’après le livre de Jean-Marie Le Pen, Les français d’abord, Paris, éditions Carrere-Michel Lafon, 1984
- Une troisième voie : le socialisme racial (n°57 de juillet-août-septembre 2011), d’après le livre de René Binet, Socialisme national contre marxisme, Montréal-Lausanne, éditions Celtiques-ISS, 1978
- écrire peut avoir des conséquences (n°58 d’octobre-novembre-décembre 2011) d’après le livre d’Andrew Macdonald (William L. Pierce), Les Carnets de Turner
- L’anticommunisme d’un transfuge (n°59 de janvier-février-mars 2012), d’après le livre de Jacques Doriot, La France ne sera pas un pays d’esclaves, Paris, Les œuvres françaises, 1936
- L’extrême droite défend-elle les travailleurs ? (n°60 d’avril-mai-juin 2012), d’après le livre de Lucien Morane, Les comités sociaux d’entreprises, Coll. Bibliothèque du peuple n°67, Paris, PUF, 1942
- La spiritualité au cœur de la doctrine ( n°61 de juillet-août-septembre 2012), d’après le livre de Corneliu Zelea Codreanu, Journal de prison, Puiseaux, Pardès, 1986
- L’idéologie derrière la carte postale (n°62 d’octobre-novembre-décembre 2012), d’après le livre d’André Corthis, L’Espagne de la victoire, Paris, Fayard, 1941
- Antisémitisme et anticommunisme. Les deux mamelles de l’extrême droite (n°63 de janvier-février-mars 2013) d’après le livre de Georges Montandon, Comment reconnaître et expliquer le Juif ? Avec dix clichés hors texte. Suivi d’un portrait moral du Juif. Coll. Les juifs en France n°1, Paris, Nouvelles éditions françaises, 1940 et celui de Louis-Ferdinand Céline, Mea Culpa, Paris, Denoël, 1937
- La Loi du décalogue (n°64 d’avril-mai-juin 2013) d’après le livre de Bernard Antony, Combats pour mon pays, Limoges, édition du Présent, 1994
- La « démocratie autoritaire » pour le bien des travailleurs (n°65 de juillet-août-septembre 2013) d’après le livre de Louis De Pace, Les conquêtes syndicales de l’ouvrier italien, Collection d’études syndicales et coopératives, Paris, Nouvelles éditions latines-Fernand Sorlot, 1937
- L’inégalité comme étoile polaire de l’extrême droite (n°66 d’octobre-novembre-décembre 2013) d’après le livre du GRECE, Dix ans de combat culturel pour une renaissance, Paris, GRECE, 1977
- Un résistant d’extrême droite (n°67 de janvier-février-mars 2014), d’après le livre de Paul Hoornaert, Le redressement national. La « Légion Nationale Belge ». Sa doctrine – Ses buts. Liège, Légion nationale belge, [1929]
Vous trouverez rassemblés sur ce blog tous les textes que j'ai publié ainsi que quelques inédits et les annonces de mes conférences. Pour me contacter : julien.dohet@skynet.be
vendredi 20 juillet 2007
Chronique sur les écrits d'extrême droite
jeudi 19 juillet 2007
Encore un blog
Voilà,
Après plusieurs mois de réflexion, je me décide enfin à créer mon blog. Au vu de mes compétences informatiques, j'ai choisi de le faire dans la formule la plus simple même si cela implique de passer par des moyens, un blog géré par une société qui ne fait pas partie des réseaux "libres", qui ne sont pas en totale adéquation avec mes idées.
Il est d'abord important de répondre à la question suivante :
Pourquoi s'être décidé à créer ce blog ?
Pas par narcissisme ou ego surdimensionné, même si tout blog participe un peu de cela, mais surtout pour donner une nouvelle dimension, un écho, aux mouvements et luttes auxquelles je participe avec de nombreux autres militants mais aussi (quand je parlais de narcissisme) à mes écrits, conférences...
C'est pourquoi on retrouvera tout d’abord sur ce blog mes articles déjà publiés dans des revues. Par après, j’y ajouterai des notes de lecture que je n'avais jusqu'à présent pas l'occasion de faire partager. Je ferai également part de mes découvertes sur Internet, des conférences intéressantes, des manifestations, des actions d'amis... le tout pour participer à augmenter la visibilité d'actions et réflexions dont j’ai connaissance par les différents réseaux que je fréquente et mes divers engagements militants.
Une nouvelle aventure qui commence, un nouveau cheminement, qui je l'espère apportera quelques choses à ceux qui me liront et qui m'apportera également pas mal de choses grâce aux échanges d'idées qui se dérouleront sur ce blog.
dimanche 27 mai 2007
Le roman a thème social n'est pas mort
Cet article a été publié dans Espace de libertés n°353 de mai 2007, p.21
Dans l’abondance des romans publiés aujourd’hui, quelques uns continuent à se pencher sur les réalités de la classe ouvrière s’inscrivant ainsi dans la tradition d’auteurs comme Constant Malva dont plusieurs textes viennent d’être réédités[1].
