samedi 24 novembre 2018

Faire don de sa personne


 Cet article a été publié dans Aide-mémoire n°86 d'octobre-décembre 2018, p.11

Nous avons à maintes occasions montré combien la figure du héros était présente au sein de l’extrême droite, dans le sens où tous les dirigeants de cette tendance démontrent et entretiennent une virilité qui assoit et garantit leur pouvoir. Cette fois-ci nous analyserons le discours d’une des figures emblématiques de l’extrême droite française, souvent évoquée[1] mais jamais encore analysée dans notre chronique.

Le héros de Verdun
Philippe Pétain (1856-1951) est un fils de cultivateur qui entre à l’école militaire en 1876. Il commence alors une carrière militaire assez modeste qui le trouve seulement colonel à 58 ans lorsque la guerre de 14-18 commence. Celle-ci lui permet de se faire enfin un nom, notamment lors de la bataille de Verdun qui lui vaudra le titre de « héros de Verdun », titre qui sera abondamment utilisé par la propagande de Vichy. A la fin de la guerre, il obtiendra le titre de Maréchal et continue sa carrière militaire comme chef des armées. Il se distinguera notamment dans la guerre du Rif, ou des armes chimiques seront utilisées contre les forces d’Abd-el krim. Avec la répression des mutins de 1917, ce sont deux épisodes controversés de la période militaire de Pétain. Nommé à l’académie française fin des années 20, il débute une carrière politique en février 1934 comme ministre de la guerre, poste qu’il ne gardera pas longtemps. Plus significatif sera son poste d’ambassadeur en Espagne franquiste à partir de mars 1939. Juste après le début de l’offensive allemande, il est nommé vice-président du conseil. Le 16 juin, il obtient la présidence du conseil et dès le lendemain il fait un discours, auquel De Gaulle répondra dès le 18, appelant à cesser les hostilités. Le 22 l’armistice est signé et début juillet c’est l’installation du gouvernement à Vichy, gouvernement qui mettra en place un « Ordre Nouveau » clairement d’extrême droite. Après l’épisode de Sigmaringen et un passage par la Suisse, il rentre de son plein gré en France où il est arrêté. Son procès se tiendra du 23 juillet au 15 août 1945. Il y sera principalement défendu par Jacques Isorni[2]. Frappé d’indignité nationale, il n’est pas condamné à mort mais enfermé sur l’île d’Yeu. Il en sortira pour mourir dans une maison privée le 23 juillet 1951. En 1973, un commando enlèvera son corps à l’instigation de Jean-Louis Tixier de Vignancourt[3] pour respecter les volontés de Pétain d’être inhumé à Verdun. La tentative rocambolesque échouera et le corps retournera sur l’île d’Yeu.

