On a beaucoup écrit sur le Fascisme pour essayer de le définir. Nous même avons abordé à plusieurs reprises cette question dans cette rubrique[1].
Sans entrer dans les détails d’un parcours que nous détaillerons dans le prochain article, disons simplement que Julius Evola est un nouvel exemple du lien entre les années 30 et l’extrême droite contemporaine. Cette dernière le considère encore aujourd’hui comme une de ses références idéologiques[2]. C’est ainsi que dans sa préface Philippe Baillet, membre de
L’importance de la hiérarchie
Nous l’avons déjà exprimé, l’antisémitisme – et plus largement le racisme - n’est pas le point central, le paradigme, de l’idéologie d’extrême droite. A ce niveau, Evola est très clair, lui qui dénonce les erreurs contenues dans le Manifeste de la race, ouvrage publié en 1938 et qui marque un tournant dans l’histoire du fascisme italien. « Concrètement, il s’agissait de constater qu’une nation n’est pas une « race », et qu’il y a chez tout ressortissant d’une nation historique diverses composantes et compossibilités. Un climat adéquat de tension élevée peut faire en sorte que, parmi ces possibilités, certaines prennent le dessus et agissent en faveur d’une différenciation qui peut atteindre progressivement le niveau même du soma. (…) Cet ordre d’idées n’a évidemment rien à voir avec un racisme inférieur, ni avec un vulgaire antisémitisme (…) »[7]. Evola dénonce donc les confusions idéologiques présentes à ce niveau et s’oppose, par exemple, à l’occidentalisation des colonies au nom de principes raciaux[8]. Il retient malgré tout qu’une branche aryenne de départ s’est divisé en trois groupes sur le continent européen : l’héllénique, le romain et le germanique. Le cœur de la doctrine raciste d’Evola s’inscrit clairement dans la logique du darwinisme social[9] : « Aucune nation historique n’est une « race ». Abstraction faite de certaines exigences eugéniques, parler de « défense de la race » en ces termes se ramenait donc à donner une vague coloration biologisante et ethnique à la position nationaliste (…) Car seule est « de race » et a une « race » une élite, alors que le peuple n’est que peuple, masse. La race étant identifiée et mélangée à la nation au point de parler de « race italienne », « race allemande », etc., même ce rempart tombait, se trouvait démoli. On pouvait et on peut donc prendre positions contre ce « racisme » en assumant un point de vue aristocratique et hiérarchique. »[10]
Ce concept de hiérarchie est fondamental pour l’articulation de sa pensée : « L’Etat vrai sera hiérarchique aussi et surtout parce qu’il saura reconnaître et faire respecter la hiérarchie des valeurs authentiques, en donnant le primat aux valeurs de caractère supérieur, ni matériel ni utilitaire, et en admettant des inégalités ou des différences légitimes de position sociale, de possibilité, de dignité. »[11]. L’Etat n’est donc pas le fruit d’un quelconque contrat social. « Ce n’est pas le contrat, ce sont les rapports de fidélité et d’obéissance, de libre subordination et d’honneur qui servent de fondement à l’Etat vrai. Il ignore la démagogie et le populisme »[12] et de préciser : « Il faut relever enfin que malgré les compromissions indiquées, l’idée de la réalité transcendante de l’Etat ne manqua pas d’être remarquée comme une caractéristique du fascisme, qui le différenciait de mouvements similaires : cette idée fut souvent perçue comme son élément distinctif, « romain », par rapport à l’idéologie nationale-socialiste dans laquelle l’accent était mis plutôt (du moins dans la doctrine) sur le peuple-race et sur
Le corporatisme
Si le parlement ne peut être issu d’un vote au suffrage universel qui donnerait le pouvoir à la « masse », il ne peut non plus avoir un trop grand pouvoir : «
On le voit avec la fin de cet extrait, cette troisième voie s’attaque, dans les faits, surtout aux travailleurs. « La juste solution, capable d’assurer un véritable engagement et une co-responsabilité aurait été, plutôt que la « socialisation », un système de participation par actions (avec oscillation des dividendes » des ouvriers et des employés, pour un quota des actions (incessible et ne pouvant être vendu), qui pourtant aurait toujours maintenu la propriété de l’entreprise aux mains de l’employeur »[19].