Ainsi Dominique Manotti a choisi de parler des fermetures d’entreprises dans le nord de la France d’une manière originale puisque son dernier livre est un thriller politico-financier basé sur un fait réel qui défraya la chronique judiciaire[2]. L’histoire commence dans la dure réalité d’une usine déshumanisée comme il en existe tant[3], ici une unité de production de Daewoo en Lorraine. Un énième accident fait déborder la colère des travailleurs qui déclenchent une grève. Celle-ci se radicalise lorsqu’ils prennent conscience qu’ils se sont faits duper par la direction, notamment sur des primes dont le paiement sans cesse reporté n’a jamais réellement été envisagé. Ce conflit, si banal finalement, monte en intensité avec la séquestration des cadres. Cette dernière action provoque la panique parmi des actionnaires qui, pour cacher le fait qu’ils utilisent l’usine comme paravent à des détournements financiers, notamment des subsides européens destinés à la reconversion, n’hésitent pas à tuer. Le roman s’aventure alors dans les méandres d’un gigantesque monopoly entre les multinationales Alcatel et Matra pour le contrôle de Thomson. Dans ce Monopoly, tous les coups sont permis et les morts par dommages collatéraux vont se multiplier. Si la vérité est finalement découverte, elle ne sert qu’aux acteurs du jeu. Les travailleurs, eux, ont été complètement brisés.
Fiction toujours, mais l’est-elle tellement ?, avec un gros bouquin consacré à la célèbre grève des mineurs anglais du milieu des années ’80 qui verra le gouvernement ultra-libérale de Thatcher broyer le mouvement ouvrier anglais en mettant à genoux sa composante la plus importante et la plus combative[4]. Utilisation des services secrets comme éléments agitateurs, mise sur écoute des syndicats, corruptions et chantages, collusion entre le patronat et l’état, tout y passe à travers un récit articulé autour de plusieurs récits parallèles. L’ouvrage ne fait aucun angélisme, soulignant les contradictions des travailleurs qui alternent entre solidarité et égoïsme, mais aussi du syndicat qui doit gérer les dissensions entre ses différentes sections tout en étant englué dans son bureaucratisme et la toute puissance de son président Arthur Scargill. Avec ce livre, plus encore qu’avec celui de Malincolli, on vit le conflit à travers les protagonistes des deux camps et l’on ne peut s’empêcher de penser que la fiction n’est qu’une protection de l’auteur, que l’on sent très documenté, contre des procès éventuels.
Le troisième et dernier ouvrage nous ramène en Lorraine pour une suite de courts chapitres, d’instants de vie, mis sous le sceau du roman mais dont il n’est pas difficile de sentir la forte connotation autobiographique[5]. C’est également le monde des mineurs qui est décrit dans ce livre qui tourne autour des épisodes de la vie d’un fils d’immigré italien, mort dans les camps de concentration nazis, mineur comme son père mais qui, syndicaliste communiste, sera adjoint au maire. A la limite de l’étude ethnologique et anthropologique ce roman passe en revue tous les aspects de la vie, de la culture et des luttes de cette classe ouvrière plongée dans le désarroi par la fermeture de son outil de travail. Mais aussi par la fin de ses illusions militantes qui, dans la prolongation du combat antifasciste, passait forcément par le Parti Communiste. Un PCF à qui les personnages du livre ont tout donné, sacrifiant leurs individualités à la discipline de parti, n’en comprenant pas toujours les orientations comme lors de la répression du Printemps de Prague. Mais un Parti qui reste malgré tout pour eux le seul défenseur d’une classe ouvrière qui semble disparaître.
Et l’on partagera l’interrogation du personnage principal au seuil de sa mort : « Le mur était tombé. Tout le pire avait été révélé, avéré. C’était plus qu’un idéal, c’était une vie, c’était mille vies, bafouées, réduites à néant. Comment continuer à être communiste après ça, après tout ce gâchis, et comment décider subitement de ne plus l’être, quand dans vos tripes, tout crie que votre combat à vous, en France, dans le Pays-Haut, était juste. Longwy Lorraine Cœur d’acier. Où trouver la force de se battre encore, simplement pour soi, pour sauver sa peau »[6]. C’est ainsi que des romans d’évasions, permettent malgré tout se poser des questions fondamentales sur le monde.
[1] Paroles de mineurs. Textes de Constant Malva présentés par Michel Ragon. Paris, Omnibus, 2007
[2] Dominique Manotti, Lorraine connection, Paris, Rivage, 2006, 194 p.