Un homme de 84 ans qui fait don de sa personne
Le livre que nous analysons ici reprend des textes couvrant la première année du régime de Vichy. L’importance que le nouveau régime y donne est illustrée par le fait que toutes les pages sont tricolores, le texte étant imprimé en bleu et chaque page ayant des marques rouges. Il est doté également d’un portrait de Pétain en civil. Dès le départ celui-ci se présente comme sauveur de la France : « (…) sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur »[4]. Atténuer ce malheur passe par une négociation avec les forces d’occupation qui dès le départ vont alterner ouverture et fermeté : « dès l’entrée en vigueur de l’armistice, mon gouvernement s’est efforcé d’obtenir du gouvernement allemand la possibilité de rentrer à Paris et à Versailles. Or, le 7 août, le gouvernement allemand m’a fait connaître que tout en maintenant son acceptation de principe déjà inscrite dans la convention d’armistice, il ne pouvait, pour des raisons d’ordre technique et tant que certaines conditions matérielles ne seraient pas réalisées, autoriser ce transfert »[5]. Une collaboration, et c’est intéressant, pleinement assumée dès le départ : « Cette collaboration doit être sincère. Elle doit être exclusive de toute pensée d’agression. Elle doit comporter un effort patient et confiant (…) Cette politique est la mienne. Les ministres ne sont responsables que devant moi. C’est moi seul que l’Histoire jugera. Je vous ai tenu jusqu’ici le langage d’un Père ; je vous tiens aujourd’hui le langage du Chef. Suivez-moi. »[6]. Position du chef inscrite dans les principes de l’ordre nouveau à l’article 8 : « toute communauté requiert un chef. Tout chef, étant responsable, doit être honoré et servi. Il n’est plus digne d’être un chef dès qu’il devient oppresseur »[7]. La politique de collaboration vise à maintenir l’unité nationale, qui inclut les colonies : « L’honneur nous commande de ne rien entreprendre contre d’anciens alliés. Mais l’intégrité du pays exige que soient préservées les sources de notre ravitaillement vital, que soient sauvegardés les postes essentiels de notre empire. C’est contre ces nécessités que s’insurgent chaque jour les propagandistes de la dissidence »[8]
La position du sauveur est d’autant plus importante que, comme Hitler envers la guerre de 14-18, Pétain considère que la France a perdu en mai 40 car elle s’est effondrée de l’intérieur et pas tellement par l’action de l’Allemagne. Au-delà d’un redressement matériel lié aux questions alimentaires et de la nécessité de limiter au maximum un rationnement devenu inévitable, de l’accueil des réfugiés (évoque le chiffre de 4 millions), de la réparation des infrastructures… C’est surtout d’un redressement moral dont la France a besoin : « Notre défaite est venue de nos relâchements. L’esprit de jouissance détruit ce que l’esprit de sacrifice a édifié. C’est à un redressement intellectuel et moral que, d’abord, je vous convie. »[9]. C’est pourquoi la figure du chef est aussi l’occasion de rompre avec une “fausse liberté” : « Nous leur dirons (aux jeunes) qu’il est beau d’être libre, mais que la « Liberté » réelle ne peut s’exercer qu’à l’abri d’une autorité tutélaire, qu’ils doivent respecter, à laquelle ils doivent obéir »[10]. C’est aussi dans cette logique que le paysan doit être remis plus en valeur par rapport au citadin : « Le citadin peut vivre au jour le jour. Le cultivateur doit prévoir, calculer, lutter. Les déceptions n’ont aucune prise sur cet homme que dominent l’instinct du travail nécessaire et la passion du sol. Quoi qu’il arrive, il fait face, il tient. C’est un chef »[11]
La conséquence logique est donc la conception d’un état fort : « Cet état sera hiérarchique et autoritaire, fondé sur la responsabilité et le commandement, s’exerçant de haut en bas, à tous les échelons de la hiérarchie (…) »[12]

Une révolution nationale d’extrême droite
Dès l’article premier des principes du régime que Pétain met en place, le triptyque Travail-Famille-Patrie[13] destiné à remplacer celui issu de la Révolution de 1789, est énoncé, marquant bien là la nature d’un régime qui voit le triomphe des adversaires de l’esprit des Lumières : « L’homme tient de la nature ses droits fondamentaux. Mais ils ne lui sont garantis que par les communautés qui l’entourent : la Famille qui l’élève, la Profession qui le nourrit, la Nation qui le protège »[14]. Si l’on retrouve un positionnement « ni gauche, ni droite »[15] : « Le travail des Français est la ressource suprême de la patrie. Il doit être sacré. Le capitalisme international et le socialisme international qui l’ont exploité et dégradé font également partie de l’avant-guerre. Ils ont été d’autant plus funestes que, s’opposant l’un à l’autre en apparence, ils se ménageaient l’un et l’autre en secret. Nous ne souffrirons plus leur ténébreuse alliance. Nous supprimerons les dissensions dans la Cité. Nous ne les admettrons pas à l’intérieur des usines et des fermes »[16], la solution proposée passe par la suppression des contre-pouvoirs acceptant très tôt de copier les solutions mises en place par le Nazisme :  « L’idée nationale-socialiste de la primauté du travail et de sa réalité essentielle par rapport à la fiction des signes monétaires, nous avons d’autant moins de peine à l’accepter qu’elle fait partie de notre héritage classique »[17]. En conséquence : « Le centre du groupement n’est donc plus la classe sociale, patronale ou ouvrière, mais l’intérêt commun de tous ceux qui participent à une même entreprise »[18] dans une parfaite logique corporatiste marqueur idéologique des mouvements d’extrême droite : « les organisations professionnelles traiteront de tout ce qui concerne le métier, mais se limiteront au seul domaine professionnel. Elles assureront, sous l’autorité de l’Etat, la rédaction et l’exécution des conventions de travail (…) elles éviteront enfin les conflits, par l’interdiction absolue des « lock-out » et des grèves. »[19]
Corporatisme, glorification des campagnes devant les villes et des manuels faces aux intellectuels : « Nous l’aiderons à en recueillir les influences vivifiantes, notamment en donnant à l’enseignement de la géographie et de l’histoire un tour concret, un caractère local et régional qui ajoutera les clartés de la connaissance à l’amour du pays. L’école primaire ainsi conçue, avec son complément artisanal, substituera à l’idéal encyclopédique de l’homme abstrait, conçu par des citadins, l’idéal beaucoup plus large, beaucoup plus humain de l’homme appuyé sur un sol et sur un métier déterminés »[20]  Éléments complété par un appel à la renaissance de la nation, à la réduction du rôle de la femme à celui de mère et évidemment la place du chef, tous thèmes déjà abondamment rencontrés dans notre chronique. Mais certaines déclarations vont encore plus loin dans la confirmation du caractère d’extrême droite du régime de Vichy, et ce dès son origine car dans les toutes premières mesures annoncées on retrouve : « (l’)épuration de nos administrations, parmi lesquelles se sont glissés trop de Français de fraîche date »[21]. Mesure confirmée plus loin : « La révision des naturalisations, la loi sur l’accès à certaines professions, la dissolution des sociétés secrètes, la recherche des responsables de notre désastre, la répression de l’alcoolisme, témoignent d’une ferme volonté d’appliquer dans tous les domaines, un même effort d’assainissement et de reconstruction »[22].
Et pour bien confirmer la place de Pétain dans notre chronique, un petit volet naturaliste : « La nature ne crée pas la société à partir des individus, elle crée les individus à partir de la société (…) Dans une société bien faite, l’individu doit accepter la loi de l’espèce »[23].


