C'est sous ce titre que j'ai signé pour la première fois ce lundi 27 février l'édito de 6com, la lettre d'information socio-économique développée par la FGTB Métal Liège-Luxembourg. Je signerai dorénavant l'édito une fois par mois
Lors d’une conférence organisée dans la salle des congrès de la FGTB Liège-Huy-Waremme le jeudi 12 janvier 2012, l’économiste française Geneviève Azam posait notamment la question suivante : « la démocratie peut-elle fonctionner dans une société où la précarité augmente ? ».
La question se doit d’être posée à l’heure où l’Italie est dirigée par un gouvernement de technocrates et où la Grèce se voit mise sous tutelle européenne transformant un pouvoir démocratique en simple exécutant de mesures destinées à contenter les marchés financiers. Et où dans ses deux pays les conditions de vie des populations se dégradent. Tout comme au Portugal, en Espagne…
Et en Belgique ? Depuis le mois de décembre nous avons enfin un gouvernement. Sa formation fut le fruit d’une longue saga riche en rebondissements dont le dénouement se fera dans les 24h qui suivirent la dégradation de la note de la Belgique par l’agence de notation Standaard & Poor’s. Là où différentes pressions citoyennes, plus ou moins pertinentes, avaient échoué, une agence de notation chantre du capitalisme le plus agressif a réussi. De quoi se poser des questions.
Questions qui se multiplient à la découverte des mesures budgétaires prises par un gouvernement que l’on peut difficilement qualifier de gauche malgré la présence à sa tête de l’ancien président du Parti Socialiste. Car pour trouver les plus de 11 milliards nécessaires, c’est bien sur les dépenses et non sur les recettes que l’effort s’est principalement porté. Et au niveau des recettes nouvelles, toutes – loin de là - ne touchent pas les plus riches.
Le discours pour justifier de telles mesures est centré sur le fait que nous n’aurions pas le choix car nous serions dans une période de crise économique. Mais quelle crise ? Depuis plus de trente ans que l’on nous tient ce discours, le PIB (soit l’indicateur de la richesse produite dans notre pays) n’a cessé d’augmenter. Et celui qui lit la presse économique ne cesse de constater des bénéfices très majoritairement en hausse. Drôle de crise économique qui voit les dividendes des actionnaires exploser !
Si pour les riches actionnaires la situation ne semble donc guère mauvaise, pour les travailleurs il en est tout autrement. La dernière étude de l’Institut du Développement Durable relayée dans les médias le 23 février montre que le pouvoir d’achat a diminué, surtout pour les petits revenus. Ceux-ci ont vu le coût de la vie augmenter de 45% depuis 2000, notamment à cause des hausses du prix des loyers et de l’énergie. Une augmentation loin d’être compensée par une évolution comparable des salaires et des allocations sociales !
Et pour résoudre ce déséquilibre, que propose le gouvernement ? Un paquet de mesures de régressions sociales touchant principalement les allocataires sociaux, les femmes seules avec enfants… Les conséquences qui se marqueront dans les années qui viennent seront une augmentation de la pauvreté, particulièrement chez les jeunes et les pensionnés, qui est déjà scandaleusement élevée en Belgique (15 à 18% selon les estimations).
C’est contre cette logique d’une société de plus en plus duale où les riches continuent à s’enrichir tandis que les pauvres continuent à s’appauvrir et que ceux qui se situent au milieu disparaissent, que la FGTB a mené des actions et a fait une campagne intitulée « on a retrouvé l’argent ». Pour un petit montant de… 8 milliards d’€ dont 5 via la suppression des intérêts notionnels, ce système qui ne bénéficie qu’aux grosses multinationales et n’a aucune retombée économique réelle pour notre pays.
C’est contre cette logique qu’après-demain, mercredi 29 février une action syndicale est menée dans tous les pays européens. Et c’est dans ce cadre qu’à Liège nous nous retrouverons devant le siège de la Banque nationale sous le slogan « Oui à une Europe sociale, non à une Europe du capital ».
L’enjeu de nos mobilisations actuelles va bien au-delà d’une opposition à des mesures précises. Il s’agit de choisir le modèle de société que nous voulons.
Ne pas s’opposer aux mesures actuelles du gouvernement, ne pas défendre les alternatives crédibles proposées, accepter d’aller vers une société de plus en plus inégalitaire, c’est prendre le chemin qui a été pris dans les années 30. Et se rappeler que la démocratie n’a pas survécu au Krach économique de 1929 et à la faillite non pas alors de la Grèce mais de l’Allemagne.
C’est aussi se questionner à nouveau sur la définition que donnait du Fascisme Georges Dimitrov : « dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier. » À méditer au vu du programme de la NVa, de Marine Le Pen et de tous leurs semblables. Mais aussi de ce qui s’est passé ce dimanche 26 février chez Meister à Sprimont.