[3] Voir notre article Oui l’usine tue encore in Espace de libertés n°343, p.23
[4] David Peace, GB 84, Paris, Rivages, 2006
[5] Aurélie Filippetti, Les derniers jours de la classe ouvrière, Paris, Stock, 2003,157 p. elle aborde d’ailleurs p.123 le scandale au centre du livre de Manotti
[6] p.156
dimanche 20 mai 2007
Le petit bourgeois fascisant
Cet article a été publié dans Espace de libertés n°353 de mai 2007, p.28
C’est cette expression qui résume le mieux le propos que tient Maxime Benoit-Jeannin dans son deuxième livre consacré à Georges Remi, dit Hergé[1]. Dans cet ouvrage, l’auteur a décidé d’approfondir ce qu’il dénonçait dans son pamphlet Le mythe d’Hergé publié en 2001.
Une longue première partie est consacrée à une réponse aux différentes réactions, le plus souvent négatives, qu’il a reçu depuis 2001. S’il maintient et confirme ses propos et ses accusations, c’est notamment parce qu’Hergé est un mythe intouchable : « Quand je me relis aujourd’hui, je perçois bien l’effet d’amplification de mon texte quant au cas Hergé, qui ne fut, évidemment, qu’un petit collaborateur. Un pâle complice. Il n’a pas de sang sur les mains, certes. Mais ce qui a aggravé son cas au fil du temps et qui a, selon moi, rendu la polémique inévitable, et cela sans que ce soit de sa faute, c’est l’attitude de ses thuriféraires, qui passent leur temps à agrandir et à nettoyer son monument »[2]. Si donc Benoit-Jeannin reconnaît qu’Hergé n’a pas participé à des exactions et n’est coupable que d’avoir dessiné, il ne peut retenir son indignation sur le fait que justement on essaie de minorer la portée de ses actes à de simples « petits Mickey » destinés aux enfants. Car Hergé a le parcours typique d’une personne d’extrême droite des années 30 et n’a jamais réellement renié ses idées : « Les vagues concessions qu’il fait à certains journalistes concernant son passé ne tiennent pas face à son soutien constant aux réprouvés fascistes et/ou collaborateurs. Ceux qui résident en Belgique sont engagés par lui au journal Tintin. Ceux qui ont dû se réfugier en France, à Marly-le-Roi, par exemple, comme Robert Poulet ou
Benoit-Jeannin examine donc avec sa grille d’analyse l’essentiel de l’œuvre d’Hergé, en commençant par Tintin au pays des soviets, réel ouvrage de propagande anticommuniste. S’il trouve à redire sur quasi toute l’œuvre, ce qu’il ne peut réellement pas laisser passer, c’est que « D’octobre 1941 à mai 1942, soit sept mois, le temps de la parution de L’étoile mystérieuse en bandes dessinées (…) coïncide avec les mesures les plus radicales prises à l’encontre des Juifs. L’étoile est, comme par hasard, l’histoire la plus militante d’Hergé. Elle appelle à la punition de Blumenstein et de ses complices »[4], et cela, pour Benoit-Jeannin s’est aller bien plus loin que simplement être imprégné sans esprit critique des idées dominantes représentatives des idées de la classe dominante dont Georges Remi est un pur produit.
Malgré certains excès et manque de nuances inévitables dans un tel ouvrage, ce livre est important à un double titre. Premièrement il est toujours utile de soulever les coins d’ombres d’une vie, surtout si elle a été mythifiée, de s’attaquer aux icônes, afin d’aiguiser l’esprit critique et le rejet de toutes vérités établies. Deuxièmement, face au comportement plus que conformiste d’Hergé, Benoît-Jeannin interroge la question de la désobéissance : « Résister, c’est se rebeller, c’est trahir tous les conditionnements qui poussent l’homme à obéir au pouvoir, quel qu’il soit. Dessiner ses personnages pour un journal nazi, c’est se soumettre aux conditions dominantes. C’est nier la légitimité de la Résistance. Si l’on veut bien y réfléchir, cette attitude est bien dans l’air du temps. Ceux qui tentent de résister aux conditions dominantes et de se réapproprier leur vie sont mal vus. L’accusation de terrorisme n’est pas loin ».[5]
Hergé est donc certes intéressant pour son génie du dessin, mais aussi pour son parcours d’homme se révélant finalement d’une banalité extrême, ce qui n’en exclut pas les responsabilités. C’est justement cette complicité passive, ou plus ou moins active, qui permet tous les crimes comme vient de le souligner le rapport du Ceges sur la persécution des Juifs en Belgique si justement intitulé La Belgique docile. C’est cette même docilité que dénonçait Pierre-Arnaud Perrouty dans une très belle carte blanche[6] sur l’ « estompement de la norme » dans notre démocratie lorsqu’il s’agit d’immigration.
Où comment le présent permet de questionner le passé qui lui-même nous force à nous interroger sur nos actes de citoyens d’aujourd’hui. C’est aussi ce mérite qu’a le pamphlet de Maxime Benoit-Jeannin.