[1] Principalement dans Horthy : le Pétain Hongrois in AM n°80 d’avril-juin 2017
[2] Voir sur Isorni : L’histoire est incomplète sans le témoignage des perdants in AM n°73 de juillet-septembre 2015
[3] Voir sur Tixier : La cohérence d’un engagement in AM n°40 d’avril-juin 2007
[4] Maréchal Pétain, La France nouvelle. Principes de la communauté. Suivis des appels et messages 17 juin 1940-17 juin 1941, Paris, Fasquelle, 1941, p.15
[5] P.42
[6] P.89
[7] P.9
[8] P.135
[9] P.26
[10] P.61
[11] P.142
[12] P.160
[13] Voir Travail – Famille – Patrie in AM n°49 de juillet-septembre 2009
[14] P.7
[15] Voir Un vrai fasciste : ni de droite, ni de gauche mais… d’extrême droite in AM n°31 de janvier-mars 2005
[16] P30
[17] P.65 Voir Force, Joie et Travail! In AM n°45 de juillet-septembre 2008
[18] P.149
[19] P.81 Voir aussi L’extrême droite défend-elle les travailleurs ? in AM n°60 d’avril-juin 2012 et La « démocratie autoritaire » pour le bien des travailleurs in AM juillet-septembre 2013
[20] P.52
[21] P.33
[22] P.68
[23] P.113

mardi 16 octobre 2018

Un jour dans l'histoire sur le darwinisme social

J'étais le mercredi 10 octobre une deuxième fois l'invité de Laurent Dehossay dans son émission un jour dans l'histoire sur la première. Cette fois-ci pour parler du darwinisme social et de ma chronique dans Aide-Mémoire
écouter (et voir vu que c'était dans le grand studio) l'émission ici 

jeudi 6 septembre 2018

Un jour dans l'histoire sur les coopératives

Le jeudi 30 août j'étais l'invité de l'émission un jour dans l'histoire sur La Première pour évoquer l'histoire des coopératives à partir de mon étude publiée au CRISP.
Pour écouter l'émission en podcast, c'est ici

lundi 23 juillet 2018

Le foot dans quel but ?

C'est le titre du débat auquel je participerai le jeudi 26 juillet 2018. Il suivra la projection du film "Nous irons voir Pelé sans payer", dans le cadre du Cinéma d'ATTAC. Mon intervention sera basée sur l'article à paraître que je co-signe avec Olivier Starquit sur "football et lutte des classes". Les autres intervenant·es seront le réalisateur Gilles Elie et Ekaterina Gloriozova qui travaille à l'ULB sur la politisation des supporters russes.
Renseignements pratiques :
Cinéma Aventure, Galerie du Centre 57 (rue des Fripiers) à 20h.
Plus d'infos : https://www.cinema-aventure.be/index.php?mact=Agenda,cntnt01,DetailEvent,0&cntnt01id_event=2286&cntnt01returnid=59

samedi 21 juillet 2018

La vision complotiste de l’extrême droite


Cet article est paru dans le n°85 de juillet-septembre 2018 de La revue Aide-mémoire, p.11

