Vous trouverez rassemblés sur ce blog tous les textes que j'ai publié ainsi que quelques inédits et les annonces de mes conférences. Pour me contacter : julien.dohet@skynet.be
dimanche 22 juillet 2007
Les réductions du temps de travail et le 1er mai
Dans un souci de favoriser les réseaux, j'ai décidé de ne pas recopier le texte sur ce blog mais de vous renvoyer vers sa version PDF disponible en ligne.
vendredi 20 juillet 2007
Terrorisme ou Terrorismes (2)
Je vais publier dans les jours qui viennent l'ensemble de mes textes, certains remontant maintenant à quelques années. A les relire, j'avoue être rassuré sur ce que j'y disais. C'est notamment le cas d'un texte que j'avais écrit en décembre 2003 avec feu Michel Hannotte (le fondateur de l'IHOES) dans la revue Politique et que nous avions intitulé d'une manière quelque peu provocatrice mais non moins pertinente, Le Résistant, un terroriste victorieux
Ce texte nous avait valu une réplique d'Hugues Lepaige intulée Terrorisme et résistance : confusion et complaisance. En ce mois de juillet 2007, au vu de la situation en Irak et en Afghanistan, je ne peux que le reproduire ci-dessous car j'en maintiens plus que jamais le propos.
En Irak, le 19 août 2003, une violente attaque contre le siège de l’ONU fit une quinzaine de victimes. Cinquante ans plutôt, au Proche-Orient et en Europe, des troupes occupantes étaient déjà prises pour cible. Attentats extrémistes ou actes de résistance ? Un éclairage historique s’impose.
Après une guerre d’invasion de l’Irak très rapide, les Américains ont proclamé la fin des principales hostilités début mai. Cependant, le corps expéditionnaire qui pensait pouvoir rentrer chez lui rapidement doit déchanter. Le peuple irakien, sachant qu’il ne pouvait résister frontalement à la technologie et à la puissance de feu des Américains, s’est replié et est depuis entré en résistance.
Début novembre 2003, les pertes américaines s’élèvent à plus de 140 tués et 1.500 blessés, chiffres supérieurs à ceux des pertes subies pendant la campagne ; sans compter les suicidés et les déserteurs. Selon la RTBF les troupes d’occupation subissent jusqu’à 25 harcèlements par jour à travers tout le territoire. La résistance irakienne tend à montrer au monde qu’elle considère l’armée américaine pour ce qu’elle est : une armée d’occupation étrangère dans un pays souverain. Au moment où nous bouclons cet article, les attentats simultanés dans Bagdad et la destruction d’un hélicoptère lourd par un missile sol-air, indiquent à tout observateur attentif que les réseaux de résistance possèdent des moyens humains, militaires, techniques et des chaînes de commandement. Une stratégie multiforme est ainsi développée : infliger des pertes à l’ennemi et affaiblir son moral, désorganiser les tentatives du proconsul Paul Bremer de rétablir une vie administrative « normale » et donc faire apparaître l’occupant comme isolé, y compris en s’en prenant à ceux qui collaborent ; enfin, contrer l’effort américain de s’approprier les ressources pétrolières nationales en sabotant les oléoducs. Il apparaît évident que ces combattants bénéficient de sympathies populaires et de complicités suffisantes pour assurer le renseignement militaire nécessaire à l’action. Ces opérations ne peuvent être considérées, comme l’affirme l’administration Bush, de soubresauts désespérés de nostalgiques du régime baasiste. Deux autres actions ont attiré plus particulièrement l’attention des médias. L’une coûta la vie à un membre du conseil de gouvernement irakien mis en place par l’administration américaine pour être reconnu comme l’interlocuteur irakien par la « Communauté internationale » |1|. L’autre s’attaqua au siège de l’ONU à Bagdad le 19 août 2003 et fit une quinzaine de victimes dont le représentant spécial, Vieira De Mello. Cet attentat a marqué l’opinion. Il a été dénoncé immédiatement par les médias occidentaux comme un acte de « terrorisme aveugle » et qualifié de « sans précédent dans l’histoire de l’ONU ». Bernard Kouchner |2| (avec le pathos qu’il affectionne) a attribué cet attentat à l’extrémisme islamique « qu’il faut combattre avec l’ONU... et les Américains ». A-t-il déjà oublié qu’il défendait, il y a quelques années à peine, ces mêmes extrémistes islamiques, ceux de l’UCEKA du Kosovo contre les Serbes ?
L’attentat est-il aussi « unique » dans l’histoire des Nations Unies qu’on le prétend ? Une connaissance élémentaire de l’histoire du Moyen-Orient permettra de relativiser le propos et servira à appuyer notre réflexion.
Jérusalem, il y a 50 ans
Jérusalem, le 22 juillet 1946. Une camionnette se dirige vers l’hôtel King David. Arrivé à hauteur de l’entrée, deux hommes sortent du véhicule, maîtrisent la sentinelle et enferment toutes les personnes présentes. Le commando place 350 kilos de dynamite avant de battre en retraite sous le feu de la police. À 12h37, une formidable explosion secoue l’édifice dont l’aile sud s’effondre. Le bilan est lourd : 91 morts. L’hôtel abritait le QG de l’administrateur civil et militaire britannique en Palestine. Les membres du commando, déguisés en Arabes, font partie de l’Irgoun, une milice sioniste de droite dirigée par Menahem Begin |3|, futur premier ministre d’Israël !