[1] Maxime Benoît-Jeannin, Les Guerres d’Hergé. Essai de paranoïa-critique. Bruxelles, Aden, 2007, 254p., 20€
[2] p.24. Il sera à ce niveau intéressant de voir comment le musée Hergé prévu à Louvain-La-Neuve pour avril 2009 abordera toutes ces questions.
[3] p.201.
[4] p.159 Notons que l’étoile jaune a été imposée en mai-juin 1942 après de nombreuses mesures destinées à précariser les Juifs et que les déportations vers les camps de la mort suivront rapidement.
[5] p.62
[6] Pierre-Arnaud Perrouty, Politique migratoire : la Belgique docile et méprisante in Le Soir du 21.02.07.
lundi 19 mars 2007
A Chacun ses furies
Les médias ont largement relayé l’attribution du dernier Goncourt au jeune auteur Jonathan Littell [1] insistant non seulement sur ses qualités littéraires, mais également sur la polémique suscitée par le fait qu’il plonge le lecteur dans le témoignage d’un ancien SS. L’auteur reprend ainsi une optique qui avait déjà valu à Eric-Emmanuel Schmitt des critiques pour son excellent livre La part de l’autre qui examinait le caractère profondément humain et « normal » d’Adolf Hitler, en faisant un homme comme un autre [2].
Une immersion dans le Nazisme
L’auteur propose donc une (trop) longue histoire écrite à la première personne. Il s’agit en fait des mémoires fictives de Maximilien Aue, ancien SS qui après la guerre évite l’épuration et réussit à refaire sa vie en partie grâce aux réseaux des anciens SS.
Après de nombreuses réflexions philosophiques sur son rôle pendant la guerre, rôle que le lecteur découvrira au fil des pages, Aue se met à raconter sa participation à la seconde guerre mondiale de manière chronologique à partir de l’invasion de l’URSS. De nombreux flash-back répartis au fil du récit nous apprennent qu’il a adhéré au parti nazi dès 1929 avant d’entrer dans la SS. Commencé avec l’invasion de l’URSS, son parcours de guerre passe par Stalingrad et Paris pour se terminer dans les décombres de Berlin après être passé par les camps d’exterminations. Au fil des affectations, toujours à l’arrière du front, Aue rencontre une série de personnages historiques comme Himmler et Speer, mais aussi Eichmann. De toutes ses rencontres Littell tire le prétexte de décrire brillamment le fonctionnement de l’Allemagne nazie, avec ses jeux d’influences, son évolution de 1933 à 1945 et ses fondements idéologiques qui se résument finalement à une idée d’action, une Weltanschauung très large et dynamique, résumée parfaitement par l’ami SS Thomas Hauser : « Mon cher Max, je t’ai expliqué cent fois que le national-socialisme est une jungle, qui fonctionne selon les principes strictement darwiniens. C’est la survie du plus fort ou du plus rusé »[3]. Le livre n’est cependant pas complaisant et ne cherche à aucun moment à minimiser les crimes ni à se lancer dans la démonstration des incohérences idéologiques. Ainsi le personnage de Voss, spécialiste des questions raciales et de nationalités est-il direct : « Toutes les tentatives pour définir les races biologiquement ont échoué. L’anthropologie crânienne a été un four total : après des décennies de mesures et de compilations de tables, basées sur les indices ou les angles les plus farfelus, on ne sait toujours pas reconnaître un crâne juif d’un crâne allemand avec le moindre degré de certitude. Quant à la génétique mendélienne, elle donne de bons résultats pour les organismes simples, mais à part le menton Habsbourg on est encore loin de savoir l’appliquer à l’homme. Tout cela est tellement vrai que pour rédiger nos fameuses lois raciales, on a été obligé de se fonder sur la religion des grands-parents ! On a postulé que les Juifs du siècle dernier étaient racialement purs, mais c’est absolument arbitraire »[4].
L’humanité de l’horreur
Si le roman permet donc de vivre de l’intérieur le Nazisme[5], il a surtout fait beaucoup parler de lui, et fera réagir de nombreux lecteurs, par le rôle quelque peu particulier que Maximilien Aue joue au fil de ses affectations et de la confiance grandissante qui lui est faite. Car dès l’invasion de l’URSS, Aue ne sert pas dans n’importe quelle unité puisqu’il participe à un Einsatzgruppe chargé de l’épuration derrière les lignes. Cette épuration concerne certes les dernières poches de résistances, mais elle s’applique surtout à tous ce que les Nazis considèrent comme des sous-hommes, en particulier les Juifs. Le livre n’épargne ici rien aux lecteurs poussant la description des horreurs très loin. Ces descriptions intègrent la difficulté pour les hommes qui les effectuent de tenir le coup sans sombrer dans l’alcoolisme ou le sadisme.