Le complot judéo-maçonnique, agrémenté d’une forte dose d’anticommunisme, est un grand classique de l’extrême droite. Cette vision du monde complotiste peut prendre plusieurs formes différentes selon les pays et les époques tout en gardant la même trame générale

Un parcours une nouvelle fois très « classique »
Henry Coston (20 décembre 1910-26 juillet 2001) est une figure importante de l'extrême droite française dont le parcours montre la continuité des années 30 à aujourd’hui[1]. Il commence très jeune à militer au sein de l’Action Française[2] mais prend ses distances dès 1930 pour fonder "Jeunesses anti-juives", dont le programme comportait l'exclusion des Juifs de la communauté française et la spoliation de leurs biens. Reprenant les thèses et l’héritage d’Edouard Drumont[3], il relance La Libre parole en 1936 et tentera, comme ce dernier l’avait fait, de se faire élire à Alger. A partir de ce moment Coston est partie prenante d’une série de mouvement particulièrement radicaux comme le Parti National Populaire, où l’on retrouve notamment Ploncard D’Assac[4]. Après un bref passage au sein du parti franciste de Marcel Bucard, Coston rejoint dès 1934 les mouvements pro-nazis, ce qui lui vaut les attaques de la frange d’extrême droite germanophobe[5], telle l’Action Française. Avant la guerre il rejoint le PPF de Doriot[6]. Collaborationniste de la première heure, il s’implique principalement dans les officines de propagande antisémite et antimaçonnique où il publie notamment avec Georges Montandon[7]. La fin de la guerre le voit suivre les Nazis dans leur retraite. Il est finalement arrêté en Autriche en 1946 et condamné en 1947 aux travaux forcés à perpétuité sur l’île de Ré avec de nombreux autres pétainistes. Il recouvre la liberté dès le début des années 50. Dès sa libération il reprend ses activités d’écrivains au sein de diverses publications d’extrême droite[8]. dont Jeune Nation, Défense de l’occident, Présent… où il côtoie notamment Alain De Benoist[9]. Si lui-même se garde de franchir la ligne du négationnisme, il participe à la diffusion de celui-ci via sa maison d’édition La Librairie Française (qui sera reprise par Jean-Gilles Malliarakis, personnalité de la tendance solidariste de l’extrême droite[10]). Auteur prolifique, on doit à Coston des ouvrages comme : Les 200 familles au pouvoir, Le dictionnaire de la politique française ou encore Les financiers qui mènent le monde. A sa mort, le site internet d'extrême droite Unité radicale écrira dans le style euphémisé de l’extrême droite contemporaine que ce "très vieux combattant de la France française (…) luttait depuis 1928 contre les lobbies ethniques ou philosophiques" et qu’il n'"avait jamais abandonné le combat". »[11] tandis que Bruno Gollnisch (délégué général du Front National[12]) dira : "Monsieur Coston nous a montré le chemin du travail patient et essentiel de l'archiviste mais aussi de l'exceptionnel analyste qu'il était. Il restera pour nous une référence indispensable pour notre famille de pensée, gagnée, elle aussi, par l'oubli et le déracinement. Il a accumulé par son oeuvre des munitions intellectuelles qui serviront à d'autres après lui"[13]. Des personnes comme Philippe Randa, connu des liégeois pour avoir tenté d’implanter une librairie d’extrême droite en plein centre-ville, se revendique clairement de son héritage[14].
Un complotisme qui jette toujours le doute
Dès l’avertissement, le ton de l’ouvrage est donné : « Ce reprint reproduit le texte de la brochure que j’ai publiée en avril 1963. C’est à la demande de nombreux lecteurs que je fais cette réédition. L’ouvrage était en effet épuisé. La documentation que ce livre contient n’a pas vieilli : plus que jamais, les oligarchies financières ont partie liée avec la gauche et l’extrême gauche.»[15] Nous y reviendrons, mais la cible principale est comme toujours la gauche, surtout communiste. Dans cette même cohérence avec les thèses habituelles de l’extrême droite, on retrouve une critique de la révolution française et une défense de la Monarchie comme le système politique naturel : « Pour bien comprendre la situation dans laquelle se débattait ce souverain débonnaire, bientôt dépassé par les événements, il convient de se souvenir que selon les principes chrétiens sur lesquels reposait la civilisation européenne, la Terre et ses fruits appartiennent à Dieu. Les Monarques de la Chrétienté n’étaient, en quelque sorte, que les délégués du Très-Haut sur la planète, chargés de veiller à ce que chacun de leurs sujets reçût une part équitable des biens de ce monde »[16]. Pour Coston les causes de la Révolution sont claires. Il rappelle que Necker[17] est un étranger et que : « Loin d’être spontanée, la Révolution fut minutieusement organisée par ces sociétés de pensée qui répandaient, dans la bourgeoisie et la noblesse, les idées et les mots d’ordre d’une maçonnerie fortement organisée. (…) Les maçons n’étaient pas les seuls à comploter la fin du Régime absolu et la mort de Louis XVI. Les financiers, entre autres, étaient tout aussi acharnés à la déchéance d’un pouvoir dont la vigilance