Jérusalem, le 17 septembre 1948. Un convoi de l’ONU est arrêté à un barrage de l’armée israélienne. Soudain un homme surgit et ouvre le feu sur l’une des voitures du convoi. Deux personnes sont tuées : un colonel français et le comte Folke Bernadotte, médiateur suédois de l’ONU. Sauveur de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, ce dernier était l’auteur d’un plan destiné à régler le problème entre Juifs et Arabes jugé trop favorable aux Arabes par les Israéliens. Bernadotte vient d’être assassiné par des membres du Lehi, mouvement constitué des disciples d’Abraham Stern et dissident de l’Irgoun. L’un des triumvirs du Lehi n’est autre que Itzhak Shamir, un autre futur premier ministre d’Israël ; l’assassin du comte Bernadotte deviendra le garde du corps de Ben Gourion |4| , le premier chef du gouvernement israélien.
Ces deux exemples, œuvres de groupes juifs ayant choisi l’option de la lutte armée, ont à l’époque été qualifiés de « terroristes ». Ils rappellent que la violence fut aussi utilisée par les Israéliens pour obtenir l’indépendance et la constitution de leur État national face à l’occupation anglaise. Comment ne pas faire le parallèle avec la résistance palestinienne à l’occupation israélienne et qui est traitée de « terroriste » par le gouvernement d’Ariel Sharon ? Interrogeons-nous aussi sur le caractère « légal » et non « aveugle » que constitue le fait de tirer à la roquette à partir d’hélicoptères sur des voitures circulant dans des rues fréquentées par des femmes et des enfants afin « d’exécuter » de manière extrajudiciaire, c’est-à-dire d’assassiner, des personnes n’ayant jamais été jugées coupables d’un crime par un tribunal ordinaire. La lucidité dépendrait-elle du niveau technologique dont dispose un des adversaires, ou bien la violence de l’État le plus puissant serait-elle toujours la seule acceptable ?
Résistances légitimes
Sans entrer dans la polémique sur le bien fondé de l’action des uns et des autres, constatons qu’à différentes périodes de l’histoire, des peuples - ou en tout cas des minorités agissantes qui n’ont pas été ultérieurement dénoncées ni condamnées par eux, mais au contraire reconnues comme légitimes ou héroïques - ont estimé devoir recourir à des actes de guerre comme moyens efficaces et légitimes de réaliser leurs buts nationaux ou sociaux, mettre fin à une occupation étrangère ou une oppression politique et prendre en main leur destinée. La guerre d’indépendance des États-Unis, les guerres de libération nationale, d’Algérie et du Vietnam en témoignent. Plus globalement, la violence dans l’histoire est un phénomène complexe que l’on doit certes appréhender à partir d’un point de vue éthique, mais qui n’est pas entièrement réductible à des considérations d’ordre moral. De Dostoïevski à Camus, de Robespierre à Lénine, plus d’un philosophe ou d’un penseur politique se sont interrogés sur l’adéquation de la fin et des moyens à mettre en œuvre. Il importe en tout cas de réagir aux événements dramatiques qui interviennent à travers le monde, au Proche-Orient en particulier, en intégrant dans notre réflexion le maximum de déterminations possibles et en se gardant de coller des étiquettes qui n’apportent pas de sens ajouté, mais créent le climat idéologique favorable à la justification de l’intervention impériale.
Pour conclure provisoirement, il nous semble important de revenir sur l’occupation de la Belgique par la Wehrmacht et les Nazis de mai 1940 à septembre 1944. Très vite, des individus se regroupent pour refuser l’ordre nouveau et s’opposer aux forces d’occupation. « Hors du pays l’occupant ! » deviendra le cri de ralliement et le point de convergence des patriotes déterminés dont les motivations citoyennes sont très diverses, voire diamétralement opposées. Apparition du célèbre V de Churchill sur les murs, sur des tracts, rassemblements à des dates symboliques de l’indépendance nationale, comme le 21 juillet ou le 11 novembre, sont parmi les premières formes visibles du refus populaire. Les résistants s’organisent en réseau puis en front qui couvrent bientôt tout le pays et établissent des liens avec le gouvernement belge légal en exil à Londres. Ils diversifient leurs modes d’action : solidarités diverses (clandestins, réfractaires et Juifs...), presse clandestine, etc. Des grèves sont déclenchées. Elles combinent les revendications économiques et le freinage de l’effort de guerre imposé par l’ennemi. Le pas est rapidement franchi du recours à la lutte armée, aux sabotages et à l’élimination des collaborateurs. En mars 1941, les Allemands comptabilisent déjà 419 actes de sabotages pour la Belgique et le Nord de la France, soit plus d’un sabotage par jour en moyenne. Les actes de résistance s’amplifieront jusqu’à la libération du territoire. L’occupant dénonce ces « attentats terroristes » et s’accorde tous les droits et tous les moyens pour combattre ces bandits, plus criminels que les droits communs : arrestations, déportations, procès expéditifs devant des tribunaux militaires suivis d’exécutions, tortures, représailles sur la population civile ou les otages. Pour les résistants ainsi réprimés, et pour les nombreux concitoyens qui les approuvent secrètement ou même les soutiennent, ce sont des actions héroïques pour mettre fin à l’occupation étrangère et à l’oppression fasciste. Le titre de résistant, voire de martyr, devient un titre de gloire. Mort ou vif, le résistant est un héros car il a eu le courage de dire non ! Cette façon de ressentir les choses s’exprimera massivement après la Libération lorsque le pays votera une loi de « reconnaissance nationale » et établira des statuts qualifiant les différents types de résistance.
Autodétermination
Ce qui est dénoncé aujourd’hui par l’administration américaine et ses alliés comme « les derniers soubresauts de nostalgiques de l’ancien dictateur » ou encore d’« actes terroristes de membres d’Al Qaïda », apparaît chaque jour plus clairement comme la volonté de résistance de groupes qui reçoivent le soutien croissant du peuple irakien. Cette réalité, illustrée de manière de plus en plus perceptible sur le terrain, n’est plus ignorée par les médias qui commencent à établir des comparaisons avec la guerre du Vietnam et utilisent de manière régulière le terme de guérilla, ainsi que celui de résistance.