Le livre questionne donc à plusieurs reprises la responsabilité individuelle et le caractère finalement très banal des gens qui participent, s’éloignant ainsi des explications « diaboliques » bien confortables. « Si les terribles massacres de l’Est prouvent une chose, c’est bien, paradoxalement, l’affreuse, l’inaltérable solidarité de l’humanité. Aussi brutalisés et accoutumés fussent-ils, aucun de nos hommes ne pouvaient tuer une femme juive sans songer à sa femme, sa sœur ou sa mère, ne pouvait tuer un enfant juif sans voir ses propres enfants devant lui dans la fosse. Leurs réactions, leur violence, leur alcoolisme, les dépressions nerveuses, les suicides, ma propre tristesse, tout cela démontrait que l’autre existe, existe en tant qu’autre, en tant qu’humain, et qu’aucune volonté, aucune idéologie, aucune quantité de bêtise et d’alcool ne peut rompre ce lien, ténu mais indestructible. Cela est un fait, et non une opinion. La hiérarchie commençait à percevoir ce fait et à le faire entrer en ligne de compte. Comme me l’avait expliqué Eichmann, on étudiait de nouvelles méthodes. Quelques jours après sa visite arriva à Kiev un certain dr. Widmann, venu nous livrer un camion d’un nouveau genre. »[6].
Les qualités organisationnelles de Aue, malgré une petite hésitation et une tentative d’être affecté ailleurs, le font monter en grade. Placé sous l’autorité directe d’Himmler il a pour mission de rationaliser les camps de concentration afin de rendre plus productif les prisonniers. Ce n’est donc pas par humanité que Maximilien agit lorsqu’il s’oppose aux gazages des Juifs. Sa visite des camps est à nouveau décrite d’une manière très réaliste et parfois difficile à lire.
La force du livre, même s’il pose des questions dérangeantes pour les esprits bien pensants, réside donc dans ce questionnement sur la « normalité » des personnes ayant participé aux horreurs de la seconde guerre mondiale, et aux différents niveaux d’implications[7], d’Hitler au conducteur du train de déportés, de celui qui tient le fusil à celui qui donne l’ordre de tirer. Ces différents plans sont bien synthétisés dans l’extrait suivant : « Car ce serait une erreur, grave à mon avis, de penser que le sens moral des puissances occidentales diffère si fondamentalement du nôtre : après tout, une puissance est une puissance (…) N’était-ce pas un administrateur britannique, éduqué à Oxford ou à Cambridge, qui dès 1922 préconisait des massacres administratifs pour assurer la sécurité des colonies, et regrettait amèrement que la situation politique in the Home Islands rendît impossibles ces mesures salutaires ? Ou, si l’on souhaite comme certains imputer toutes nos fautes au compte du seul antisémitisme – une erreur grotesque, à mon avis, mais séduisante pour beaucoup -, ne faudrait-il pas reconnaître que la France, à la veille de la Grande Guerre, faisait bien plus fort en ce domaine que nous (sans parler de la Russie des Pogromes !) ? J’espère que vous ne serez pas trop surpris d’ailleurs que je dévalorise ainsi l’antisémitisme comme cause fondamentale du massacre des Juifs : ce serait oublier que nos politiques d’extermination allaient chercher bien plus loin. A la défaite – et loin de vouloir réécrire l’Histoire, je serais le premier à le reconnaître – nous avions déjà, outre les Juifs, achevé la destruction de tous les handicapés physiques et mentaux incurables allemands, de la majeure partie des Tsiganes, et de millions de Russes et de Polonais. »[8]
Un propos déforcé
Mais si tous ces éléments font des Bienveillantes un livre fort et à recommander (avec des réserves sur l’âge du lecteur) malgré ses longueurs, en est-ce bien le sujet principal où n’est-ce qu’un décor « original » à un propos autre ? La réponse à cette question est déjà présente dès les premières pages lorsque Maximilien Aue explique que « Ces notes-ci seront peut-être confuses et mauvaises aussi, mais je ferai de mon mieux pour rester clair ; je peux vous assurer qu’au moins elles demeureront libres de toute contrition. Je ne regrette rien : j’ai fait mon travail, voilà tout ; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi ; et pour le reste, vers la fin, j’ai sans doute forcé la limite, mais là je n’étais plus tout à fait moi-même (…) »[9]. Si effectivement l’auteur à aucun moment ne regrette rien, il est moins fidèle à sa déclaration de départ concernant ses histoires de famille. Le roman est en effet construit autour de la sexualité « particulière » de Aue. Amoureux de sa sœur jumelle avec qui il a eu des relations incestueuses, qui auront pour résultats deux jumeaux, Maximilien refuse toute relation avec d’autres femmes et désire lui-même ressentir ce que sa sœur ressentait, ce qui en fait un homosexuel quelque peu spécial dont les fantaisies sexuelles sont également décrites avec moult détails, comme sur la fin lorsqu’il occupe la maison de sa sœur. Ces révélations se font successivement et sont doublées d’une enquête judiciaire menée par des espèces de Dupond-Dupont ridicules qui poursuivent Aue jusque dans Berlin en ruine pour le meurtre de sa mère et de son beau-père commis dans un accès de démence lors d’une permission dans le sud de la France. Cette histoire qui prend de plus en plus d’ampleur dans le livre déforce à notre avis le propos des débuts sur l’humanité des bourreaux, le narrateur qui semblait parfaitement équilibré au départ étant lui-même un désaxé qui ira jusqu’au meurtre de son amis Thomas qui l’a pourtant sauvé de multiples fois. La fin de la citation sur le fait qu’il « a forcé la limite » nous semble tout à fait exact, des scènes comme la morsure à Hitler ou des personnages comme le mystérieux Mandelbrod, étant totalement ridicules et indignes du niveau du reste du livre.