contrariait leurs plans »[18]. Pour asseoir son propos, l’auteur se base sur des sources classiques pour le champ de l’extrême droite : « Rivarol, dont les Mémoires demeurent un document de premier ordre sur les événements qui marquèrent l’époque, affirme que certains banquiers, en particulier Boscary, président de la caisse d’Escompte, auraient largement facilité la rébellion qui se préparait »[19]. Ce que Coston décrit au niveau de la révolution française, il le reprend concernant l’indépendance de l’Algérie : « La « Révolution » du 13 mai, qui s’était faite contre les « bradeurs », avait tout bonnement livré la France aux grands bénéficiaires de cette « braderie ». »[20], renvoyant vers son ouvrage Le retour des 200 familles pour la démonstration du soutien de la haute finance à « l’indépendance des peuples africains ».
Jeter la confusion pour développer un discours antisémite, antimaçonnique et anticommuniste.
La technique de Coston, c’est de prendre un fait ou un ouvrage qui peut jeter le doute sur « l’histoire officielle » et à partir de cela d’amener tout un raisonnement appuyant sa thèse du complot. Le côté particulièrement vicieux étant qu’après un long développement il prend la précaution de dire que les choses sont peut-être plus complexe et de manière très insidieuse de laisser soit disant le libre arbitre aux lecteurs. On peut donc parler pour Coston de confusionnisme. Aujourd’hui, nombre de publication émanant de l’extrême droite sur les réseaux sociaux jouent de cette technique. Un exemple sur le Nazisme, où il décrit un opuscule qui explique comment des banquiers américains ont financé par anticommunisme Hitler : « Après la guerre, outre M. Jenneth Goff qui écrivit une brochure pour expliquer que Hitler avait été l’instrument d’une conjuration juive, Mrs L. Fry, auteur de nombreuses publications antisémites, en particulier sur les « protocoles des sages de Sion », s’intéressa à cette ténébreuse affaire »[21]. On notera ici encore que Coston s’appuie sur des écrits de sa tendance, la pensée d’extrême droite s’autonourrissant. Et continuant le propos : « Faut-il voir, dans cette publication, une manœuvre politique ? Certains le pensent, en tout cas, et ils accusent les amis de M. Otto Strasser, évincé du Parti national-socialiste par Hitler, d’avoir monté l’opération de toutes pièces. Ils font remarquer que cette mystification – si c’en est une – nuisait aux capitalistes juifs et américains (p.37) autant qu’à Hitler. Or, M. Otto Strasser, resté foncièrement national-socialiste, antisémite et anticapitaliste, était violemment opposé à Hitler et au NSDAP. Son Front Noir dirigé de l’étranger depuis 1933, trouvait son compte dans une affaire qui discréditait à la fois ses ennemis de toujours et ses anciens amis. Mais, là aussi, aucune preuve n’est apportée. Si nous nous sommes un peu étendus à propos de ce livre hollandais, c’est parce qu’il nous a semblé impossible, dans une étude sur les commanditaires capitalistes du Parti National-Socialiste allemand, de ne pas publier toutes les pièces du dossier. Au lecteur, maintenant, de se faire une opinion et de conclure »[22] Notons que Coston tient en note de bas de page à s’étonner que les financiers n’aient pas été inquiété lors du procès de Nuremberg orientant ainsi la conclusion : « les « financiers » du mouvement bénéficièrent, eux, d’une surprenante (pas pour nous) indulgence des vainqueurs »[23]. Les attaques de l’auteur se font tout azimut et il règle aussi des comptes en interne de son courant politique, dénonçant le financement du PSF de De La Rocque[24].
Coston, comme de nombreux auteurs d’extrême droite, aime à dénoncer le capitalisme, mais un capitalisme « cosmopolite », dont les principaux acteurs sont « israélites » : « La banque israélite soutenait plus volontiers les partis, les journaux et les candidats de la gauche. L’industrie lourde réservait ses subsides aux organisations centristes et conservatrices »[25]. De même il profite de son ouvrage pour attaquer Léon Blum dont il souligne évidemment qu’il était « issu d’une riche famille israélite »[26]. Il reconnait ensuite combien la lutte contre le communisme sera la lutte prioritaire dans les années 30, évoquant le cas italien : « Le grand capital, pour qui la démocratie était le meilleur des régimes, commence à douter des avantages qu’il peut désormais lui procurer. Il en arrive à penser qu’il vaudrait peut-être mieux perdre quelque chose avec les fascistes que tout avec les communistes »[27]. Et de compléter : « Les grands industriels qui ont aidé le fascisme en Italie ont naturellement pensé qu’ils pourraient le manœuvrer et l’utiliser à leur gré. Il est évident que les trusts qui subventionnèrent Mussolini ne songaient pas, au début, à le pousser au pouvoir. Ils comptaient surtout se servir des milices fascistes pour contenir la poussée socialo-communiste »[28].
Coston conclut son livre en mentionnant la pensée de Maurice Bardèche[29], inscrivant ainsi parfaitement son étude dans une lignée politique claire : celle d’une extrême droite dont les fondements restent les mêmes d’hier à aujourd’hui.