Cette guerre d’agression ne devait pas être menée. C’était le sens de l’immense manifestation populaire mondiale du 15 février 2003. C’est le point de vue d’une majorité d’Etats aux Nations unies. Il faut laisser le peuple irakien libre de choisir son régime politique et son avenir.
|1| Cette notion à géographie variable représente une coalition d’intérêts occidentaux impérialistes face à une crise nationale ou régionale, mais n’a aucune valeur au niveau du droit international. Seule l’ONU peut représenter la communauté des États et des nations.
|2| France 2, JT de 20 h, 20 août 2003
|3| Elie Barnavi, L’Irgoun fait sauter l’hôtel King David in Israël, Palestine, un destin partagé. 1897-1997 (coll. L’histoire au jour le jour). Le Monde, octobre 1997, p.16.
|4| Jean Gueyras, L’assassinat du médiateur in Israël... op. cit., p.22-23.
Le dogme de la compétitivité
Cet article a été publié dans Espace de libertés, n°355 de juillet 2007, pp.28-29
Pascal Durand dans son introduction au livre qu’il a coordonné, Les nouveaux mots du pouvoir, explique que « ce serait désormais le monde de l’entreprise qu’il conviendrait d’attribuer en fait d’horizon indépassable à nos sociétés contemporaines, c'est-à-dire la régression consentie de la politique à une technologie de la corporate governance et à l’application généralisée de la logique de l’économie de marché (convertie en « lois de l’économie ») »[1]. Dans cet ouvrage, plusieurs auteurs analysent comment le vocabulaire forge notre vision de la société et est bien un outil idéologique parmi d’autres. Rappelons nous la novlangue de Georges Orwell. Si tous les champs socio-politiques sont couverts, le vocabulaire économique est largement étudié avec des entrées comme Dérégulation, Compétitivité, Dégraisser, Employabilité, Modération salariale…
Cette lutte contre la pollution du discours par une idéologie qui ne dit pas son nom, plusieurs collectifs la mènent maintenant depuis plusieurs années, sur Internet avec Les mots sont importants[2], mais aussi dans le monde réel avec des collectifs comme ATTAC qui travaillent depuis la fin des années 90 à la déconstruction du discours économique dominant. C’est ainsi qu’une des sections bruxelloises de l’association a publié une histoire économique de la Belgique d’après guerre en collaboration avec la FGTB et la CSC. L’étude est à deux niveaux. Le premier, illustré par Salemi, fait 36 pages tandis que le deuxième, plus complet, comprend des graphiques et fait 68 pages d’un texte serré[3].
Reprendre notre histoire
Le propos des deux textes est de permettre, comme l’indique le titre de la conclusion, de « reprendre notre histoire » car, par exemple, « Comment pouvons-nous comprendre le changement de logique dans les années 80 ? La réponse n’est pas économique, mais politique : les détenteurs de capitaux s’estiment lésés dans le partage de la richesse créée. Ils travaillent, depuis 20 ans déjà, à des changements politiques et culturels qui leur permettront de retrouver ce qu’ils estiment leur appartenir. Leurs idées arrivent au pouvoir autour des années 80 avec les libéraux en Belgique, Reagan aux Etats-Unis, Thatcher en Angleterre… »[4] Ce tournant des années 80 est général et s’appuie sur un discours préparé depuis longtemps.
Les auteurs de cette brochure de vulgarisation s’attachent donc à relire l’histoire économique de Belgique en montrant combien la « science économique » est loin d’être aussi unilatérale que le discours ambiant essaie de nous le démontrer, ce qui est également le propos d’Yves De Wasseige dans son récent Comprendre l’économie politique[5]. Expliquant les mécanismes de financement de la sécurité sociale[6], les auteurs précisent : « On présente ainsi les baisses de cotisations sociales comme une mesure nécessairement bénéfique à l’emploi qui ne toucherait pas le portefeuille des travailleurs. Or, il s’agit bien dans les faits d’une diminution de salaire ! »[7] puisque la différence entre le brut et le net est un salaire qui est différé sous la forme de l’assurance sociale obligatoire. Il en est de même de l’impôt qui permet le vivre ensemble et qui doit nécessairement être proportionnel à la capacité contributive. Et les auteurs de tordre le coup à une autre idée reçue qui fait aujourd’hui de nombreuses personnes des petits capitalistes qui n’auraient aucun intérêt à voir une taxation du capital se mettre en place. Or le capital, « c’est une masse d’argent dégagée des nécessités de la consommation (…) suffisante pour permettre à son propriétaire d’acquérir une activité génératrice de profit »[8] ce qui exclut en fait l’épargnant qui met de coté afin de différer sa consommation (voiture, maison…) mais aussi celui qui a quelques SICAV ou une épargne pension, toutes économies qui l’empêchent de devenir rentier mais qui ont la grande force idéologique de lui donner l’impression qu’il est dans le même jeux que ceux qui détiennent réellement les capitaux.
Le mythe de la crise
Mais la principale caractéristique du discours économique aujourd’hui est d’insister constamment sur le fait que nous vivons depuis le tournant du milieu des années 70 sous les effets d’une crise économique. Si des mutations se sont effectivement produites, il est important de souligner qu’elles sont le plus souvent le fruit de décisions politiques. Ainsi, en 1979 la réserve fédérale américains fait exploser les taux d’intérêts, ce qui dans une économie dollarisé depuis Bretton Woods et après la décision américaine de 1971 de rompre la régulation monétaire internationale pour financer la guerre du Vietnam, a pour conséquence une meilleure rentabilité du capitalisme financier sur le capitalisme industriel. De plus « Le terme de crise fait souvent penser à l’idée d’appauvrissement. Or, au cours des 25 dernières années, soit l’espace d’une génération, les revenus réels ont encore augmenté de 70% environ »[9]. Mais ce qui change, c’est leur répartition au sein de la population car « Sur l’ensemble de la période d’après-guerre, le taux d’imposition du capital a légèrement augmenté (en gros, de 25% à 27%) tandis que la fiscalité sur les revenus socio-professionnels (revenus imposables du travail et revenus sociaux de remplacement) faisait plus que tripler (d’un peu plus de 6% à un peu plus de 21%). Tout s’est joué dans les années 1980 au cours desquelles le taux d’imposition du capital a été divisé par près de deux »[10].