Rattrapé par Alecton
Le livre se termine par cette phrase «J’étais triste, mais sans trop savoir pourquoi. Je ressentais d’un coup tout le poids du passé, de la douleur de la vie et de la mémoire inaltérable, je restais seul avec l’hippopotame agonisant, quelques autruches et les cadavres, seul avec le temps et la tristesse et la peine du souvenir, la cruauté de mon existence et de ma mort encore à venir. Les Bienveillantes avaient retrouvé ma trace. »[10] Or dans la mythologie grecque les Euménides (Bienveillantes en grec), qui deviendront les Furies dans le panthéon latin, étaient des divinités infernales, le plus souvent citées au nombre de trois : Tisiphone, Mégère et Alecton[11]. Cette dernière pouvait prendre toutes les formes qu’elle voulait pour poursuivre les coupables, et plus particulièrement les parricides. Le titre du livre lui-même indique donc bien que le propos n’est pas celui de montrer la possibilité pour un homme ordinaire de se transformer en bourreau mais bien celle d’une personne poursuivie par des démons bien particuliers de son passé.
[2] Eric-Emmanuel Schmitt, La part de l’autre, Paris, Albin Michel, 2001. Sur cette nécessaire humanité d’Adolf Hitler, voir notre article « La chute » de l’esprit critique in Espace de Libertés
[3] p.330. voir notre article, Un paradigme de l’idéologie d’extrême droite in Espace de Libertés n°340 de mars 2006, pp.20-21.
[5] Les personnes intéressées pourront également se plonger dans un nouveau livre appelé à devenir une référence : Bovy, Daniel, Dictionnaire de la barbarie nazie et de la shoah, Liège, Territoires de la mémoire-Luc Pire, 2007, 449 p.
mercredi 21 février 2007
Répondre à l'insécurité
Cet article a été publié dans Espace de libertés, n°350 de février 2007, pp.7-8
Inaugurée en 2004 par le livre de Nicolas Bárdos-Féltoronyi L’économie sociale et solidaire. Théories et pratiques, la collection « Comprendre » des éditions Couleurs livres s’était enrichie en 2005 d’un Economie politique par Yves de Wasseige qui en 288 pages et 622 points était un véritable cours d’économie comprenant même des exercices. Ces deux ouvrages assez ardus, malgré la volonté pédagogique de leurs auteurs, ont été rejoints par un troisième.
La sécurité sociale aujourd’hui
Comprendre la Sécurité sociale pour la défendre face à l’état social actif[1] est la troisième version, réactualisée, d’un document écrit pour la première fois en 1991. Ce livre couvre l’ensemble des aspects de la sécurité sociale, de son histoire au débat sur son financement et son avenir en passant par l’explication de sa structure branche par branche[2]. Tout en veillant à rester le plus accessible possible, Patrick Feltesse et Pierre Reman ne font pas l’impasse sur la nécessaire technicité de la matière notamment par la publication de nombreux tableaux très illustratifs sur les enjeux financiers. Comme la deuxième partie de leur titre l’indique, les deux auteurs publient ici un livre idéologique, au meilleur sens du terme, qui se veut un outil pour que les citoyens puissent se réapproprier un débat dont ils sont depuis trop longtemps exclu malgré qu’il les touche au premier plan. On estime en effet que plus de 25% des revenus disponibles des ménages sont issus de la redistribution sociale, que si 7% de la population vit dans l’extrême pauvreté plus de 35% ne le devient pas grâce à la sécurité sociale et qu’en région wallonne ce sont 40% des ménages qui seraient en difficultés financières sans la sécu. Dans ce sens, l’analyse en fin de volume des programmes des différents partis démontre combien le clivage gauche-droite est encore bien présent. Ainsi le concept « d’état social actif » introduit en 1999 est lourd de sens puisque, dans la ligne de la loi cadre de juillet 1996 appliquant les critères de Maastricht, il met le poids du respect des objectifs de Lisbonne sur la responsabilisation des individus sans réfléchir en parallèle aux problèmes de financement. Il s’agit là clairement d’un choix purement politique – certes influencé par l’Europe – comme en 2000 lorsque le gouvernement a privilégié les réductions fiscales à la liaison au bien être au moment où l’économie repart à l’embellie. Ou lorsqu’il décide pour promouvoir l’emploi d’une hausse des réduction des cotisations patronales[3] de 540 millions d’€ à 4,5 milliards entre 1993 et 2004, soit une augmentation de 900 % qui est loin de correspondre aux créations d’emplois de ces dix dernières années. Et les deux universitaires d’être très clair : « C’est en cela que l’on peut parler de complot néo-libéral. Lorsque l’Etat se prive volontairement de ses ressources, il entre déjà dans un processus de privatisation qui est d’autant plus pernicieux qu’il est, à ce stade, totalement implicite »[4].