[1] Le nombre de références ci-dessous à de précédents articles de notre chronique démontrent combien coston est au cœur de ce courant politique.
[2] Voir De l’inégalité à la monarchie in AM n°33 de juillet-septembre 2005
[3] Voir Un populisme du 19e siècle in AM n°29 de juillet-septembre 2004
[4] Voir La préparation de la reconquête idéologique in AM n°42 d’octobre-décembre 2007
[5] Voir Un résistant d’extrême droite in AM n°67 de janvier-mars 2014
[6] Voir L’anticommunisme d’un transfuge in AM n°59 de janvier-mars 2012
[7] Voir Antisémitisme et anticommunisme. Les deux mamelles de l’extrême droite in AM n°63 de janvier-mars 2013
[8] Voir La cohérence d’un engagement in AM n°40 d’avril-juin 2007
[9] Voir Le Gramsci de l’extrême droite in AM n°78 d’octobre-décembre 2016
[10] Voir Plongée chez les radicaux de l’extrême droite in AM n°76 d’avril-juin 2016
[11] Cité par L’obs dans l’article annonçant le décès de Coston (https://www.nouvelobs.com/societe/20010802.OBS7082/henry-coston-est-mort.html)
[12] Voir Retour sur le discours du fondateur de la dynastie Le Pen in AM n°56 d’avril-juin 2011
[14] http://eurolibertes.com/histoire/infatigable-henry-coston/ Voir La chine nationaliste n’est pas que celle de Tchang Kaï-Chek in AM n°71 de janvier-mars 2015
[15] Coston Henry, La Haute finance et les révolutions, Paris, Publications Henry coston, 1987, p.5
[16] P.55
[17] Jacques Necker (1732-1804), était suisse d’origine et le « ministre des finances » qui convoquera les Etats généraux en 1789.
[18] P.51
[19] P.62. Rivarol, de son vrai nom Antoine de Rivaroli est un pamphlétaire royaliste d’origine piémontaise (ce qui n’est pas sans ironie). Son nom sera donné en 1951 à un « hebdomadaire de l'opposition nationale et européenne » qui existe toujours et qui est un des périodiques (avec Minute, valeurs actuelles, Présent…) pivot de l’extrême droite française.
[20] P.87 Voir Quand la résistance et le droit d’insurrection sont-ils justifiés ? in AM n°55 de janvier-mars 2011
[21] P.31. Sur le Protocole : Un échec voué au succès. Les protocoles des sages de Sion in AM n°18 de juillet-septembre 2001.
[22] Pp-36-37
[23] Note p.37
[24] Voir Travail – Famille – Patrie in AM °49 de juillet-septembre 2009
[25] P.18
[26] P.72. Léon Blum (1872-1950) est une figure de socialiste française honnie par l’extrême droite surtout depuis qu’il a dirigé le Front Populaire. Son procès à Riom intenté par Vichy tournera au fiasco pour le régime pétainiste. Il survivra à sa déportation à Buchenwald et reprendra brièvement ses activités politiques après la Libération.
[27] P.9
[28] P.10
[29] Voir Quand le relativisme sert à masquer le négationnisme in AM n°34 d’octobre-décembre 2005, et surtout Le fascisme n’a pas confiance dans le peuple in AM n°53 de juillet-septembre 2010.