Compétitivité et productivité
Le paradigme qui guide les diverses mesures économiques aujourd’hui est celui de la compétitivité qui permet de ne pas remettre en cause les bénéfices des entreprises par un contrôle de l’inflation mais de mettre la pression ailleurs, notamment en choisissant une société à haut taux de chômage et à emploi précaire et partiel alors que d’autres mesures seraient possibles.
Cette question de la productivité et donc de la compétitivité de nos entreprises dans une économie mondialisée est au centre d’un ouvrage au titre explicite : Capital contre travail.[11] Premier livre publié dans une collection « L’autre économie » qui se veut un outil de contestation de l’idéologie qu’est la pensée unique de l’économie libérale, ce texte est une réaction à l’enchaînement de mesures qui vont à l’encontre des intérêts des travailleurs salariés et qui sont contenues dans « le pacte de solidarité entre les générations » qui a été tout de suite suivi par un « pacte de compétitivité » qui lui-même était destiné à cadenasser le cadre de discussions de l’accord interprofessionnel. Ecrivant également dans un langage simple et accessible les auteurs démontrent combien aujourd’hui c’est la classe moyenne qui est de plus en plus touchée par le phénomène de paupérisation via la sous-traitance, la dégradation des conditions de travail, le stress, la multiplication des statuts atypiques (surtout pour les femmes), bref par le phénomène de la « flexiprécarité ». A nouveau, plus qu’économique, les raisons de cette évolution sont politiques dans la foulée du traité de Maastricht : « Chasse aux chômeurs, prolongation des carrières, élévation de l’âge de la pension, incitation des handicapés au travail… Ces politiques paraissent absurdes. Pourquoi rendre les travailleurs sans emploi responsables de leur situation, alors qu’il y a un manque manifeste d’offre de travail ? (…) absurdes, ces mesures ? Pas à l’aune de l’objectif de compétitivité, la philosophie fondamentale du processus de Lisbonne. De ce point du vue : parfaitement cohérentes. Tout s’éclaire. Rendre les sans emploi plus actifs dans leur recherche de travail, obliger les travailleurs « âgés » à rester sur le marché, inciter même les handicapés à être demandeurs d’emploi, tout cela participe à l’orientation fondamentale des autorités européennes en faveur des entreprises, à savoir augmenter l’offre de travail pour faire baisser son prix sur le marché »[12].
Un processus irréversible ?
Permettre aux gens de comprendre le monde dans lequel ils vivent est un enjeu démocratique fondamental. Les débats sur la constitution européenne et sur la directive Bolkenstein sont emblématiques à ce propos. Pour les trois auteurs il s’agit là de la première piste de solution. La deuxième est clairement la relance d’un processus de réduction du temps de travail. Enfin, face aux poids des multinationales les Conseils d’entreprises européens efficaces sont préconisés. « Ce n’est, tout cela, qu’un début. Plus de vingt ans d’économie libérale pèsent sur le mouvement ouvrier. C’est une pente qu’on ne remontera pas de sitôt, un rapport de forces qu’on n’inversera pas d’un tournemain. Mais, on l’a dit, il y a des frémissements, des signes indiquant que la conjoncture change. »[13].
Et dans ce travail, la laïcité, grâce à la méthode du libre-examen qui exige de ceux qui la pratiquent de se détacher de tout dogme et de toujours faire preuve d’esprit critique non seulement sur les questions religieuses mais également sur les questions socio-économiques, a certainement un rôle à jouer plus important qu’aujourd’hui.
[1] Pascal Durand, sous la direction de, Les nouveaux mots du pouvoir. Abécédaire critique. Sur l’importance des mots, voir O. Starquit Les mots du pouvoir… le pouvoir des mots in Le revue Aide-mémoire n°39 de janvier-février-mars 2007 p.5
[2] www.lmsi.net
[3] Economie belge de 1945 à 2005. Histoire non écrite, Bruxelles, Attac Bx2–FGTB Bx-CSC BX, 2006
[4] Brochure « simplifiée », p.20.
[5] De Wasseige, Yves, Comprendre l’économie politique, Charleroi, Couleurs livres, 2005. L’ouvrage est complété par un livre de Résumés, tests et exercices.
[6] Sur la sécurité sociale voir nos deux articles : La sécurité sociale a 60 ans in EDL n°326 de décembre 2004, pp.20-21 et Répondre à l’insécurité sociale in EDL n°350 de février 2007, pp.7-8
[7] Brochure « simplifiée », p.27
[8] Brochure « complexe », p.9
[9] Brochure « complexe », p.22
[10] Brochure « complexe », p.42
[11] Xavier Dupret, Henri Houben, Erik Rydberg, Capital contre travail. Préface de Bruno Baudson, Coll. L’autre économie, Charleroi,
[12] id. p.57
[13] p.94
Une presse alternative a-t-elle un avenir ?
Cet article a été publié dans Espace de libertés n°355 de juillet 2007, p.26
Faisant suite à un colloque international qui s’est tenu à l’ULB, les éditions Aden publient une étude de 80 ans d’existence d’une presse radicale qui sera longtemps dominée par la presse communiste[1].