Or, la sécurité sociale, dont le droit est inscrit dans la constitution depuis 1994 seulement et dont les principes généraux sont définis par une loi du 29 juin 1981, a pour objectif de protéger les personnes des risques que la société provoque. « Il ne faut pas oublier que la solidarité s’est développée non seulement suite à la pression populaire et à la volonté du mouvement ouvrier de développer une économie « sociale » à travers les coopératives et les mutualités mais aussi, parce que les pratiques sociales basées sur les seules valeurs de liberté et de responsabilité ont été incapables de proposer des réponses concrètes et pertinentes à la question du développement du paupérisme et des risques sociaux liés à l’industrialisation »[5]. Pour répondre à cet objectif, la sécurité sociale ne mobilise pas moins de 59,607 milliards d’€, soit environ 50 % du budget total de l’état. Le contrôle démocratique et le choix d’utilisation de cette somme importante sont donc des enjeux majeurs pour la société de demain. Comme l’est la question des effets du genre, soit la double inégalité des femmes dans la sphère familiale et sur le marché du travail, travail qui reste central dans la question de l’accessibilité et du montant des diverses allocations sociales. Les auteurs soulèvent ainsi la question de l’individualisation des droits, revendiquée par certaines associations de personnes précaires, tout en soulignant la complexité d’une réforme qui s’attaquerait au fondement de la sécurité sociale, déjà fortement fragilisée par l’extension des assurances complémentaires et du deuxième pilier (assurances-groupes et/ou fonds de pension) dont un tiers des salariés bénéficient mais qui a pour effet pervers que « le développement des protections complémentaires concourt à générer une inégalité croissante de la protection sociale totale, couvertures privées incluses. (…) de toute manière, le développement du second pilier consiste à transférer des moyens budgétaires sous forme d’avantages fiscaux à une partie des travailleurs des secteurs qui peuvent se permettre des hausses de salaire indirect (éventuellement au-delà de la norme salariale), au détriment du refinancement du 1er pilier qui est celui de tous »[6].
La CSG
Feltesse et Reman sont par contre favorables à la création d’une Cotisation Sociale Généralisée (CSG), idée remontant aux années 90 et qui est notamment portées par les syndicats. « L’assiette de prélèvement de la CSG ne se réduit pas aux revenus de l’activité professionnelle, mais englobe l’ensemble des revenus, notamment les revenus de remplacement imposables et les allocations familiales, les revenus du patrimoine, mobilier et immobilier. Elle serait aussi levée sur les sociétés. »[7] Avec un taux de seulement 3%, et en laissant de côtés les plus petits revenus, elle permettrait d’obtenir 2,5 milliard d’€ et ainsi d’élargir l’assiette du financement de la sécurité sociale qui dépendrait moins des revenus du travail alors que « la tendance à une insuffisance croissante des recettes est notamment liée au fait que les cotisations sont calculées sur une masse salariale qui en valeur relative a diminué, de 60% du PIB en 1980 à quelque 54% en 2003, tandis que la part des revenus de la propriété et celle des revenus des sociétés ont augmenté. »[8]. La sécurité sociale n’étant pas seulement un système d’assurance collectif mais également un outil de redistribution des richesses, cet élargissement de la base de perception vers les lieux où se trouve la richesse est indispensable, quand on sait que « le niveau des dépenses en pourcentage du PIB reste bien en dessous de celui du début des années 80 (15-16% au lieu de 19-20%). Une baisse est aussi observée pour l’ensemble de la protection sociale (…). Autrement dit, la protection sociale n’a plus suivi l’élévation de la « richesse nationale » ou plus justement du revenu national. Il en aurait été autrement si les allocations avaient été liées au bien-être »[9].