Une « vrai » droite contre-révolutionnaire
L’ennemi, et Evola l’exprime à de nombreuses reprises, est clairement la gauche en général et ses valeurs d’égalité. Il pousse d’ailleurs sa logique jusqu’à dénoncer certaines formes que put prendre l’extrême droite : « Le socialisme est le socialisme, et lui ajouter l’adjectif « national » n’est qu’un déguisement en forme de « cheval de Troie ». Le « socialisme national » étant réalisé (avec l’inévitable élimination de toutes les valeurs et de toutes les hiérarchies incompatibles avec lui), on passera au socialisme tout court, et ainsi de suite, parce qu’on ne s’arrête pas à mi-chemin sur un plan incliné »[20]. Le Fascisme de
« Structurellement, dans une certaine mesure, on pourrait donc appliquer au fascisme la désignation de « révolution conservatrice » potentielle, désignation qui fut utilisée pour différentes tendances apparues en Allemagne après la première guerre mondiale et avant l’hitlérisme (…) »[21]. Et Evola prolonge cette réflexion d’une manière plus philosophique en interrogeant la notion de progrès…: «jusqu’à quel point, à un certain moment, la juste orientation n’aurait pas été de se tourner vers ce qui est appelé « immobilisme » par ceux qui confondent la stabilité et une limite positive volontaire avec l’immobilité et l’inertie, et de reconnaître qu’un arrêt, un frein sur la direction « horizontale » du devenir, de l’évolution au sens matériel, technique et économique, de processus qui finissent par échapper à tout contrôle, sera toujours la condition d’un progrès ou d’un mouvement « vertical », de réalisation des possibilités supérieures et de la véritable autonomie de la personne. En somme, pour reprendre une formule connue, pour une réalisation de l’ « être » au-delà du « bien-être ». »[22]
Avec Julius Evola, nous retrouvons donc bien le schéma principal – qui n’est pas dénué d’exception à la marge - que nous analysons au fil de cette chronique, celui d’une extrême droite qui loin d’être une troisième voie est bien une droite contre-révolutionnaire[23] qui peut prendre des formes différentes. « Nous pouvons donc conclure ces considérations préliminaires en disant qu’idéalement le concept de la vraie Droite, de
[1] Voir notamment Un vrai fasciste : ni de droite, ni de gauche mais… d’extrême droite in Aide-mémoire n°31 de janvier-février-mars 2005 et Le bilan du nationalisme in Aide-mémoire n°39 de janvier-février-mars 2007.
[2] Voir La cohérence d’un engagement in Aide-mémoire n°40 d’avril-mai-juin 2007, La préparation de la reconquête idéologique in Aide-mémoire n°42 d'octobre-novembre-décembre 2007 et Le Militaria, porte d'entrée de l'idéologie d'extrême droite in Aide-mémoire n°46 d'octobre-novembre-décembre 2008.
[3] Evola, Julius, Evola, Julius, Le fascisme vu de droite. Suivi de notes sur le troisième Reich, Paris, Totalité, 1981, p.11
[5] Nous avons déjà abordé le Fascisme italien avec L’ascension fulgurante d’un mouvement in Aide-mémoire n°28 d’avril-mai-juin 2004.
[6] Sur ce concept voir notre article sur Pierre Vial : La tendance païenne de l’extrême droite in Aide-mémoire n°38 d’octobre-novembre-décembre 2006.
[8] On retrouve cette théorie dans l’extrême droite actuelle qui a adapté son discours et ne parle plus tellement de racisme mais plutôt de défense d’une identité propre à chaque espace.
[9] Voir notre contribution Nature et Darwinisme social dans le n°67 de
[14] Voir De l’inégalité à la monarchie in Aide-mémoire n°33 de juillet-août-septembre 2005.
[23] Voir La pensée « contrerévolutionnaire » in Aide-mémoire n°36 d’avril-mai-juin 2006.
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