Le livre retrace, à travers 18 contributions, l’histoire de cette presse militante qui, a de très rares exceptions comme celles de L’Humanité, aura une diffusion relativement confidentielle. Ainsi, en Belgique, Le Drapeau rouge, ne connaîtra un relatif succès qu’à la Libération. A partir de la guerre froide, le journal connaîtra une longue descente, jusqu’à sa disparition pure et simple au moment de l’effondrement de l’URSS. Après l’échec de Liberté et d’Avancée, son (très) lointain héritier est aujourd’hui le Journal du mardi même si depuis juillet 2004 la Parti Communiste a relancé son titre historique sous la forme d’un mensuel. Ce dernier, dans sa forme comme dans son contenu et sa diffusion, se rapproche des 41 autres titres paraissant aujourd’hui en Belgique dont
Mai 68 est à ce niveau une date charnière analysée par Mathieu Beys au travers de l’étude de trois titres, Notre temps, Hebdo et Pour, qui ne connaîtront jamais un lectorat suffisant. « Les trois titres évoqués ici n’auraient pas pu vivre sans l’investissement militant énorme apporté par de nombreux collaborateurs bénévoles. Certains ont abandonné leurs études ou un poste rémunérateur pour s’engager dans l’aventure de la « contre-information ».»[3] Toutes ces aventures éditoriales étaient basées sur le concept de l’autogestion mais n’échapperont pas aux luttes d’influences internes et à la place prépondérante de certaines personnalités. Ni à la tentation de l’action politique, comme lorsque « Les 12 et 13 février 1977, l’organisation politique Pour Le Socialisme (PLS), pure émanation du journal, est constituée au siège de Pour, essentiellement sous l’impulsion de quatre militants liégeois (Francis Biesmans, Luc Pire, Marc Jacquemain et Jean Peltier). »[4].
De tous les exemples analysés dans les différentes contributions, la seule a avoir une pérennité et un succès qui lui permet d’être toujours présente aujourd’hui est italien. Le quotidien Il manifesto, fondé en avril 1971, vend en moyenne 30000 exemplaires. Une coopérative dont font partie ceux qui travaillent dans la rédaction en assurant l’indépendance. Issu d’une dissidence du PCI historique au lendemain de 1968 son expérience aura un écho international[5]. Signalons enfin que c’est à ce quotidien qu’appartenait la journaliste Giuliana Sgrena, capturée en Irak en 2005 et dont la libération avait été le théâtre d’une des nombreuses bavures de l’armée américaine.
A l’heure des médias contrôlés par quelques groupes financiers, continuer à diffuser des périodiques portant un message différent est une mission démocratique fondamentale. Et ce n’est peut-être pas un hasard si dans un trimestriel comme Politique on retrouve de nombreuses personnes dont le nom parsème ce livre. Face à ce questionnement sur la possibilité d’une « gauche de gauche » et de sa presse, le parcours d’un Louis De Brouckère qu’analyse Pierre Van Dungen est exemplaire : « Pour De Brouckère, l’action politique doit se référer sans cesse aux principes, y compris lorsqu’elle devient tactique. Car Louis De Brouckère adhère à une doctrine : il devient marxiste en 1894, à 24 ans. Il appuie dès lors sa pensée sur trois socles qui jamais ne vacilleront dans son esprit, l’internationalisme, la lutte des classes et le respect de la démocratie sans lesquels, précise-t-il, la doctrine s’abaisse »[6]. Trois principes qui permettent de réaliser le triptyque Liberté – Egalité – Fraternité qui, ses trois composantes réalisées au même niveau, reste pour nous les conditions à la réalisation d’une véritable démocratie, dont le plan politique est complété par les plans économiques et sociaux.
[1] Sous la direction de José Gotovitch et
[2]
[3] Mathieu Beys, Sous les pavés, une presse libérée ! Trois tentatives de journalisme radical en Belgique après 68 in Presse communiste op.cit p.81
[4] Id. p.71. Tous les quatre sont encore bien présents dans le paysage politique, le 1er comme président du Mouvement socialiste wallon, le 2e comme célèbre éditeur, le 3e comme militant au PS et le dernier comme pilier historique d’une des tendances trotskistes sur Liège (le MAS-CAP).
Chronique sur les écrits d'extrême droite
- Ref. L’espoir wallon. Histoire du mouvement (1995-1998) (n°16 de janvier-février-mars 2001) d’après la brochure de Marc Levaux, Ref L’espoir wallon. Histoire du mouvement (1995-1998), Liège, éditions Reflex.
- Joseph Goebbels. Combat pour Berlin (n°17 d’avril-mai-juin 2001) d’après le livre de Joseph Goebbels, Combat pour Berlin, Paris, éditions St-Just, 1966.
- Un échec voué au succès. Les protocoles des sages de Sion (n°18 de juillet-août-septembre 2001) d’après le livre « Protocols » des sages de Sion. Traduits directement du russe et précédés d’une introduction par Roger Lambelin. Avec une reproduction de la couverture russe de 1912, 7e tirage. Paris, Grasset, 1934.
- Un cinéaste sous le nazisme : Veit Harlan (n°19 d’octobre-novembre-décembre 2001) d’après le livre de Veit Harlan, Souvenirs ou le cinéma allemand selon Goebbels, Paris, France-Empire, 1974.
- « Mon Combat » d’Adolf Hitler, une autobiographie… (n°20 de Janvier-février-mars 2002) d’après le livre d’Adolf Hitler Mein Kampf, Paris, Nouvelles éditions latines, 1979.
- « Mon Combat » d’Adolf Hitler, un programme… (n°21 d’avril-mai-juin 2002) d’après le livre d’Adolf Hitler Mein Kampf, Paris, Nouvelles éditions latines, 1979.
- Danger : Invasion ! (n°22 de juillet-août-septembre 2002) d’après le livre de Roger Nols, La Belgique en danger. La vérité sur l’immigration, Bruxelles, éd. Ligne claire, 1987.