D’autant que, comme nous l’avons déjà souligné, la sécurité sociale a comme objectif principal de lutter contre le paupérisme, que l’on définit souvent comme un état permanent de précarité d’une partie de la population. Cette insécurité n’est pas le fruit du hasard mais bien le produit de l’activité économique et du caractère redevenant de plus en plus sauvage du capitalisme. « Un lien est constaté entre un niveau relativement élevé des dépenses de santé et notamment les régions à hauts taux de chômage ou les ménages à faible revenu. Il en va de même pour les différences d’état de santé et de mortalité. Nombreuses sont les affections qui se développent à la faveur de mauvaises conditions de vie ou de travail. Une meilleure prévention, une plus grande attention à sa propre santé ne suffisent pas à réduire la fréquence de ces affections. Les conditions de vie et de travail sont en effet liées aux rapports sociaux de travail (le développement de la concurrence, de la compétition, de la flexibilité et de la précarité, du stress au travail) ainsi qu’à la qualité et à l’accessibilité des fonctions collectives »[10].
L’insécurité sociale
C’est également ce constat qui est au centre du livre que Robert Castel a consacré à L’insécurité sociale[11]. Tout en insistant sur le fait que le risque zéro ne peut exister, le français insiste surtout sur le fait que l’insécurité n’est pas que civile mais est avant tout sociale car : « L’insécurité sociale n’entretient pas seulement la pauvreté. Elle agit comme un principe de démoralisation, de dissociation sociale à la manière d’un virus qui imprègne la vie quotidienne, dissout les liens sociaux et mine les structures psychiques des individus. (…) Etre dans l’insécurité permanente, c’est ne pouvoir ni maîtriser le présent, ni anticiper positivement l’avenir. C’est la fameuse « imprévoyance » des classes populaires inlassablement dénoncée par les moralistes du XIXe siècle. Mais comment celui que l’insécurité ronge tous les jours pourrait-il se projeter dans l’avenir et planifier son existence »[12]. Cet extrait est à mettre en parallèle avec le discours sur les chômeurs tenu aujourd’hui par les partisans de l’état social actif[13]. Castel insiste dans son ouvrage sur cette vérité souvent dérangeante en démocratie qu’ « une société ne peut se fonder exclusivement sur un ensemble de rapports contractuels entre individus libres et égaux car alors elle exclut tous ceux, et en premier lieu la majorité des travailleurs, dont les conditions d’existence ne peuvent assurer l’indépendance sociale nécessaire pour entrer à parité dans un ordre contractuel »[14]. D’où les nécessaires et indispensables protections sociales collectives présentes pour la plupart dans le système, certes encore perfectible, de la sécurité sociale. L’amélioration de ce système passe par des solutions innovantes, notamment dans la création de nouveaux droits liés à la formation et à la couverture des périodes transitoires, car le capitalisme a changé ainsi que le cadre de l’Etat-Nation. Pour Castel, le travail restera cependant central car « c’est dans une large mesure selon que le travail sera, ou non, sécurisé que pourra, ou non, être jugulé la remontée de l’insécurité sociale »[15].
Nous terminerons en reprenant l’intervention du député Harmand à la séance de la Convention du 25 avril 1793 : « Les hommes qui voudront être vrais avoueront avec moi qu’après avoir obtenu l’égalité politique de droit, le désir le plus actuel et le plus actif, c’est celui de l’égalité de fait. Je dis plus, je dis que sans le désir ou l’espoir de cette égalité de fait l’égalité de droit ne serait qu’une illusion cruelle qui, au lieu des jouissances qu’elle a promises, ne ferait éprouver que le supplice de Tantale à la portion la plus utile et la plus nombreuses des citoyens » [16] et le député de poser la question de la redistribution des terres et des fortunes. Est-il utile de préciser que 214 ans plus tard nous considérons cette intervention comme d’une terrible actualité, notamment pour les laïques ?
[1] Patrick Feltesse et Pierre Reman, Comprendre la Sécurité sociale pour la défendre face à l’état social actif, Coll. Comprendre, Charleroi, Couleurs livres, 2006, 232 pages, 24€
[2] Voir notre article La sécurité sociale a 60 ans in Espace de libertés n°326 de décembre 2004, pp.20-21.
[3] Dont on ne dira jamais assez qu’il s’agit d’un salaire différé des travailleurs et non d’une « charge patronale ».
[4] Patrick Feltesse et Pierre Reman, Comprendre la Sécurité sociale … op. cit. p.164. Pierre Reman a également coordonné le dossier « Sécurité sociale : le miroir nordique » paru dans le numéro de décembre 2006 de La Revue nouvelle.
[5] p.17
[6] p.147
[7] p.69
[8] p.66
[9] p.215
[10] p.161
[11] Robert Castel, L’insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris, Seuil, 2003.
[12] p.29
[13] Voir notamment le dossier consacré à cette question dans le journal du collectif « Solidarité contre l’exclusion » n°56 de novembre-décembre 2006, pp.21-35
[14] p.39
[15] p.86
[16] extrait du livre de Marcel Gauchet, La révolution des droits de l’homme cité par Castel p.27