- Léon Degrelle et le Rexisme (n°23 de janvier-février-mars 2003) d’après le livre de Pierre Daye, Léon Degrelle et le rexisme, Paris, Fayard, 1937.
- Un nationalisme religieux : le Portugal de Salazar (n°24 d’avril-mai-juin 2003) d’après le livre du président Salazar, Comment on relève un état. Paris, Flammarion, 1937.
- Le procès de Nuremberg était-il juste ? (n°25 de juillet-août-septembre 2003) d’après le livre d’Albert Speer, Journal de Spandau, Paris, Robert Laffont, 1975.
- L’antisémitisme est-il une futilité ? (n°26 d’octobre-novembre-décembre 2003) d’après le livre de Louis-Ferdinand Céline Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937.
- De l’étalon au noble SS (n°27 de janvier-février-mars 2004) d’après le livre de Walther Darré, La race. Nouvelle noblesse du sang et du sol, Paris, Fernand Sorlot, 1939.
- L’ascension fulgurante d’un mouvement (n°28 d’avril-mai-juin 2004) d’après le livre de Gioacchino Volpe, Histoire du mouvement fasciste, Rome, edizione di novissima, Anno XIV (1936).
- Un populisme du 19e siècle (n°29 de juillet-août-septembre 2004) d’après le livre d’Edouard Drumont, Le testament d’un antisémite, Paris, Dentu, 1891.
- Les résultats d’une coalition avec l’extrême droite (n°30 d’octobre-novembre-décembre 2004) d’après le livre du Maréchal Goering, Renaissance de l’Allemagne, Paris, Sorlot, 1939.
- Un vrai fasciste : ni de droite, ni de gauche mais… d’extrême droite (n°31 de janvier-février-mars 2005) d’après le livre de Pierre Drieu La Rochelle, Socialisme fasciste, 6e édition, Paris, Gallimard, 1934.
- L’extrême droite n’a jamais cessé d’exister (n°32 d’avril-mai-juin 2005) d’après le livre de Marcel De Corte, Mon pays où vas-tu ? Philosophie et histoire de la crise de 1950, coll. « Connaissance de l’homme », Paris-Bruxelles, éd. Universitaires, 1951.
- De l’inégalité à la monarchie (n°33 de juillet-août-septembre 2005) d’après le livre de Charles Maurras, Mes idées politiques. Texte établi par Pierre Charbon. Préface inédite, 5e édition, Paris, Fayard, 1937.
- Quand le relativisme sert à masquer le négationnisme (n°34 d’octobre-novembre-décembre 2005) d’après le livre de Maurice Bardèche, Nuremberg ou la terre promise, Paris, Les sept couleurs, 1948.
- Le nationalisme européen de l’extrême droite (n°35 de janvier-février-mars 2006) d’après le livre de Oswald Mosley, La nation Europe, Paris, Nouvelles éditions latines, 1962.
- La pensée « contrerévolutionnaire » (n°36 d’avril-mai-juin 2006) d’après le livre de Pierre Château-Jobert, manifeste politique et social, 2e éd., Vouillé, Diffusion de la Pensée française, 1973.
- Le refus de la démocratie parlementaire (n°37 de juillet-août-septembre 2006) d’après le livre de Pierre Daye, trente-deux mois chez les députés, Bruxelles, Voilà, 1942.
- La tendance païenne de l’extrême droite (n°38 d’octobre-novembre-décembre 2006) d’après le livre de Pierre Vial, Une terre. Un peuple, Paris, Terre et Peuple, 2000.
- Le bilan du nationalisme (n°39 de janvier-février-mars 2007) d’après le livre de Horia Sima, Destinée du nationalisme, Paris, PEG, 1951.
- La cohérence d’un engagement (n°40 d’avril-mai-juin 2007) d’après le livre de Jean-Louis Tixier-Vignancour, Des républiques, des justices et des hommes, Paris, Albin Michel, 1976.
- Du socialisme au fascisme (n°41 de juillet-août-septembre 2007) d'après le livre de Marcel Déat, Le parti unique, Paris, Aux armes de France, 1942
- La préparation de la reconquête idéologique (n°42 d'octobre-novembre-décembre 2007) d'après le livre de Jacques Ploncard d'Assac, Les jeunes ont droit à la vérité..., Lisbonne, La Voix de l'Occident, 1970
- Nouveau FN, vieille idéologie (n°43 de janvier-février-mars 2008) d’après le périodique A Droite. La lettre politiquement incorrecte du sénateur Michel Delacroix
- Le « résistantialisme », un équivalent au négationnisme (n°44 d’avril-mai-juin 2008) d’après le livre de Jean-Pierre Abel, L’âge de Caïn. Premier témoignage sur les dessous de la libération de Paris, Paris, les éditions nouvelles, 1947
- Force, Joie et Travail! (n°45 de juillet-août-septembre 2008) d'après les brochures suivantes : Wilhelm Lotz, Beauté du travail en Allemagne, Coll. l'Allemagne d'aujourd'hui n°6, Bruxelles, Maison internationale d'édition, 1941 ; Le Fascisme, réalisation prolétaire, Rome, (s.d) ; Dr Robert Ley, Du prolétariat à la dignité de l'homme, Bruxelles, édition "Die Deutsche Arbeitsfront", (1941?).
- Le Militaria, porte d'entrée de l'idéologie d'extrême droite (n°46 d'octobre-novembre-décembre 2008) d'après le livre de Saint-Loup, Les Volontaires, Paris, Presses de la Cité, (1963)
- Le Fascisme est de droite (n°47 de janvier-février-mars 2009) d'après le livre de Julius Evola, Le Fascisme vu de droite. Suivi de notes sur le troisième Reich, Paris, Totalité, 1981
- La révolution conservatrice (n°48 d'avril-mai-juin 2009) d'après le livre de Julius Evola, Le Fascisme vu de droite. Suivi de notes sur le troisième Reich, Paris, Totalité, 1981
- Travail-Famille-Patrie (n°49 de juillet-août-septembre 2009) d'après le livre du Lieutenant-Colonel de La Rocque, Service public, Paris, Grasset, 1934
- Tintin-Degrelle. Une idéologie au-delà de la polémique (première partie). (n°50 d'octobre-novembre-décembre 2009) d'après le livre de Léon Degrelle, Tintin mon copain, (s.l.), Pélican d'or, 2000
- Tintin-Degrelle. Une idéologie au-delà de la polémique (deuxième partie). (n°51 de janvier-février-mars 2010) d'après le livre de Léon Degrelle, Tintin mon copain, (s.l.), Pélican d'or, 2000-
- Le Poujadisme : un populisme d’extrême droite. (n°52 d’avril-mai-juin 2010) d’après le livre de Pierre Poujade, J’ai choisi le combat, Saint-Céré, Société générale des éditions et des publications, 1955
- Le fascisme n’a pas confiance dans le peuple (n°53 de juillet-août-septembre 2010) d’après le livre de Maurice Bardèche, Qu’est-ce que le fascisme ?, Paris, Les sept couleurs, 1970
- Quand la neutralité est riche d'idéologie (n°54 d'octobre-novembre-décembre 2010) d'après le livre de Didier Lefort, Les b.d. de "l'extrême droite" 1945-1990, (coll. Dossiers noirs), Marseille, Bédésup, 1991
- Quand la résistance et le droit d'insurrection sont-ils justifiés ? (n°55 de janvier-février-mars 2010) d'après le livre Jean Bastien-Thiry. Sa vie. Ses écrits. Témoignages. Paris, l’Albatros, 1973, 264 p.
- Retour sur le discours du fondateur de la dynastie Le Pen (n°56 d’avril-mai-juin 2011), d’après le livre de Jean-Marie Le Pen, Les français d’abord, Paris, éditions Carrere-Michel Lafon, 1984
- Une troisième voie : le socialisme racial (n°57 de juillet-août-septembre 2011), d’après le livre de René Binet, Socialisme national contre marxisme, Montréal-Lausanne, éditions Celtiques-ISS, 1978
- écrire peut avoir des conséquences (n°58 d’octobre-novembre-décembre 2011) d’après le livre d’Andrew Macdonald (William L. Pierce), Les Carnets de Turner
- L’anticommunisme d’un transfuge (n°59 de janvier-février-mars 2012), d’après le livre de Jacques Doriot, La France ne sera pas un pays d’esclaves, Paris, Les œuvres françaises, 1936
- L’extrême droite défend-elle les travailleurs ? (n°60 d’avril-mai-juin 2012), d’après le livre de Lucien Morane, Les comités sociaux d’entreprises, Coll. Bibliothèque du peuple n°67, Paris, PUF, 1942
- La spiritualité au cœur de la doctrine ( n°61 de juillet-août-septembre 2012), d’après le livre de Corneliu Zelea Codreanu, Journal de prison, Puiseaux, Pardès, 1986
- L’idéologie derrière la carte postale (n°62 d’octobre-novembre-décembre 2012), d’après le livre d’André Corthis, L’Espagne de la victoire, Paris, Fayard, 1941
- Antisémitisme et anticommunisme. Les deux mamelles de l’extrême droite (n°63 de janvier-février-mars 2013) d’après le livre de Georges Montandon, Comment reconnaître et expliquer le Juif ? Avec dix clichés hors texte. Suivi d’un portrait moral du Juif. Coll. Les juifs en France n°1, Paris, Nouvelles éditions françaises, 1940 et celui de Louis-Ferdinand Céline, Mea Culpa, Paris, Denoël, 1937
- La Loi du décalogue (n°64 d’avril-mai-juin 2013) d’après le livre de Bernard Antony, Combats pour mon pays, Limoges, édition du Présent, 1994
- La « démocratie autoritaire » pour le bien des travailleurs (n°65 de juillet-août-septembre 2013) d’après le livre de Louis De Pace, Les conquêtes syndicales de l’ouvrier italien, Collection d’études syndicales et coopératives, Paris, Nouvelles éditions latines-Fernand Sorlot, 1937
- L’inégalité comme étoile polaire de l’extrême droite (n°66 d’octobre-novembre-décembre 2013) d’après le livre du GRECE, Dix ans de combat culturel pour une renaissance, Paris, GRECE, 1977
- Un résistant d’extrême droite (n°67 de janvier-février-mars 2014), d’après le livre de Paul Hoornaert, Le redressement national. La « Légion Nationale Belge ». Sa doctrine – Ses buts. Liège, Légion nationale belge, [1929]
jeudi 19 juillet 2007
Encore un blog
Voilà,
Après plusieurs mois de réflexion, je me décide enfin à créer mon blog. Au vu de mes compétences informatiques, j'ai choisi de le faire dans la formule la plus simple même si cela implique de passer par des moyens, un blog géré par une société qui ne fait pas partie des réseaux "libres", qui ne sont pas en totale adéquation avec mes idées.
Il est d'abord important de répondre à la question suivante :
Pourquoi s'être décidé à créer ce blog ?
Pas par narcissisme ou ego surdimensionné, même si tout blog participe un peu de cela, mais surtout pour donner une nouvelle dimension, un écho, aux mouvements et luttes auxquelles je participe avec de nombreux autres militants mais aussi (quand je parlais de narcissisme) à mes écrits, conférences...
C'est pourquoi on retrouvera tout d’abord sur ce blog mes articles déjà publiés dans des revues. Par après, j’y ajouterai des notes de lecture que je n'avais jusqu'à présent pas l'occasion de faire partager. Je ferai également part de mes découvertes sur Internet, des conférences intéressantes, des manifestations, des actions d'amis... le tout pour participer à augmenter la visibilité d'actions et réflexions dont j’ai connaissance par les différents réseaux que je fréquente et mes divers engagements militants.
Une nouvelle aventure qui commence, un nouveau cheminement, qui je l'espère apportera quelques choses à ceux qui me liront et qui m'apportera également pas mal de choses grâce aux échanges d'idées qui se dérouleront sur ce blog.
dimanche 27 mai 2007
Le roman a thème social n'est pas mort
Cet article a été publié dans Espace de libertés n°353 de mai 2007, p.21
Dans l’abondance des romans publiés aujourd’hui, quelques uns continuent à se pencher sur les réalités de la classe ouvrière s’inscrivant ainsi dans la tradition d’auteurs comme Constant Malva dont plusieurs textes viennent d’être réédités[1].
Ainsi Dominique Manotti a choisi de parler des fermetures d’entreprises dans le nord de la France d’une manière originale puisque son dernier livre est un thriller politico-financier basé sur un fait réel qui défraya la chronique judiciaire[2]. L’histoire commence dans la dure réalité d’une usine déshumanisée comme il en existe tant[3], ici une unité de production de Daewoo en Lorraine. Un énième accident fait déborder la colère des travailleurs qui déclenchent une grève. Celle-ci se radicalise lorsqu’ils prennent conscience qu’ils se sont faits duper par la direction, notamment sur des primes dont le paiement sans cesse reporté n’a jamais réellement été envisagé. Ce conflit, si banal finalement, monte en intensité avec la séquestration des cadres. Cette dernière action provoque la panique parmi des actionnaires qui, pour cacher le fait qu’ils utilisent l’usine comme paravent à des détournements financiers, notamment des subsides européens destinés à la reconversion, n’hésitent pas à tuer. Le roman s’aventure alors dans les méandres d’un gigantesque monopoly entre les multinationales Alcatel et Matra pour le contrôle de Thomson. Dans ce Monopoly, tous les coups sont permis et les morts par dommages collatéraux vont se multiplier. Si la vérité est finalement découverte, elle ne sert qu’aux acteurs du jeu. Les travailleurs, eux, ont été complètement brisés.
Fiction toujours, mais l’est-elle tellement ?, avec un gros bouquin consacré à la célèbre grève des mineurs anglais du milieu des années ’80 qui verra le gouvernement ultra-libérale de Thatcher broyer le mouvement ouvrier anglais en mettant à genoux sa composante la plus importante et la plus combative[4]. Utilisation des services secrets comme éléments agitateurs, mise sur écoute des syndicats, corruptions et chantages, collusion entre le patronat et l’état, tout y passe à travers un récit articulé autour de plusieurs récits parallèles. L’ouvrage ne fait aucun angélisme, soulignant les contradictions des travailleurs qui alternent entre solidarité et égoïsme, mais aussi du syndicat qui doit gérer les dissensions entre ses différentes sections tout en étant englué dans son bureaucratisme et la toute puissance de son président Arthur Scargill. Avec ce livre, plus encore qu’avec celui de Malincolli, on vit le conflit à travers les protagonistes des deux camps et l’on ne peut s’empêcher de penser que la fiction n’est qu’une protection de l’auteur, que l’on sent très documenté, contre des procès éventuels.
Le troisième et dernier ouvrage nous ramène en Lorraine pour une suite de courts chapitres, d’instants de vie, mis sous le sceau du roman mais dont il n’est pas difficile de sentir la forte connotation autobiographique[5]. C’est également le monde des mineurs qui est décrit dans ce livre qui tourne autour des épisodes de la vie d’un fils d’immigré italien, mort dans les camps de concentration nazis, mineur comme son père mais qui, syndicaliste communiste, sera adjoint au maire. A la limite de l’étude ethnologique et anthropologique ce roman passe en revue tous les aspects de la vie, de la culture et des luttes de cette classe ouvrière plongée dans le désarroi par la fermeture de son outil de travail. Mais aussi par la fin de ses illusions militantes qui, dans la prolongation du combat antifasciste, passait forcément par le Parti Communiste. Un PCF à qui les personnages du livre ont tout donné, sacrifiant leurs individualités à la discipline de parti, n’en comprenant pas toujours les orientations comme lors de la répression du Printemps de Prague. Mais un Parti qui reste malgré tout pour eux le seul défenseur d’une classe ouvrière qui semble disparaître.
Et l’on partagera l’interrogation du personnage principal au seuil de sa mort : « Le mur était tombé. Tout le pire avait été révélé, avéré. C’était plus qu’un idéal, c’était une vie, c’était mille vies, bafouées, réduites à néant. Comment continuer à être communiste après ça, après tout ce gâchis, et comment décider subitement de ne plus l’être, quand dans vos tripes, tout crie que votre combat à vous, en France, dans le Pays-Haut, était juste. Longwy Lorraine Cœur d’acier. Où trouver la force de se battre encore, simplement pour soi, pour sauver sa peau »[6]. C’est ainsi que des romans d’évasions, permettent malgré tout se poser des questions fondamentales sur le monde.
[1] Paroles de mineurs. Textes de Constant Malva présentés par Michel Ragon. Paris, Omnibus, 2007
[2] Dominique Manotti, Lorraine connection, Paris, Rivage, 2006, 194 p.
[3] Voir notre article Oui l’usine tue encore in Espace de libertés n°343, p.23
[4] David Peace, GB 84, Paris, Rivages, 2006
[5] Aurélie Filippetti, Les derniers jours de la classe ouvrière, Paris, Stock, 2003,157 p. elle aborde d’ailleurs p.123 le scandale au centre du livre de Manotti
[6] p.156